Femme de marin 2011-3: FEMME DE MARIN… FEMME DE CHAGRIN?

« La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat. » (Nietzsche)

Je dois m’activer et ramasser le bordel qui sévit dans cette maison car depuis que je gère mes problèmes de dos, j’ai dû abandonner la gestion d’autres tâches connexes et qui m’ont toujours paru sans importance, ou du moins secondaires. Oui, donc, ramasser ce bordel car ma petite maman arrive demain pour passer le weekend avec moi.
Être dans ma peau c’est toujours être sur un pont : pognée entre deux rives. D’un côté, l’envie d’habiter une maison pour ne pas me faire chier avec des voisins au-dessus ou en-dessous de ma tête (moi, l’impression de vivre en commune….); de l’autre côté, n’avoir aucune obligation, ce qui est tout le contraire d’avoir une maison. Vivre seule, je n’aurais pas de maison, mais un petit chalet au bord de l’eau… quoique par les temps qui courent et les inondations qui sévissent sur le bord du lac Champlain, ça me refroidit légèrement. L’objectif est de trouver une maison sur un cap de roches, comme dit mon chum : pas d’inondations, certes, mais ça vous rafale dans le toupet sauvagement parfois!

En té cas… La 4e saison du retraité est commencée et ce n’est plus une surprise maintenant. Comme quoi on s’habitue à tout? J’ai changé, j’ai des tas d’exemples qui peuplent ma vie maintenant pour le prouver. Mais je préfère dire que je me transforme (comme le papillon que j’ai dans mon dos), le terme étant moins statique. Et à chaque fois que ça arrive, que quelque chose se prépare, je gueule, je tempête, je vocifère, et à chaque fois, ça m’éloigne de la sérénité. Je sais, je devrais savoir ça depuis longtemps mais c’est plus fort que moi. Peut-être que je me sens vivante de cette façon. Et ça exaspère mon chum, eheheh (bon, chéri, tu ne donnes pas ta place, toi non plus, eh!).

Donc, dans les premiers balbutiements de cette 4e saison, je me retourne un peu pour m’apercevoir qu’il y a eu une évolution. J’aime mieux voir ça comme ça. Être une femme de marin c’est comme enseigner. Lors de ma première année d’enseignement, je me rappelle d’un moment où j’étais paniquée, dépassée par la tâche à accomplir, impuissante à ne pas savoir quoi faire. Guylaine avait écouté patiemment mes jérémiades puis avait commencé sa phrase par un « Tu sais…. » pour marquer une pause (j’étais pendue à ses lèvres, le regard embrouillé et la bouche en contrition). « La première année, c’est l’enfer. Y a rien de pire. La deuxième année, tu t’ajustes et la troisième année, c’est un pet! » Ouin, ouin, que je lui réponds, je voudrais bien avoir ton optimisme. Puis, elle continue : « Et quand tu as tout essayé et que rien n’y fait, bien…. qui mangent de la marde! ».

C’est une des phrases qui m’a le plus remonté le moral dans ma vie et à chaque fois que je sors épuisée de me battre contre moi-même (car on est toujours notre pire ennemi), je finis inlassablement par ressortir cette phrase et c’est ma manière de lâcher prise, ou du moins d’essayer. Bel effort, ma grande!

Donc, 4e saison…. Si j’applique le principe de Guylaine, je devrais être sur le point de m’en foutre (pour rester polie) mais comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai la sérénité ardue. Par contre, je ne suis plus une femme de chagrin comme je l’étais au début. Mes propres deuils se font doucement, je n’essaie plus de faire semblant d’être forte parce que les émotions sont plus que jamais connectées aux hormones fluctuantes de la ménopause. Alors, il y a des jours de soleil, des jours d’ombre et des jours de noirceur. Un jour qu’on demandait à Ginette Reno sa définition du bonheur, cette dernière répondit : « Le bonheur c’est des bonnes heures. En vieillissant, j’essaie d’accumuler le plus de bonnes heures possible ». Qui les calcule, dites-moi?

C’est comme l’autre jour lorsque j’ai parlé un peu avec toi. En fait, c’est plutôt toi qui m’écoutais débouler des tas de trucs et bla, bla, bla… Un moment donné, tu as dit qu’à cette époque, tu avais été une enfant plutôt exubérante. Ca m’a retournée 20 ans en arrière : flashs de bons souvenirs avec les amies et flashs de cauchemars aussi parce que pour moi c’était une époque de turbulences extrêmes.

Je ne m’attendais pas à ce que tu dises cela, alors j’ai baragouiné je ne sais plus quoi, mais j’ai senti dans ta voix une gêne, comme une honte. Et ce que je n’ai pu te dire à ce moment-là, je l’écris ici : « Écoute-moi bien, ma petite chérie. Tu n’as pas à t’excuser de l’enfant que tu as été; c’est nous, ta mère et moi, qui n’étions pas des mères faciles. Nous étions si dépourvues de ressources sous l’apparent échafaudage de maquillage. Nous étions des vaisseaux d’or, certes, mais perdus sur une mer déchaînée que nous n’arrivions pas à calmer. Vos cris, aussi exaspérants puissent-ils avoir été, étaient une tentative de nous réveiller à la vie. Maintenant, nous devons apprendre à vivre avec la tristesse de vous avoir emportées, malgré vous, dans nos tourments, mais aussi la fierté de vous savoir fortes et fragiles à la fois, ce qui fait toute votre beauté et votre unicité. Nos bateaux se sont souvent échoués et nous avons perdu bien des cargaisons, mais la vôtre, la plus précieuse, demeure. »

Si on veut vivre sainement, il est préférable de se rappeler les bons souvenirs, trouver la force d’oublier les ombres du passé et se recréer soi-même. Consentir à renoncer.

Serge prendra toujours la mer, et je n’aimerais pas constater un jour que de mon côté, je n’ai fait que chanter l’amer…. J’ai choisi cette vie et il serait temps qu’à 55 ans, je l’assume.

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2 réflexions au sujet de « Femme de marin 2011-3: FEMME DE MARIN… FEMME DE CHAGRIN? »

  1. C’est beau la cinquantaine, c’est aussi le fun de voir que nous sommes plusieurs à faire ces beaux constats. Il n’y a rien de parfait, quand les jours et les moments de bonheur sont là… SAVOUREZ, et EMMAGAZINER LE TOUT!!! Pour les jours d’ombres, ça passe plus vite…

    Merci la belle,

    Lilixx

    • Oui, vous avez raison Louise, Vieillir c’est aussi accumuler des tas de beaux souvenirs et ça fait en sorte que les ombres passent plus vite mais deviennent moins angoissantes aussi.
      Merci de me lire 😀
      Mado

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