Femme de marin 2012-6: Lettre d’une femme à son marin

La monotonie de l’absence est peut-être plus difficile que la monotonie de l’habitude d’une présence. Je ne sais pas, je ne me suis jamais lassée de ta présence. Ni de t’attendre d’ailleurs, sinon je ne serais plus là. (Jolane, 3 juillet 2009)

Les femmes de marins sont avant tout des femmes de l’attente. Et quand tu ne seras plus là, j’attendrai de te rejoindre.

Je peux me définir de mille façons. J’ai une vie bien à moi qui fait que j’ai différents rôles. Mais j’aime parler de celui de la femme de marin, cette vie si différente des autres qui me singularise. Les femmes de marins ont-elles une vraie vie? Elles ont une vie différente, voilà.

Tu marches sur la mer et tu déposes tes pénates à bien des endroits mais tu es ancré en permanence quelque part : dans mon cœur. Et ça, tu le sais. J’aime à penser que cela te conforte quand tu es loin. Les départs et les arrivées n’ont jamais rien de monotone, pas plus que la vie à deux parce qu’à chaque fois, il faut la réinventer, l’apprivoiser. La vie de couple pour moi n’a rien de la routine. Et quand tu seras vieux et fatigué, que tes bras ne pourront plus lâcher les amarres, tu pourras toujours retenir les miennes, et il restera tous ces beaux albums que nous avons fabriqués ensemble et qui entretiendront notre mémoire.

Cette grande Bleue, je ne la vois plus comme une rivale parce que je sais qu’elle t’aide à garder les pieds bien sur terre et que tu connais ta chance. C’est vrai que je ne suis pas une bonne moussaillonne, mais je suis une bonne femme de marin : patiente et compréhensive, sage et ordonnée. Non, c’est faux, je ne suis ni sage ni ordonnée, mais je m’efforce de le devenir, parce que le meilleur moyen de te garder est de te laisser aller. Le marin, ce n’est pas moi, c’est toi. Il faut savoir où est sa place dans la vie et l’assumer. C’est fait!

J’ai appris le sens de l’amour en me tenant debout sur un quai, silencieuse et forte comme le sont les chênes devant la tempête. Qu’est-ce qui pourrait bien m’ébranler maintenant, sinon ton absence définitive…

Femme de marin 2012-5: Y A DE CES PETITS BONHEURS…

Le vrai secours consiste parfois à laisser l’autre disposer de toute sa solitude, à ne pas, précisément, lui venir en aide… (…) C’est difficile quand vous aimez quelqu’un de ne pas le faire entrer, doucement, dans vos fins. C’est très difficile d’aimer l’autre sans aussitôt le rabattre sur vous, sur vos attentes, sur vos espérances, sur vos goûts.  Mais le mieux que puissent faire ceux qu’on aime c’est de nous décevoir : d’être là où nous ne les attendions pas, de ne ressembler à rien de connu, rien d’espéré. (Christian Bobin, Merveille et obscur).

Je me suis fait discrète ces temps-ci. J’ai préféré « laisser le crachoir » à mon capitaine d’amoureux qui a fini par ouvrir des pans de son journal de bord. Mais faut dire que depuis qu’il a traversé l’Atlantique, je le tanne annuellement pour qu’il écrive plus, parce que moi, je ne peux pas inventer sur ce qu’il a vu. Tout ce que je peux faire est de télécharger sur le site les photos qu’il m’envoie et, la plupart du temps, je n’ai aucune idée de ce que sont les édifices qu’il photographie. Ça devient frustrant à la longue.

Donc, à chaque année, plus le départ approche, plus la supplique s’installe gentiment. Cette année, il a fait un effort suprême et j’ai tout autant plaisir à le lire qu’à l’entendre. Je sais combien c’est difficile pour lui car il n’a pas le verbe aussi aisé que le mien quand il s’agit de le coucher sur papier. On a beau être un pamphlétaire dans l’âme devant les causes qui se multiplient, ça ne fait pas de soi quelqu’un qui excelle dans les autres formes de communication!

Mais ce soir, je reprends le flambeau, le temps d’une chronique. Une fin de matinée dans les retrouvailles d’une chère amie que j’ai trop peu vue depuis la dernière année. Une amitié qui est née en un temps où tout se délestait. Une amitié qui est restée. C’est comme çà. Ça arrive au moment où vous vous y en attendez le moins. Vous êtes seule sur le quai et vous n’en finissez plus de vous dire qu’il faudrait bien rebrousser chemin dans vos terres, mais le temps passe et vous ne bougez pas. Quand vous vous décidez enfin à vous retourner, il y a ce petit bout de femme qui est là, sortie de nulle part. Elle vous salue de la main, se présente et vous sourit. Ce qu’elle dit vous fait rire et vous fait sentir encore vivante. C’est ça la vie : quelque chose qui vient vous extirper de vous-même au moment où vous allez vous enfoncer avec l’immense impression que vous ne pourrez pas remonter à la surface. Un ange passe… et c’est pour le mieux.

De quoi avons-nous parlé déjà? De l’amour, quoi d’autre? De l’amour qu’on omet souvent de se porter à soi-même mais toujours à ceux qu’on aime, même s’ils nous enragent ou nous désespèrent de temps en temps. Des rendez-vous qu’on se donne avec soi-même tout au long de la vie, mais auxquels on oublie parfois de se présenter, trop embourbés dans le difficile appareillage des genres. Parce qu’apprivoiser l’autre, c’est presque aussi ardu qu’être avec soi-même, mais pas autant. Parce qu’apprivoiser l’autre, même si c’est pas de la tarte, ça nous repose franchement de notre petit nombril, parfois. Avouons-le. J’en connais qui passent leur vie à se plaindre qu’ils n’ont jamais de temps pour eux, et lorsqu’ils obtiennent enfin ce qu’ils désirent depuis si longtemps, ils tournent en rond et usent le tapis. Be careful on what you wish…. Donc, on se dit que l’autre est une occupation, bien souvent. Pas tout le temps, mais souvent. C’est plate, mais c’est de même!

Et à force d’être avec quelqu’un, on finit par comprendre que c’est plus qu’une occupation. C’est probablement un beau détour pour revenir à soi, travailler sur soi. Il est là le rendez-vous…

La vie n’est pas dans tel corps, telle figure et telle chose.  Elle n’est pas ici ou là.  Elle est entre ce visage et cet autre visage, entre cette chose et cette autre chose, entre ici et là.  Entre deux, toujours (C. Bobin).

 Aujourd’hui, la vie était là, entre nous deux. Toi, toujours avec ton beau sourire, qui tend la main comme au premier jour. Chesterton disait que les anges peuvent voler parce qu’ils se prennent à la légère. Je crois bien qu’aujourd’hui nos rires nous ont élevées mutuellement… Merci, chère amie!

Femme de marin 2012-4: « La vie à deux a ses périls ; toutes les heures n’y sont pas parfaites. » – Paul Géraldy

Depuis bientôt 9 ans que nous vivons ensemble, voilà cinq années que nous sommes devenus un couple « mi-proche, mi-distance » (j’ai préféré ce terme à celui de « couple en alternance » dont j’ai parlé dans mon article https://maler999.wordpress.com/2012/04/12/lappel-du-large/. Depuis que le Capitaine est à la retraite, nous vivons de cette façon et bien des questions m’ont été posées concernant mon adaptation à ce nouveau style de vie, la question la plus fréquente étant : « Trouves-tu ça difficile? », souvent suivie du commentaire : « Moi, je n’y arriverais pas ».  Au fil du temps, il y a eu bien des variantes à cette question mais jamais personne n’a osé poser une question directe concernant la fidélité, hormis quelques petites blagues du genre : « Loin des yeux, loin du cœur » ou « Une femme dans chaque port » (et un porc dans chaque homme??).

Bon! Ce serait mentir  de vous dire que je n’y ai jamais pensé, que je n’ai passé aucune nuit à me faire du mouron et que je n’ai jamais questionné le Capitaine sur ses rencontres outre-mer. Il serait aussi réducteur de répondre une phrase simple du genre : « Je lui  fais confiance » à moins qu’on veuille dévier une conversation qui pourrait devenir gênante. Il est vrai que l’éloignement est une situation difficile à gérer car la tension est parfois forte (l’autre vous manque, il y a toujours la peur d’être trompé(e) qui rôde, peur d’une rupture car l’autre vit des choses différentes et qui sortent de l’ordinaire). On devient territorial du fait de vivre seul, ce qui peut teinter les visites et les retours d’un sentiment momentané d’envahissement mutuel.

La première chose à se dire – que l’autre soit là ou pas – est qu’on forme un couple. Il faut avoir confiance dans ce lien et tenter de l’entretenir de toutes les façons possibles. En d’autres mots, cela veut dire qu’il faut vouloir investir du temps pour et avec l’autre, même s’il est au loin. Si, au quotidien, chacun des partenaires a besoin de sentir qu’il compte pour l’autre, imaginez lorsqu’un des deux est à des centaines, voire des milliers de kilomètres pendant des semaines ou des mois!

Pour répondre à la question sur la peur de l’infidélité, je peux dire aisément, pour en avoir été moi-même victime dans le passé, que l’infidélité n’a pas besoin de la distance pour s’installer. Il faut donc que le couple ait bâti une confiance mutuelle forte au préalable s’il veut résister à l’éloignement, sinon, les suspicions, les doutes, les reproches, les interrogatoires à outrance vont finir par devenir de la paranoïa et amener une rupture.

Différentes équipes de chercheurs américains dont celles de Clements et Markman (Clements, et al., 1997) et de Gottman (Gottman et Silver, 1999) ont constaté que certaines caractéristiques permettaient en effet, avec une précision assez grande, de prédire les probabilités d’insatisfaction et de séparation. Ils ont constaté que les aspects positifs d’une relation (niveau d’engagement, harmonie sexuelle, intimité, satisfaction, etc.) ne permettaient pas de prédire les probabilités de succès d’une relation. Ce qui semblait prédicteur par contre, était la façon dont les couples réagissaient aux divergences et aux conflits lorsqu’ils se présentaient. Dit autrement, ton couple risque de durer plus longtemps si ta façon de régler les conflits fait en sorte que chacun des partenaires y trouve une relative satisfaction.

Si le bonheur c’est de l’ouvrage au quotidien, l’éloignement fait en sorte de cultiver l’art d’affronter le quotidien « en couple mais seul(e) ». Dans le lien à l’autre, il faut apprendre à communiquer correctement dans la distance car les écrits sont parfois sujets à une mauvaise interprétation; les émotions, lorsque reçues de l’autre côté, peuvent être interprétées aussi comme encore présentes (un cafard passager peut apparaître comme une dépression pour l’autre qui le reçoit). Il ne faut pas aussi tomber dans le piège de la jalousie ou les procès d’intention.

Garder le contact et le bon m’apparaît une tâche plus importante et qui n’apporte guère de repos, tâche qui demande une énergie constante. Cela doit, dans la mesure du possible, se faire au quotidien afin que l’idée de couple ne meure pas. Si un matin en se levant, mon conjoint, pour aucune raison valable, me disait : « Aujourd’hui, je ne te parle pas », ce serait inacceptable. Et cela ne l’est pas moins parce qu’il est loin, en autant que les communications et le lieu le permettent. Il y a des exceptions comme lorsque le Capitaine est en mer ou qu’il est parti dans le désert comme c’est le cas présentement.

En ce sens, il faut savoir choisir ses batailles. La peur de l’infidélité peut, à mon avis, devenir un travail qui se pose à soi-même, travail sur nos peurs bien plus que sur l’amour lui-même (est-ce de la jalousie? Un manque de confiance en soi? De la possessivité? Une volonté de contrôler l’autre sur ses allées et venues?).

Ce qui me manque le plus c’est au fond la présence de l’autre, la chaleur humaine, l’échange avec l’autre et en ce sens, nous nous créons des rituels quotidiens en se fixant des heures de rencontres virtuelles par le biais de Skype, de la caméra où le plaisir d’entendre la voix de l’autre et voir les expressions de son visage peut pallier en partie à ces manques.

On s’entend pour dire que vivre éloignés est rarement un choix. Bizarrement, nous en avons peu discuté car dès notre première rencontre, les dés étaient jetés. Ce projet de vie que le Capitaine entretenait depuis la vingtaine serait mis à exécution dès sa retraite. Malheur à la vilaine créature qui aurait tenté de le détourner de ce dessein! Elle se serait fait jeter dehors manu-militari. C’était comme épouser quelqu’un qui a déjà des enfants. Pour ma part, ce fut comme accepter un homme et sa maîtresse! Cependant, il fut clair de préciser, pour ma part, que c’était l’unique maîtresse que j’acceptais!

La vie ne nous met jamais à l’abri de rien, quoi qu’on en pense, mais en attendant, il faut éviter de se morfondre et réadapter son mode de vie, s’accorder du temps rien que pour soi et ne pas rester cloîtré chez soi à attendre l’appel (d’où l’importance de se fixer des heures de rendez-vous). Il faut savourer les moments seul tout comme on savoure les moments à deux. Il ne faut pas non plus rester dans un doute qui nous empêche de dormir et savoir régler la question dès que possible tout en dosant nos propos. Il faut aussi continuer d’élaborer des projets à deux tout en parlant à l’autre de son quotidien. Il faut aussi planifier et savourer les retrouvailles car elles sont une nouvelle rencontre avec, à chaque fois, les mêmes émotions ravivées.

Il n’existe pas de vie parfaite dans le quotidien à deux, pas plus qu’il y en a dans l’éloignement. Chacun des partenaires amène avec soi le poids de son passé. Comme l’a dit si bien Guy Corneau : « Un nombre incalculable de fantômes du passé peuplent nos chambres à coucher. Hommes et femmes doivent lutter pour ne pas sombrer dans l’archaïsme de relations mère/fils et père/fille qu’ils ont tendance à reproduire dans leur couple ». Il y a dans l’éloignement quelque chose du détachement que je suis en train d’apprendre…

Femme de marin 2011-2: Suis-je égoïste?

Vous savez, je suis une femme compréhensive, empathique, qui accepte bien des situations inusitées. En fait, vous trouverez rarement compagne plus souple et plus compréhensive que moi. Je dis ça en toute modestie. Pour avoir jasé avec bien d’autres femmes sur ma vie de couple particulière (mon conjoint navigue 5 mois par an), qu’elles soient jeunes ou plus âgées, peu d’entre elles accepteraient les accommodements que je fais. Il y a le discours et il y a le passage à la réalité.  Mais tout accommodement se doit d’être raisonnable pour que la vie à deux soit agréable et que chacun y trouve son compte.

Avis à ceux qui aimeraient solliciter mon Capitaine pour du convoyage de bateau durant les mois où il est de retour au bercail : s’accommoder du fait qu’il n’est pas là 5 mois par an ne fait pas en sorte que ça ne me dérange pas qu’il parte tout le temps. Ma vision d’une vie de couple est un équilibre entre ces 2 pôles. Je n’ai pas encore renoncé à la vie de couple, tout comme l’a fait la comédienne Denise Filiatrault, parce que je pense que même si nos sensibilités et susceptibilités se heurtent parfois, il demeure que c’est un des plus beaux voyages que je connaisse. Vous passez des années à côtoyer quelqu’un et vous vous demandez si vous le connaissez vraiment. La traversée n’est jamais terminée. Mystère…

Mais le jour où j’aurai le « syndrome Filiatrault » je vous le ferai savoir. En attendant, je ne pense pas être égoïste en ayant envie de partager quelques mois d’un simple quotidien avec l’homme que j’ai choisi et que je n’échangerais pour rien au monde!

Présentement, je navigue sur des eaux incertaines, côté santé, et j’ai besoin de mon Capitaine à mes côtés. Mais malade ou pas, cela ne change rien à ma vision des choses. Le Capitaine est là, la moussaillonne aussi et c’est vraiment bien de vous avoir 🙂

Femme de marin 2011-3: FEMME DE MARIN… FEMME DE CHAGRIN?

« La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat. » (Nietzsche)

Je dois m’activer et ramasser le bordel qui sévit dans cette maison car depuis que je gère mes problèmes de dos, j’ai dû abandonner la gestion d’autres tâches connexes et qui m’ont toujours paru sans importance, ou du moins secondaires. Oui, donc, ramasser ce bordel car ma petite maman arrive demain pour passer le weekend avec moi.
Être dans ma peau c’est toujours être sur un pont : pognée entre deux rives. D’un côté, l’envie d’habiter une maison pour ne pas me faire chier avec des voisins au-dessus ou en-dessous de ma tête (moi, l’impression de vivre en commune….); de l’autre côté, n’avoir aucune obligation, ce qui est tout le contraire d’avoir une maison. Vivre seule, je n’aurais pas de maison, mais un petit chalet au bord de l’eau… quoique par les temps qui courent et les inondations qui sévissent sur le bord du lac Champlain, ça me refroidit légèrement. L’objectif est de trouver une maison sur un cap de roches, comme dit mon chum : pas d’inondations, certes, mais ça vous rafale dans le toupet sauvagement parfois!

En té cas… La 4e saison du retraité est commencée et ce n’est plus une surprise maintenant. Comme quoi on s’habitue à tout? J’ai changé, j’ai des tas d’exemples qui peuplent ma vie maintenant pour le prouver. Mais je préfère dire que je me transforme (comme le papillon que j’ai dans mon dos), le terme étant moins statique. Et à chaque fois que ça arrive, que quelque chose se prépare, je gueule, je tempête, je vocifère, et à chaque fois, ça m’éloigne de la sérénité. Je sais, je devrais savoir ça depuis longtemps mais c’est plus fort que moi. Peut-être que je me sens vivante de cette façon. Et ça exaspère mon chum, eheheh (bon, chéri, tu ne donnes pas ta place, toi non plus, eh!).

Donc, dans les premiers balbutiements de cette 4e saison, je me retourne un peu pour m’apercevoir qu’il y a eu une évolution. J’aime mieux voir ça comme ça. Être une femme de marin c’est comme enseigner. Lors de ma première année d’enseignement, je me rappelle d’un moment où j’étais paniquée, dépassée par la tâche à accomplir, impuissante à ne pas savoir quoi faire. Guylaine avait écouté patiemment mes jérémiades puis avait commencé sa phrase par un « Tu sais…. » pour marquer une pause (j’étais pendue à ses lèvres, le regard embrouillé et la bouche en contrition). « La première année, c’est l’enfer. Y a rien de pire. La deuxième année, tu t’ajustes et la troisième année, c’est un pet! » Ouin, ouin, que je lui réponds, je voudrais bien avoir ton optimisme. Puis, elle continue : « Et quand tu as tout essayé et que rien n’y fait, bien…. qui mangent de la marde! ».

C’est une des phrases qui m’a le plus remonté le moral dans ma vie et à chaque fois que je sors épuisée de me battre contre moi-même (car on est toujours notre pire ennemi), je finis inlassablement par ressortir cette phrase et c’est ma manière de lâcher prise, ou du moins d’essayer. Bel effort, ma grande!

Donc, 4e saison…. Si j’applique le principe de Guylaine, je devrais être sur le point de m’en foutre (pour rester polie) mais comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai la sérénité ardue. Par contre, je ne suis plus une femme de chagrin comme je l’étais au début. Mes propres deuils se font doucement, je n’essaie plus de faire semblant d’être forte parce que les émotions sont plus que jamais connectées aux hormones fluctuantes de la ménopause. Alors, il y a des jours de soleil, des jours d’ombre et des jours de noirceur. Un jour qu’on demandait à Ginette Reno sa définition du bonheur, cette dernière répondit : « Le bonheur c’est des bonnes heures. En vieillissant, j’essaie d’accumuler le plus de bonnes heures possible ». Qui les calcule, dites-moi?

C’est comme l’autre jour lorsque j’ai parlé un peu avec toi. En fait, c’est plutôt toi qui m’écoutais débouler des tas de trucs et bla, bla, bla… Un moment donné, tu as dit qu’à cette époque, tu avais été une enfant plutôt exubérante. Ca m’a retournée 20 ans en arrière : flashs de bons souvenirs avec les amies et flashs de cauchemars aussi parce que pour moi c’était une époque de turbulences extrêmes.

Je ne m’attendais pas à ce que tu dises cela, alors j’ai baragouiné je ne sais plus quoi, mais j’ai senti dans ta voix une gêne, comme une honte. Et ce que je n’ai pu te dire à ce moment-là, je l’écris ici : « Écoute-moi bien, ma petite chérie. Tu n’as pas à t’excuser de l’enfant que tu as été; c’est nous, ta mère et moi, qui n’étions pas des mères faciles. Nous étions si dépourvues de ressources sous l’apparent échafaudage de maquillage. Nous étions des vaisseaux d’or, certes, mais perdus sur une mer déchaînée que nous n’arrivions pas à calmer. Vos cris, aussi exaspérants puissent-ils avoir été, étaient une tentative de nous réveiller à la vie. Maintenant, nous devons apprendre à vivre avec la tristesse de vous avoir emportées, malgré vous, dans nos tourments, mais aussi la fierté de vous savoir fortes et fragiles à la fois, ce qui fait toute votre beauté et votre unicité. Nos bateaux se sont souvent échoués et nous avons perdu bien des cargaisons, mais la vôtre, la plus précieuse, demeure. »

Si on veut vivre sainement, il est préférable de se rappeler les bons souvenirs, trouver la force d’oublier les ombres du passé et se recréer soi-même. Consentir à renoncer.

Serge prendra toujours la mer, et je n’aimerais pas constater un jour que de mon côté, je n’ai fait que chanter l’amer…. J’ai choisi cette vie et il serait temps qu’à 55 ans, je l’assume.

Les navigateurs honorés

Hier soir, les navigateurs du Retour aux Sources, commémorant le 400ème anniversaire de la Ville de Québec, ont été honorés par la Fédération de la Voile du Québec lors de leur soirée Mérites 2008 au Royal St-Lawrence Yacht Club à Dorval. Revoir des gens qui ont partagé une même et fabuleuse expérience fut bien émouvant, retrouver des visages connus, rire avec eux, parler des projets futurs, tout cela donnait envie de prendre le large à nouveau. Pour moi, ce fut réconfortant de rencontrer aussi des femmes qui disaient s’être reconnues dans les émotions que généraient mes propos sur mon blog. A vous toutes et tous, merci pour ces beaux témoignages.
Vous retrouverez quelques photos dans l’album « Les navigateurs du Retour aux Sources ».
 
 

Invitation aux conjoints des navigateurs

J’aimerais organiser un souper pour les conjoint(e)s des navigateurs afin d’échanger sur l’expérience à terre qu’ils(elles) ont vécue durant la traversée. Si vous êtes intéressé(e), faites-le moi savoir et j’organiserai le tout. Je demeure à Montréal mais un autre endroit peut être possible. C’est un rendez-vous!

Femme de marin 2008-9: C’est parce que nous boitons que nous cherchons l’équilibre (Guy Corneau)

Je lis votre compte rendu et je vous envie. C’est sûr que je me sens un peut « out » parfois quand je pense que tout le monde est parti sauf moi. Je me sens un peu déconnectée, comme dans un monde à part, sur une île, mais j’essaie le plus possible de me mettre à votre place et de comprendre ce que vous vivez. Certes, il y a des moments difficiles pour moi, des moments où je ne sais trop où se trouve ma place, des moments où j’ai peur de vous perdre de vue. Des moments aussi où j’ai peur de vous retrouver tous, à la CONAM entre autres, en train de partager ce que vous avez vécu alors que moi j’étais ailleurs….  Je vous mentirais de vous dire que j’ai complètement intégré cette décision. Je pense que, quelque part, je ne l’intégrerai jamais à 100%. Mais bon… je fais avec….
Je comprends à quel point c’est important pour vous d’avoir des nouvelles des gens que vous aimez et connaissez et c’est pour ça que je vous envoie le plus de messages possible. Mais un jour sans vos nouvelles est un jour « suspendu » aussi pour moi. Dans ces temps-là, je me sens seule, au milieu de l’océan et personne à qui parler. Oui, je suis sur la terre ferme mais ma solitude est aussi difficile à vivre que la vôtre parfois, seulement parfois, et même si j’étais entourée de 10,000 personnes, ça ne changerait rien dans ces moments-là. On s’habitue au silence, à ce qu’il n’y ait rien qui vienne perturber les journées, mais lorsque arrive du monde et qu’on se met à parler, c’est là qu’on voit combien les autres nous manquent. Vous me manquez, je dois l’avouer.
Je ne suis pas en perdition, loin de là, mais vous me manquez. Je me sens constamment divisée entre le sentiment d’avoir pris la bonne décision et de manquer une expérience extraordinaire. Bon… j’ai toujours été dichotomique, ça fait partie de ma personnalité. C’est la faute de personne.
J’ignore quelque chose que vous savez maintenant puisque vous vivez l’expérience ensemble en tant que couple, Chantal et Germain. Mais vous ignorez ce qu’est être une femme de marin. Moi, je l’apprends à tous les jours. Encore une fois, je vous le dis, je ne suis pas en perdition. Si je n’avais pas voulu être une femme de marin, j’aurais abdiqué il y a longtemps. J’étais consentante dès le départ, donc non à plaindre. Mais maudit que vous me manquez. Et si cette expérience vous a rapprochés, Chantal et Germain, j’espère de tout mon coeur qu’elle saura faire la même chose pour moi et Serge, même si nous sommes momentanément séparés.
Peu de choses apaisent parfois, c’est la vie…. Et je fais avec. Je ne suis pas en train de me plaindre, loin de là. J’essaie juste de décrire le plus exactement possible les hauts et les creux comme les vagues qui déferlent sur le voilier. Vous vous adaptez, vous essayez de créer un modus vivendi qui rend l’expérience plus intéressante. Pour ma part, je ne sais pas si les autres conjoints de navigateurs, ceux qui sont restés à terre, vivent et ressentent la même chose. C’est difficile à dire. Je ne peux parler que de mon expérience. Les bons jours comme les mauvais. Je vis deux vies, c’est bizarre. Mais peut-être qu’au fond, je suis privilégiée.

Conjoint(e)s de navigateurs

J’aimerais inviter les conjoint(e)s des navigateurs de la Traversée et autres voyages à venir m’écrire et partager avec moi leurs expériences. Nul doute que cela pourra contribuer à diminuer l’isolement que parfois nous ressentons. J’ai bien hâte d’échanger avec vous.