La chronique du Capitaine 2020-7 : Lyon

Et voilà la première partie du voyage terminée.  Le Rhône avec ses 14 écluses, 323 kilomètres de Port-Saint-Louis-du-Rhône à Lyon. Prochaine étape la Saône jusqu’à Saint-Symphorien kilomètre 219, après on verra bien car les niveaux d’eau sont présentement problématiques. Revenons au Rhône, si on se demande si ça se fait seul la réponse est oui, mais si vous avez un mât sur le pont je vous le déconseille car lorsque l’eau emplit le sas le bateau se promène beaucoup et ce n’est pas trop recommandé d’aller frapper le mur du sas avec le mât, ce qui a de grandes chances d’arriver. Pour ma part nous étions 3 et le mât ne nous a pas accompagnés, il a plutôt pris la route par camion. Il y a la navigation à contre-courant mais assez négligeable en cette période de l’année, c’est beaucoup plus problématique au printemps. La beauté du Rhône ne se fait pas vraiment apprécier avant Avignon, ensuite de plus en plus joli jusqu’à la dernière écluse Pierre-Bénite où nous avons pour quelques kilomètres de raffineries, Lyon étant quand même la troisième plus grande ville de France. Les vignobles, les villages, les pistes cyclables, les ponts se côtoient pour notre plus grand plaisir tout le long du Rhône.

Mercredi le 16 septembre à 13h22 de France on quittait le Rhône pour la Saône et 16 minutes plus tard j’arrêtais le moteur dans la marina de la Confluence, endroit que je recommande pour tout plaisancier passant à Lyon. Réception impeccable et pour la première fois de ma vie de marin une douche avec chauffage dans la douche même, chauffage à eau chaude. Ensuite visite du Musée de la Confluence, mais honnêtement la chaleur de la journée m’a empêché d’apprécier pleinement cette visite car j’étais trop fatigué. La chaleur ne nous épargne pas, entre 32 et 34 le jour présentement. Ensuite succession de visites avec notre guide Jean-François en prenant le vaporetto pour se rendre dans la vieille ville, ensuite revenir par autobus et tramway. Eh oui le tramway existe et il est fonctionnel ici. J’ai eu la chance de voir de très beaux endroits de la vieille ville de Lyon, mais maintenant c’est un départ pour la Saône.

Bonne journée

Serge sur Nomade

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La chronique du Capitaine 2020-6 : Condrieu

Condrieu, est renommée pour ses vins Côtes-Rôties.  Disons que Jean-Bernard salivait à l’idée de déguster quelques-uns de ces vins mais à notre arrivée lundi, pas de chance c’était fermé donc on se reprend mardi matin, mais pas avant le marché qui nous a bien servis. Disons que le réfrigérateur est plein, mais bien bonne nouvelle : Clémentine et ses deux filles (Lilith et Marguerite) sont venues manger hier soir sur le bateau. Pour ceux qui ne se rappellent pas, Clémentine est une des filles de Jean-François et Sylvie qui étaient venus nous voir à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Mais avant Condrieu, ou devrais-je dire les roches de Condrieu, en partant de Tournon nous passons la ‘Table du Roi’ rocher plus tôt. Selon la légende, Saint-Louis ou Louis IX aurait fait arrêter sa flotte qui descendait le Rhône en direction de la guerre sainte (on ne s’en sort pas) pour y festoyer. Ensuite l’écluse de Gervais qui s’est passée comme un charme avant celle de Sablons qui, elle,  fut la plus pénible à date avec plus de deux heures.

Les paysages sont de plus en plus jolis, les pistes cyclables qui longent le Rhône et l’arrivée à la marina des roches de Condrieu. Nous avons quand même pu déguster quelques vins, mais disons que Condrieu n’est pas des plus accueillants :  les bars ne sont pas légion, mais nous avons trouvé. Mais il faut dire que c’est à Condrieu que j’ai vu mes premières bises depuis mon arrivée en France. Généralement les gens sont plutôt discrets et font attention avec la Covid mais là à  ce bar, les bises affluaient entre certains habitués.

Ce matin nous sommes partis pour Lyon qui n’est qu’à 40 kilomètres mais ça sera pour la prochaine chronique.

À plus

Serge sur Nomade

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La chronique du Capitaine 2020-5 : Valence et Tournon

Disons que les niveaux d’eau sont un peu justes pour les arrêts, gratter la boue à Valence et un bloc de ciment à Tournon, mais le voyage se passe bien. Belle et courte visite de Valence, il faut dire que nous étions à 20 minutes de marche du marché, ensuite  30 minutes de marche du centre-ville. Nous nous étions arrêtés à la marina de l’Épervier, supposément la plus grosse marina fluviale de France.  Malgré la distance un très bon choix car l’autre choix c’est la halte fluviale, moins cher mais juste à côté de l’autoroute. Ici, le masque est obligatoire parfois même à l’extérieur, il y a des récalcitrants mais de façon générale tout se passe bien.

J’ai bien aimé le peu que j’ai vu de Valence. Quant au Rhône, et bien il est de plus en plus joli, piste cyclable incluse. Ce matin nous avons quitté Valence pour Tournon, une seule écluse mais ce fut la plus longue à passer à date. Par contre, Tournon est une jolie ville dont les plus vieux vestiges datent de 3 siècles AD. Balade, arrêts pour bière, visite de musées et retour au bateau. Mais il fait chaud 32/33 Celsius.

Mis à part un problème de batterie que je vais devoir régler, tout se passe bien. Il nous reste moins de 100 kilomètres pour Lyon et la fin du Rhône pour nous.

Bonne journée

Serge sur Nomade

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La chronique du Capitaine 2020-4 : Viviers

Nous voici à Viviers. Très belle surprise, la vieille ville est splendide ainsi que le port, mais un peu juste d’accès. J’ai le profondimètre marqué 0,2, 0,1 et même 0,0 mètre sous la quille mais j’ai passé et nous en profitons pour une bonne soirée et une bonne nuit de repos.

Par contre le trajet à date n’a pas été de tout repos. Une mise à l’eau impeccable le mardi matin où j’avais deux copains du port venus me saluer pour mon départ. La journée précédente Mireille était venue me saluer et Françoise et Gilles étaient venus me saluer à mon arrivée à la marina de Port-Saint-Louis-du-Rhône, mais une fuite d’eau que je n’arrivais pas à trouver me causait des ennuis, mais une fois trouvée ça n’a pris que 5 minutes et tout était réglé, mais malheureusement je n’ai pas pu leur accorder l’attention voulue, excusez-moi. Ensuite 3 allers-retours à l’inter-marché pour faire le plein de diesel ­et dring, le téléphone sonne, c’est Jean-Bernard qui me dit être arrivé au port. J’étais au marché pour quelques achats, je m’empresse d’aller les rejoindre et nous voilà au bateau que je n’ai pas encore eu le temps de tout remettre en ordre, pas pour la meilleure impression, mais j’ai eu la chance de connaître Sylvie, la femme de Jean-François,  à Barbentane pas loin d’Avignon.

Après une nuit pas mieux qu’il ne faut, le lendemain c’est le départ. L’écluse ouvre à 8h45, nous sommes 4 bateaux à tourner en rond pour attendre que le pont et l’écluse s’ouvrent et voilà notre 1ère écluse est passée. Le Rhône ne semble pas décidé à nous faire découvrir ses charmes, disons même qu’il est plutôt monotone et c’est encore pire avec les averses, les orages et même des éclairs et tonnerre, mais voilà Arles, notre premier arrêt. Déception :  il y a bien un ponton tel qu’annoncé dans le guide nautique mais on ne peut pas en sortir et le numéro de téléphone affiché ne répond pas. Nous avons tous déjà vue Arles donc on décide de quitter pour Vallabrègues,  le prochain arrêt selon le guide où nous pouvons y passer la nuit.

Vallabrègues, petit quai et reçus à la merveille par des plaisanciers de l’endroit. Surprise pour moi mais Barbentane n’est pas loin, Jean-François appelle Sylvie qui nous invite pour le souper. On accepte, mais avant on va aller visiter Vallabrègues pour ensuite être pris en charge par Sylvie. Très bon souper et là on décide de rester coucher avant le départ le lendemain matin pour Avignon.

Arrêt à Avignon, quelques photos dont le célèbre pont, le palais des papes, la librairie L’eau Vive qui a déjà appartenu à Jean-François et Sylvie et départ pour Saint-Étienne-des-Sorts. Une autre mauvaise surprise, aucun endroit pour s’arrêter sinon à l’épaule, d’anciennes péniches qui ont des signes de ne pas s’amarrer, merde il est 19h15 et je décide d’y passer la nuit, au moins nous avons bien dormi.

Le lendemain matin , 7h45 départ pour Viviers, mais il faut quand même dire que nous passerons la plus grosse écluse de France ‘Bollène’ avec 23 mètres de dénivellation et qui est déjà notre cinquième écluse du voyage et nous sommes dans un bel endroit. Pour ceux à qui ça peut intéresser nous avons déjà parcouru 159 kilomètres et 5 écluses.

Là-dessus bonne journée

Serge sur Nomade

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La chronique du Capitaine 2020-3: Le départ

Finalement, le départ est imminent. Mardi le 8 je vais à l’eau et je devrais me diriger vers la marina de Port-Saint-Louis-du-Rhône d’où Jean-Bernard et maintenant aussi son frère seront mes coéquipiers jusqu’à St-Jean-de-Losne que nous devrions atteindre le 25 septembre.

Mais que de difficultés pour en être où j’en suis. ProblèmeS (ce n’est pas une faute) d’assurances, Covid, trouver des équipiers, démâter, préparer le mât pour le voyage car le mât a déjà pris la route avec https://www.fastmast.com. Beaucoup plus plaisant de naviguer dans les rivières et canaux sans avoir le mât dans la face à longueur de journée. Car le mât doit être couché, le tirant d’air permis est de 3,5 mètres seulement. Ensuite il y a le tirant d’eau (TE) ça c’est plus compliqué car je ne peux pas couper la quille, mon seul choix est d’alléger le bateau si j’ai besoin d’être moins profond. L’été passé,  mon TE était de 1,67 mètres en eau salée, maintenant sans le mât, sans les poteaux d’éolienne et radar, sans le canot de survie j’espère être aux environs de 1,65m en eau non salée. Mais, autre problème, passé St-Jean-de-Losne le niveau d’eau me permet seulement 1,60m donc je ne passe pas si je suis à 1,65m mais la sécheresse se terminera peut-être ou il y a peut-être d’autres solutions pour alléger le bateau (j’en ai quelques-unes en tête). Normalement la profondeur permise est de 1,80 m dans ce canal.

Ce soir Bruno, un copain Français rencontré à Rivière-aux-Renard avant la traversée en 2008, puis revu à Marseille, en Corse et ici à Port-Saint-Louis-du-Rhône, me fera le plaisir de sa présence ainsi que sa conjointe et lundi Mireille viendra me faire un coucou avant le départ. Sans oublier les 5-7 avec Frédéric un Québécois sur son catamaran Manawa, Jenny et Lius, Suédois sur Mouni et Niklas un Suédois vivant en Suisse sur son Nauticat 34. Je suis choyé d’avoir plein de gens bien avec qui échanger et apprendre. Que dire de ce voyage qui commence? Premier arrêt : Arles, mais ça vous allez attendre que j’y pense avant d’en savoir plus.

Je suis prêt, du moins je le pense.

Serge sur Nomade qui est encore sur la terre ferme.

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FEMME DE MARIN 2020-08 : BABY’S GONE…

Hier matin, je suis allée le reconduire à la Gare du Palais. Il prenait le train jusqu’à Dorval et devait patienter toute la journée jusqu’à son départ à 22h30 avec Air Transat pour Marseille où il a atterri à 11h50 jeudi. Le Capitaine est heureux!

Contrairement aux autres années, je ne sais pas quand il reviendra. La situation « covidienne » fait qu’il est parti 3 mois plus tard que prévu. Outre cette situation, le niveau des eaux dans les canaux en France jouera sur la longévité de son séjour, entre autres. S’il ne peut pas naviguer, il y restera environ un mois, le temps de faire les réparations annuelles sur le bateau, et s’il peut naviguer, jusqu’où pourra-t-il se rendre? Dans le meilleur des cas, il reviendra fin novembre.

Suis-je inquiète? Oui et non. Je sais que le Capitaine va être prudent. Il sait quoi faire et il ne commettra pas d’imprudences, la sagesse venant avec l’âge (c’est selon, ahahah). Ce qui m’inquiète, entre autres, est la situation du COVID car j’espère juste qu’il ne me ramènera pas ce maudit virus à la maison. Nous avons prévu qu’il fera une quarantaine dans le sous-sol de la maison, là où se trouve son bureau et un divan-lit pour dormir. On se plaît à blaguer que je lui descendrai ses repas tout comme si j’avais un otage enfermé dans la maison!

Il m’a appelée aujourd’hui et il était rendu chez Mireille, une amie française. Demain, il va se rendre au bateau. Il m’a dit que le voyage en avion a bien été, peu de personnes à bord et arrivée tranquille à Marseille. Donc, tout va bien pour le moment. Quant à moi, j’ai passé une partie de la journée à mettre du sable polymère sur les pierres du chemin qui borde la maison, fait à manger pour recevoir les amies demain soir et regardé les colibris venir se nourrir dans la mangeoire.  Petite vie tranquille comme je l’aime.

Femme de marin 2020-7: Quelle année!

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My God qu’il s’en est passé des affaires depuis le début de l’année 2020, autant pour ce qui a trait à notre petite vie personnelle qu’à la COVID!!  Depuis, on a eu le temps de terminer les rénovations extérieures de notre maison à Montréal, de la vendre, d’aller s’isoler 3 mois à la Malbaie, d’arriver à Québec pour préparer la maison avant le déménagement des meubles et de s’installer, puis de prendre notre respir.

Maintenant que toutes ces étapes sont passées, que j’ai du temps pour cuisiner et me déposer, les visites n’arrêtent pas. C’est qu’il faut savoir qu’à chaque fois que le Capitaine revient pour l’automne et l’hiver, les amis réalisent qu’il va repartir un mois avant la date. Donc, on se retrouve toujours avec des tonnes d’invitations ou de réceptions le mois précédant son départ. C’est un vrai feu roulant! Avec la COVID, la donne a changé. Maintenant que les frontières sont ouvertes pour les étrangers avec l’Europe, Serge planifie son départ sous peu. Le problème demeure les assurances pour le bateau, soit parce que pour les Européens, il est trop vieux (i.e. le bateau et pas le Capitaine!), ou qu’ils ne veulent pas assurer les bateaux étrangers parce qu’ils sont frileux. Nous sommes donc en stand by  pour avoir une réponse. Si cela ne fonctionne pas, le Capitaine devrait partir moins longtemps, ne serait-ce que pour faire l’entretien annuel et les rénovations sur le bateau.

Pour ma part, je recommence tranquillement à peindre (mais si peu pis je m’en sacre), j’apprécie le fait que la retraite me permette de me lever le matin au son des oiseaux et de ne pas courir après une quelconque activité professionnelle, de boire mon café en toute quiétude, d’observer mon chum qui s’active autour de la maison et d’admirer sa persévérance, profiter des amis qui sont à proximité et bénir le ciel à chaque soir de ne plus être obligée de me taper 2h30 de route pour revenir à Montréal, ville déshumanisée où j’ai vécu pendant presque 20 ans, regarder mes fleurs s’épanouir et mes fines herbes pousser, profiter des conseils des amies plus averties que moi dans ce domaine, boire un petit verre de vin en bonne compagnie et rire, tout simplement, parce que pour prendre une distance avec ce qui nous arrive il est nécessaire d’en rire, simplement. L’air de la banlieue me va à ravir et je savoure le fait que pour la première fois de ma vie, je ne ressens plus la pression de performer, de la reconnaissance à tout prix. Là-dessus, j’ai donné.

Pour celles et ceux qui travaillent encore, je vous le dis : la retraite est un nouveau souffle si vous savez la planifier, ne serait-ce que pour les activités, même si du côté monétaire on en paie le prix!

Oui, il m’arrive encore de faire des cauchemars sur ce que fut ma vie professionnelle dans les dernières années et sur mon expérience douce-amère d’avoir été co-propriétaire d’une galerie d’art, mais lorsque je me réveille le matin, je suis soulagée de me rendre compte que ce n’était qu’un mauvais rêve.

2020 est une année en dents de scie pour tout le monde, c’est selon, mais cette année a permis de me déposer, de chasser certaines angoisses (pas toutes, mais bon…), de me rapprocher de ma famille et mes amis, de concrétiser le style de vie que je souhaite pour les années à venir. Pas de projets gargantuesques, pas d’objectifs qui demandent une énergie du maudit, pas d’ambitions extérieures qui pourraient me définir encore plus; juste l’envie de vivre le moment présent, d’être présente aux gens que j’ai choisis dans ma vie.

La vie est courte. J’ai juste l’ambition d’espérer que dans mes derniers moments je puisse dire : « Somme toute, j’ai eu une maudite belle vie! ». Vous savez pourquoi? Parce que j’ai décidé que je voulais juste me rappeler des meilleurs moments. Vieillir a du bon!.

P.S. Crédit photo: Jean Gosselin

 

 

Femme de marin 2020-06: Allo, le retour à la terre!

Comme disait Marie-Lise Pilote dans un de ses anciens sketches: »Enlève-moi ma brassière et terre cuite pis mets-moé sur un banc de poissons »….

Automne 2020-Hiver 2021: Retour à la terre!!! Ma créativité ne se fera pas tant dans mon atelier d’artiste que dans ma cuisine.

Demande-moé pas ce que je vais faire cet automne; Ai acheté une yaourtière, un four à pain, un autoclave, des pots Mason, pis plein d’autres affaires pour cuisiner, aussi construire un jardin surélevé avec la créativité de mon Capitaine… Tout pour devenir le plus possible autosuffisant alimentairement parlant!!! Faut changer ses habitudes à cause de la pandémie ??? Ben, checke-moé aller… M’a faire pousser mes herbes pis encruchonner comme il y a 12 ans quand mon chum a traversé l’Atlantique pis qu’on a dû faire de la bouffe pour qu’il survive tout ce temps-là !! L’affaire va être ketchup!

Femme de marin 2020-05: Avec le temps…

 

 

 

 

Cette photo… il y a 10 ans, ma mère fêtait ses 80 ans. Elle était pimpante, coquette, malgré la maladie d’Alzheimer qui avait commencé à faire ses ravages. Quelques indices, certes, mais à peine perceptibles.

Dix ans ont passé. Oui, elle est toujours là et fêtera en septembre ses 90 ans, mais cette décennie l’a, d’une certaine façon, décimée. Lorsque je l’ai appelée ce matin pour lui souhaiter une belle fête des Mères, elle était surprise parce qu’elle ne savait plus quel mois on était. Même si elle passe ses journées à écouter la télé qui diffuse en continu les dévastations de la pandémie, elle ne réalise pas tout ce que ça implique. Certaines journées, elle peut m’appeler 4-5 fois par jour pour  que je lui envoie de l’argent afin d’aller chez le coiffeur, changer ses lunettes ou magasiner. Elle ne réalise pas ce que veut dire “confinement” parce que pour elle, ça ne change rien, toujours cloîtrée dans sa résidence pour personnes semi-autonomes. Alors, à chaque fois, je dois lui expliquer que c’est impossible. À chaque fois, elle ne comprend pas et me rappelle une demi-heure plus tard pour me demander la même chose.

Même si je lui ai dit que nous avons vendu la maison à Montréal et que nous serons près d’elle à Québec à la fin juin, je devrais me réjouir qu’elle oublie la nouvelle et qu’à chaque fois que je lui rappelle, c’est une nouvelle surprise pour elle, un petit bonheur instantané, mais il m’arrive aussi de me désoler de lui faire de la peine quand elle me demande pourquoi ma soeur aînée ne lui donne pas de nouvelles et que je doive lui dire qu’elle est décédée, une inième fois,  il y a presque 4 ans…

Je pense à ma chum Christine qui a perdu sa mère la semaine passée et qui surfe sur les hauts et les bas des émotions de ce qu’implique le sentiment d’avoir un parent âgé et ces temps de pandémie. Je songe au fait que lorsque nos parents partiront, nous serons les prochains. Je me questionne sur le fait qu’il y a, quelque part, un bénéfice à ne plus se rappeler, que c’est moins souffrant quelque part, et le fait que je ne veux pas oublier une parcelle de tout ce que j’ai vécu.

J’ai été troublée d’entendre ce soir à Tout le monde en parle, Yvon Deschamps qui a demandé à sa conjointe de lui promettre de ne pas finir en CHLSD, et je me suis surprise à demander à mon Capitaine la même chose, et j’ai compris combien cette promesse était lourde de responsabilités et de conséquences pour lui (autant que ce le serait pour moi, en fin de compte). Moi qui suis devant le majestueux fleuve depuis 6 semaines, qui vis au gré du temps qu’il fait, je n’ai pas envie de finir entre 4 murs froids, vous me comprenez n’est-ce pas?

Oui, ma mère est toujours vivante, mais l’idée de la savoir seule devant sa télé, de ne pas avoir de visites, d’attendre que « le temps passe » et d’oublier ce que fut sa vie tel un feu qui consume peu à peu m’est souvent si insupportable que je préfère vaquer à d’autres occupations. L’impuissance occupe de plus en plus l’espace et l’idée de revenir au plus tôt à Québec se fait pressante…

Maman, peu importe que tu oublies…, moi, je n’ai pas encore oublié… Merci d’avoir été un phare entre moi et mon père. Merci de m’avoir guidée dans cette tourmente qu’a été ma vie… Bonne fête des mères, même si tu ne me lis pas. Au moins, j’ai pu te le dire encore cette année!

LÉO FERRÉ – Avec le temps

 Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
On oublie le visage et l’on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus,
C’est pas la pein’ d’aller chercher plus loin
Faut laisser faire et c’est très bien
Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
L’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
L’autre qu’on devinait au détour d’un regard
Entre les mots entre les lignes et sous le fard
D’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
Avec le temps,
Tout s’évanouit.

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
Mêm’ les plus chouette’s souv’nirs ça t’a un’ de ces gueul’s
À la Gal’rie j’farfouill’
Dans les rayons d’la mort
Le sam’di soir quand la tendresse s’en va tout’ seule
Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
L’autre à qui l’on croyait pour un rhum’ pour un rien
L’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien.

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
On oublie les passions et l’on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas
Les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid
Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l’on se sent glacé dans le lit de hasard
Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l’on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment
Avec le temps on n’aime plus

Femme de marin 2020-04: De quoi était fait votre dernière année?

Avril 2019 : Je viens de prendre ma retraite et je suis associée à une galerie d’art depuis un an. Je travaille autant, sinon plus, que lorsque j’étais active professionnellement. La galerie m’occupe 7 jours sur 7, même lorsque je n’y suis pas physiquement (i.e. les textos, les courriels, les tâches, etc.). Il m’arrive de me sentir exténuée, de ne plus être capable de poursuivre le même rythme qu’avant. J’étouffe un peu, beaucoup…

Mai 2019 : Je prépare mes toiles pour l’exposition Artistes de cœur qui aura lieu en novembre. Comme à chaque exposition, depuis 5 ans, je doute. (sur moi, mon talent, mes compétences à titre d’artiste, sur ma place dans l’organisation et en ce monde… sur n’importe quoi qu’on peut s’imaginer…., la CATA…).  Je me demande si ce que je produis plaira au public. Je me couche tard, ma créativité étant à son meilleur en fin de soirée. De toute façon, j’ai plus rien qui me retient le lendemain, alors….

Juin 2019 : Mon Capitaine est parti pour ses 4 mois annuels en Europe. J’occupe la maison à moi seule. Je savoure… « As usuel », je vogue entre être bien avec moi-même et m’ennuyer de mon Capitaine, je prépare mon voyage en France avec ma pote Claudine en août.

Juillet 2019 : Je réfléchis depuis quelques temps à l’idée de m’évaporer ailleurs qu’à la galerie. J’ai d’autres projets qui me parlent et m’interpellent plus que ce qui me retient à la galerie. L’idée globale est que la vie est trop courte et que je ne pourrai pas réaliser tout ce qui me trotte dans la tête. Il me faut donc faire des choix, déchirants pour certains mais faciles pour d’autres.

Août 2019 : Je me dissocie de la galerie d’art, je pars avec ma pote Claudine à Paris pour une semaine de « décrochage ». C’est le rêve, je décroche, je suis sur mon X. À mon retour, j’accueille le Capitaine qui revient au bercail pour la 12e année. Je suis heureuse. Il est là, je me colle contre lui, la nuit venue. Je dors et je ronfle comme c’est pas possible. Je me sens en sécurité.

Septembre 2019 : Je prépare les travaux pour le revêtement extérieur de la maison. Les journées sont exténuantes mais pleines de promesses. Je magasine, je compare, je jauge, j’écoute les conseils de ceux qui ont de l’expérience, pis en fin de compte, je fais à ma tête (bien, à moitié!!!).

Octobre 2019 : Nous débutons les travaux du revêtement extérieur de la maison. Je passe mon temps à élaborer des menus et faire des allers-retours chez Patrick Morin! Je m’achète des bottes de travail de « Pilote et filles » et je savoure le simple moment de les chausser comme lorsqu’on embarque dans des pantoufles! Ma fille fête son premier anniversaire de mariage avec un gars formidable. Pour moi, à 63 ans, c’est pas trop tôt de ne plus m’inquiéter!!

Novembre 2019 : Depuis un mois, je passe mon temps à grimper dans les échafauds à l’extérieur de la maison, de vaincre ma peur des hauteurs et la préparation de repas pour nos amis qui supervisent les travaux et viennent nous aider les fins de semaine. L’Exposition Artistes de cœur a lieu. J’expose mais mon cœur n’y est pas, mon corps étant occupé à vaincre mon vertige lorsque je grimpe en hauteur et le bonheur de voir enfin les rénovations de la maison achevées. Je me fous pas mal de vendre mes toiles ou pas. Je suis ailleurs. Je pars fumer avec ma pote Lise durant les « gardes » et on parle de nos avenirs avec un brin d’ironie.

Décembre 2019 : Mon Capitaine m’annonce qu’il songe à ne plus donner de cours de navigation. Je réfléchis sur le fait que lorsque je l’ai connu, je lui avais dit que lorsque je serais à la retraite et que plus rien ne me retiendrait à Montréal, j’aimerais revenir à mon point d’origine, soit la ville de Québec.

Janvier 2020 : Mon Capitaine met son plan à exécution. Je lui remets en mémoire mon désir de revenir à Québec car, désormais, plus rien ne nous oblige à vive à Montréal. Le Capitaine acquiesce.

Février 2020 : Nous contactons notre courtière immobilière pour lui demander s’il serait mieux de mettre la maison en vente avant ou après notre départ en Europe en mai. Elle nous répond que le marché est pour les vendeurs présentement et qu’il serait mieux de s’essayer. Nous osons et mettons la maison en vente.

Mars 2020 : La maison est vendue et l’acheteuse nous demande si on peut la libérer pour le 1er avril. On fait des boîtes! Une visite chez ma mère à sa résidence pour personnes semi-autonomes me convint de rester au Québec car il m’apparaît que sa santé se dégrade (elle va avoir 90 ans). On fait des boîtes!  Je décide donc de ne pas partir, mais par la suite, la pandémie devient mondiale. Mon Capitaine ne peut plus partir à la date prévue en Europe. On fait des boîtes!  Suite à l’annonce du premier ministre du Québec de fermer les entreprises et de mettre le Québec sur pause, nous devançons notre déménagement d’une semaine de peur d’être coincés à Montréal. On finalise les boîtes la veille du déménagement.

Le lendemain du déménagement, l’endroit où nous devions rester n’est plus possible pour toutes sortes de raisons. Mon Capitaine (comme à son habitude) trouve une solution et nous partons à la Malbaie.

Oh… j’avais oublié : le 9 mars, je  fête mes 64 ans et je me sens intérieurement comme si j’avais toujours 30 ans, mais extérieurement, lorsque je me regarde dans un miroir le matin, c’est autre chose!! Bof… pas important, c’est la vie!

Avril 2020 : Nous sommes à la Malbaie depuis 6 semaines et nous y sommes très heureux même si nous sommes un peu comme des SDF (sans domicile fixe), en attendant d’intégrer notre nouvelle maison en juillet.  Nous jasons régulièrement avec nos vendeurs qui deviendront sûrement des amis après la vente.

La pandémie nous aura permis de reprendre notre souffle, de récupérer du stress des derniers mois et de prendre conscience qu’on est dans une position privilégiée.

Je profite de la vie, du temps qui passe, que, malgré le manque de créativité et de matériel pour créer pour l’artiste que je suis, j’avais besoin de ce temps d’arrêt pour décider du temps qu’il me reste sur cette Terre. Bonne est la vie!!!! Pour parioder Boucar Diouf, je me demande à quoi ça sert un être humain?? Je suis pas plus avancée sur ma place en ce monde, sur la réponse à cette question, mais la pandémie me sert à moins m’angoisser sur cette question, à me dire que, pour le temps qu’il me reste, je le veux de qualité à faire ce qui me plaît.

MORALE : Chaque décision, prise indépendamment, semble insignifiante mais somme toute, cela aboutit à une décision de vie qui prend une direction toute autre. Au bout du compte, c’est pas une si mauvaise place que ça!!! No complaint, just let go!!!!

Mado:-)