Chronique du capitaine Grèce 2017-15: Retour à la maison

Mardi 19 septembre de retour à la maison, mais le temps a été long…

Je suis arrivé ici à Thessaloniki le 25 juillet, 53 jours au même endroit, une partie de mon voyage est tombé à l’eau si je peux m’exprimer ainsi? 53 jours à la même place ça pèse! Ok j’ai pu explorer la ville, il y a des choses intéressantes, mais… j’ai quand même pu faire des visites, site archéologique, musée archéologique, lire sur l’histoire de la région et me demander où serions-nous aujourd’hui s’il n’y aurait pas eu autant de guerres et destructions depuis les 6 à 7 milles dernières années? Je parlais à un voisin de quai il y a environ 2 semaines, un Macédonien, anciennement de la Yougoslavie, la carte politique de la région n’a jamais vraiment été stable pour celle-ci. Zoran, qui était mon voisin me racontait que son arrière-grand-père avait vécu la guerre, que son grand-père avait vécu la guerre, que son père avait vécu la guerre et qu’il avait vécu la guerre et qu’il croit qu’il y aura encore d’autres guerres car les gens se détestent trop et ne pensent qu’à se venger. Il me disait qu’il avait commencé à dire à son fils âgé de 14 ans qu’il devait aller étudier aux États-Unis et y acquérir la citoyenneté, et que maintenant il enseigne le génie informatique aux États-Unis et qu’en tant que père, il se sent beaucoup mieux maintenant qu’il est là-bas. À entendre les politiciens de la Turquie commencer à dire qu’ils ne sont plus d’accord avec les frontières entre eux et la Grèce me fait penser que les prochains troubles ne sont pas si loin. J’espère vraiment avoir tort!

Et oui, j’ai dit au revoir à Nomade jusqu’au mois de mai de l’an prochain. J’ai dormi les trois dernières nuits dans un bel et propre appartement (Airnb), dormir sur le bateau avec des chiens de garde dont un, que le propriétaire qui me disait était dangereux, non merci! Pour ceux qui ne savent pas j’ai une peur maladive des chiens et des chiens il y en a ici, ok je n’aime pas les chats non plus, mais au moins ils ne me font pas peur et ici à Thessaloniki ils n’ont plus beaucoup de chats, ils auraient été décimés par une maladie quelconque l’hiver dernier. Moi je préfère les gens et leur culture. Mais revenons aux chiens, à Thessaloniki marina (Eretsou) où j’ai passé tout ce temps à attendre la réparation de mon moteur à l’exception des 4 premiers jours, il y avait 3 chiens et quelle peste, un jappeur le plus gros, il pouvait japper pendant des heures sans que les employés ne fassent quoi que ce soit. Ensuite le berger allemand, qui semblait le plus doux de tous, pas toujours attaché et devenait excité à l’approche de femelles et le dernier un bâtard boîteux, jamais attaché, que j’ai vu plusieurs fois attaquer d’autres chiens. Et vous pouviez compter sur eux pour commencer à japper avant le lever du soleil.

Mise à part les chiens, la marina est intéressante. Peu de bateaux y passent durant l’été, le nord de la Grèce n’étant pas l’endroit le plus recherché par les navigateurs et touristes en général, mis à part les Grecs, les Bulgares et autres endroits des Balkans, qui pour eux est facilement accessible et la mer y est des plus accueillante. Par contre cette marina pouvant accueillir plusieurs centaines de bateaux, est sous-utilisée en été. Il semblerait qu’elle se remplisse en hiver lorsque les bateaux de location reviennent du sud pour la saison morte.

Comment je me sens? Mélangé je dirais, quand même eu beaucoup de plaisir à visiter et revisiter plusieurs endroits en début de voyage, remonter la côte Nord-Ouest de la mer Égée malgré quelques belles découvertes dans les Sporades-Nord j’ai été plus tôt déçu. Le plus intéressant est à venir : la péninsule de Chalkidiki avec ses trois presqu’îles, l’île de Thassos, Samothrace et Límnos sont dans mes plans pour l’an prochain sans oublier un meilleur aperçu des monastères du Mont Athos. Tout cela avant de me diriger vers la mer Noire en passant par les Dardanelles et le Bosphore de la Turquie.

Espérons que les difficultés avec mon moteur neuf de l’an dernier seront derrière moi.

À la prochaine

Serge & Nomade II

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Femme de marin 2017-30: Vivre selon ses principes

Le temps est quelque chose que l’homme a inventé pour se sécuriser : « Tiens, il fait jour; tiens, il fait noir. » L’homme a eu un besoin d’encadrer sa vie pour pouvoir la mesurer en expériences et la hiérarchiser. Quand il se regarde dans un miroir, il se dit : « Tiens, j’ai la peau lisse; tiens je commence à avoir des rides et des cheveux argentés . Une vie a passé et je m’en suis à peine aperçu! ».

Il est 3h00 du matin et je m’endors  pas encore. J’en reviens à ma nature profonde, soit être un oiseau de nuit. Quand toutes les défenses et les stress du jour ont fait main basse, quand la douceur et le calme du soir se sont installés, ce n’est que vers 23h00 que ma créativité s’anime. Je pourrais peindre toute la nuit et ne m’endormir qu’à l’aube. C’est là que je suis la plus productive, la plus instinctive.

J’ai de plus en plus de difficulté à croire qu’on puisse s’enfermer dans un horaire de 9 à 5 et qu’il n’y a que là qu’on puisse être efficace. C’est souvent une torture plus qu’autrement. La course du temps n’a jamais eu de signification pour moi si ce n’est de correspondre à ce que la société a dicté comme étant acceptable. Toute notre vie, on nous a mis des limites, des règles de bienséance, de bonne conduite où il était concevable de dire telle chose au bon moment, de poser tel geste dans tel contexte. Et toutes celles et ceux qui dérogent de ce « temps alloué » est une espèce d’oiseau bizarre qu’on garde à distance et qu’on observe d’un œil inquiet en posant une étiquette, souvent négative sur l’autre.

Moi, je n’ai plus de règles établies, ou du moins je « fit » de moins en moins dans ce diktat qui ressemble plus à un étau qu’autre chose, une sorte d’armure qui limite les mouvements physiques et de l’esprit, qui implique qu’il faille penser de telle ou telle manière, et plus souvent qu’autrement de façon à ce que ça plaise aux autres plus qu’à soi afin que ceux-ci consentent à nous retourner cette maudite reconnaissance pour laquelle on bûche tant!

J’évolue dans plusieurs milieux à la fois et je m’en sens fort aise. Mais il y a un milieu à l’esprit plus conventionnel que les autres, celui qui m’apporte du beurre régulièrement sur mon pain, celui qu’on appelle « travail alimentaire » parce qu’il permet de payer les factures et de s’endormir le soir sans faire trop de cauchemars. Un simple tatoo à l’intérieur de mon poignet suscite des commentaires incongrus, une mise à distance jugée suspecte où l’étonnement de ne pas avoir imprégné « cette image de moi » en eux. Ça me fait rigoler.

J’aime de plus en plus créer le malaise et détourner des chemins établis. J’aime me mettre au défi et emporter les autres dans les vagues. J’expose depuis 3 ans et je ne fais jamais la même affaire. Ça en déstabilise quelques-uns qui s’attendent à m’étiqueter dans un style alors que moi, ce qui me branche, c’est de me mettre en danger dans un style artistique différent. Comme me disait une de mes potes : « Ton style c’est de ne pas en avoir un ». Je pourrai prendre ça négativement mais j’aime mieux le prendre comme un compliment, du genre que je suis capable de naviguer dans des eaux différentes. Je ressemble au Capitaine qui se challenge toujours dans de nouvelles aventures : parfois, certaines sont un succès; parfois d’autres révèlent des défis auxquels on n’avait même pas pensé dans nos rêves les plus fous. L’expérience additionnée à l’instinct nous guide. Ne jamais perdre ses repères.

Trois ans que j’expose officiellement. La première année, on m’avait approchée pour des petites maisons en style naïf que je testais dans mon atelier. Je les avais toutes vendues. L’an passé, je revenais à mon style de base, soit l’abstrait, et j’en ai vendues moins. Cette année, j’explore le thème des ombres et malgré le fait que ce soit celle des 3 ans où je suis la moins sûre de ce que je vais présenter, il demeure que c’est cette série qui recueille le plus de commentaires positifs sur Facebook. Ben pour dire : dès l’instant où l’artiste met en ligne ce qu’il a produit, l’œuvre ne lui appartient plus puisqu’il appelle ou interpelle des gens dans ce qu’ils ont de plus personnel et profond. L’œuvre dit quelque chose à quelqu’un que l’artiste ignorait au moment où il l’a créé. C’est une forme de communication qui s’apparente à l’écriture.

J’ai lu un jour que rencontrer un auteur était souvent un moment plutôt décevant puisque ce dernier tentait souvent de passer un message par ses écrits qui n’avait rien à voir avec ce que l’auteur entendait, ou ce que ça résonnait pour lui-même. Loin de me décourager, je trouve ça plutôt stimulant de voir que l’œuvre en soi n’est pas terminée et qu’elle revit d’une autre façon par la personne qui en fait l’acquisition. Bien qu’on peigne ou qu’on écrive sur le coup pour soi-même, il faut savoir laisser le « bébé » prendre son essor et se nicher ailleurs, là où l’œuvre pourra s’épanouir en dehors de soi. Je me sens comme une mère porteuse qui permettra à quelqu’un d’autre d’embellir son quotidien en lui donnant une saveur particulière et qui saura l’adapter à son univers. Si je puis, en soi, participer au bien-être de quelqu’un d’autre, que puis-je demander de mieux? Là est ma mission, tout comme je le faisais quand j’étais intervenante : aider quelqu’un à mieux vivre ce qu’il a à vivre.

Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre, disait Edward Hopper, peintre.  Donc, peu importe le médium, pourvu qu’il permettre de faire en sorte que cela se traduise en mots ou en images signifiantes plutôt qu’en maux.

Ma sœur est morte l’an passé d’un cancer du pancréas. Cette année, mon frère a subi l’ablation d’un rein qui supportait une tumeur maligne de la taille d’un ballon de football. J’en ai parlé dans des chroniques précédentes. Pourquoi ont-ils eu ça? Est-ce si important de le savoir? Parce qu’au bout du compte, connaître la cause ne changera rien puisqu’on ne peut pas changer le passé. L’important est le présent et ce qu’on fera avec pour le futur. Je peins abondamment. Est-ce que ça va me sauver du cancer? Aucune maudite idée parce que souvent, des maladies surgissent 10 ans, 15 ans, 20 ans, après un traumatisme quelconque. Donc, anyway, je suis peut-être la prochaine sur la liste. Mais une chose est sûre, faire quelque chose qui nous fait tripper ne peut pas nous rendre malade, ça j’y crois. La seule chose sur laquelle j’ai du pouvoir est ce que j’ai ENVIE de faire à partir de maintenant. Comme on s’en va pas en rajeunissant, j’ai bien l’intention de ne pas lâcher mes pinceaux pour le temps qu’il me reste. Je veux pas qu’on me dise que je me suis battue et je veux pas qu’on me dise, quand je mourrai, que j’ai « perdu ma bataille ». Je veux juste qu’on dise que j’ai vécu selon mes principes et que j’ai fini par assumer ce que j’aimais le plus au monde : peindre parce que c’était là que j’étais le plus moi-même.

 

Passion

 

Femme de marin 2017-29: Cher Capitaine de mon coeur!

Cher Capitaine de mon coeur,

Voilà 10 ans que la mer t’appelle. En fait, je devrais dire que la mer t’a toujours appelée, mais que tu as eu enfin la possibilité d’y naviguer pendant 5 mois par an depuis les 10 dernières années. J’ai consenti à épouser cette vie depuis que je te connais. Faut dire que les 5 premières années, je n’y croyais pas trop. Moi, qui avais appris à vivre au jour le jour presque, j’avais de grandes difficultés à me projeter 5 ans plus tard. Je me disais que bien des choses pourraient arriver qui puissent changer ce destin. Idiote, j’étais! Et ces 5 années ont passé si vite! A peine ta retraite entamée que je me faisais complice de la distance qui allait nous séparer. Du moins, c’est ce que je pensais au début!

Après toutes ces années éloignés l’un de l’autre, je me rends compte que la distance n’a tellement pas d’importance quand on est 2 cœurs qui battent à l’unisson. J’aime nos conversations quotidiennes, j’aime quand tu t’informes de ce que je vis et que tu partages tes inquiétudes et tes petites joies. J’aime t’attendre à l’aéroport quand tu reviens le cœur gonflé d’espérances et de nouveaux projets. J’aime quand tu m’écoutes parler de mon quotidien en passant ton doigt sur ta lèvre, micro-caresse qui m’indique que tu es séduit par notre conversation. Geste de douceur dont tu n’es pas conscient mais qui renforce notre intimité et l’intérêt que nous nous portons l’un à l’autre malgré tout ce temps vécu ensemble.

Hâte que tu arrives, tu me manques. Hâte que nous reprenions nos projets communs. Hâte de te sentir près de moi et de partager notre quotidien qui n’est jamais routinier ni banal après toutes ces années passées ensemble.

Hâte de t’accueillir dans ton Home, sweet Home xxx

Femme de marin 2017-28: Adieu Littlefinger!

Depuis 2 jours, les réseaux sociaux ne parlent que de Games of Thrones, et particulièrement de la mort (tant attendue pour certains) de « Littlefinger » (http://gameofthrones.wikia.com/wiki/Petyr_Baelish). Bon, j’ai pas écouté tous les épisodes parce que je ne suis pas abonnée à HBO, mais moi je l’aimais Littlefinger, ou c’est plutôt le comédien qui joue ce personnage, Aidan Gillen, que j’aime et qui a un talent fou. Quand je le regarde, je suis comme une collégienne qui ferait des milles à genoux sur de la vitre cassée pour boire l’eau de son bain! Que voulez-vous, j’ai un faible pour les Irlandais (Liam Neeson, Pierce Brosnan, Gabriel Byrnes et le beau Aidan).

 

Bon, je sais, j’ai l’air d’une vieille cougar quand j’écris ça, et c’est pas grave, mais ça veut dire que même à 61 ans, la mère des hommes est pas morte!

Mais là, je m’écarte. Mon propos n’est pas de parler de mes allégeances et attirances sexuelles, mais plutôt du personnage, du style de personnages qui influencent nos humeurs et nos vies. Littlefinger était un manipulateur comme on en rencontre parfois sur notre parcours. On a tous connu ça : quelqu’un qui nous utilise comme un moyen d’obtenir un bénéfice ou un avantage personnel… et on en ressort blessé. Mais au fond, on est peut-être tous un manipulateur pour quelqu’un d’autre… Je ne suis pas sans taches, et peut-être ai-je utilisé cette stratégie pour arriver à mes fins parfois. Je ne saurais le dire, mais je suis sûre que fondamentalement je ne suis pas ce genre de personne. J’ai plutôt un « bon fond » même s’il m’arrive de me délecter du malheur des autres. Que celui ou celle qui ne l’a jamais fait me lance la première pierre, comme on dit!

Ce qui me frappe depuis ces 2 derniers jours c’est la virulence des commentaires sur les réseaux sociaux comme si quelque chose en soi était ébranlé ou satisfait (selon qu’on voulait ou pas la mort de Littlefinger). Au-delà de la sympathie et de l’attirance qu’on accorde à l’acteur qui jouait le personnage, il s’agissait avant tout de la capacité à voir au-delà de la façade que construisait le personnage en question. On parle ici de la personnalité fondamentale, du pourquoi certains agissent de telle ou telle façon. C’est la même chose dans la vie.

Si je m’attarde ne serait-ce qu’un peu aux motivations d’une personne, il m’apparaît plus difficile de le détester. Ce qui fait en sorte que pour beaucoup, il est plus simple de ne pas trop s’arrêter et d’entretenir plutôt le jardin de la haine. C’est ce qui fait que les stéréotypes ont la vie dure, entre autres. Qu’on ait aimé ou pas Littlefinger, il demeure que le personnage ne nous a pas laissé indifférents parce qu’il venait chercher quelque chose en nous qui nous ébranlait: la capacité d’aimer aussi fort qu’on puisse détester. Le fait, aussi, que tout geste peut, à nos yeux, se justifier. Ce qui est blanc et noir en apparence n’est que des nuances de gris qui subsistent en nous. Dérangeant…

La mort, l’an passé, de ma sœur, m’a rendue plus « humaine ». Non pas que je ne l’étais pas auparavant, mais les filtres étaient moins nombreux. J’ai toujours été du genre à ne pas lâcher la serviette facilement, à garder les dents serrées jusqu’à la mort, comme je me plaisais à dire. Maintenant, je suis plus nuancée. Oui, les préjugés ont souvent le dessus, encore, mais ils ont plus de difficultés à durer. C’est que, voyez-vous, c’est comme un test de vision où on vous demande si vous voyez quelque chose en filigrane. Sur le coup, vous ne voyez rien, mais en forçant le regard, il arrive parfois qu’une deuxième image apparaisse. Présentement, cette seconde image apparaît plus vite et je ne peux plus nier que je la vois. Ça rend, « platement », la vie plus complexe parce qu’il faut aller puiser dans ses ressources pour faire une meilleure analyse. C’est comme dire quelque chose à voix haute devant une audience : on ne peut plus nier qu’on l’a dit. Ben c’est ça : on ne peut plus nier que ça existe. Et il faut vivre avec!

Littlefinger, c’est cette deuxième image, celle qui subsiste au fond de soi. C’est ce qu’on aurait aimé faire et dire si on avait eu plus de « guts ». C’est la « face cachée de la lune » qu’on nie bien souvent. C’est son côté « bitch » qu’il faut assumer. C’est pour ça qu’on l’aime et qu’on le déteste à la fois.

Moi, je prends ma retraite dans 12 jours et je vois tout le monde se dépêtrer et suer autour de moi. Je vois les problèmes arriver et submerger tout le monde comme un tsunami. Je vois tout le monde qui commence à paniquer et qui ne sait pas trop quoi faire. Et vous savez quoi? Ça me touche pas. Au fond, je m’en fous pas mal. Je ne me sens pas coupable mais libérée d’un carcan qui m’a étouffée trop longtemps. Moi aussi, j’ai capoté, j’ai rushé et j’ai été puiser dans mes connaissances et compétences pour passer au travers. A la limite, je jouis! Je jouis de la quintessence et de la substantifique moelle de la vie, maintenant que j’ai pris la décision de partir. Quelle libération!

Ce « Games of Thrones », j’ai joué dedans. J’ai bataillé pour me faire une niche. Je crois y avoir gagné une des premières places parce que je n’ai pas troqué mon essence, même si je n’ai pas été reconnue au rang que je croyais mériter. Mais peut-être que je me suis fourvoyée dans tous ces dédales administratifs. Peut-être que ce que j’ai gagné c’est d’être restée moi-même au prix de la reconnaissance des autres. C’est pas grave. L’important est, somme toute, de rester fidèle à soi-même, peu importe le prix que ça me coûte!

Le 15 septembre, je fermerai l’ordinateur et les dossiers. Le 17, j’irai accueillir le Capitaine à l’aéroport et le lendemain, je nous préparerai un café que nous boirons ensemble dans le calme de la maison, peu importe le temps qu’il fera dehors. Et je trouverai le matin magnifique!

Chronique du capitaine Grèce -Turquie 2017-14: La dictature du fonctionnariat…

Pour ceux qui me lisent, vous savez que j’ai un nouveau moteur depuis Kos, fin juin 2016, un Yanmar 29 chevaux ‘3YM30AE’. Eh bien ce moteur m’a lâché en quittant le club nautique de Thessaloniki samedi le 29 juillet dernier. En quittant le club nautique, les défenses n’étaient pas encore remisées qu’un bruit sourd se fait entendre du moteur. Je ralentis, descends et vais jeter un coup d’œil au moteur, rien d’apparent, mais rien de rassurant non plus. Je suis à mi-chemin entre mon lieu de départ et la marina de Thessaloniki, je me dirige donc vers la marina espérant avoir plus de chance de trouver les services d’un mécanicien. La marina téléphone au représentant Yanmar qui dit pouvoir venir regarder cela lundi matin soit le 31 juillet. Lundi midi arrive et pas de nouvelles du mécanicien. Je demande à la marina de le rappeler, il dit être sur une urgence et qu’il passera d’ici la fin de la journée. Dans la soirée, je le rappelle, pas de réponse. Mardi matin, je rappelle, pas de réponse! Je me rends dans un magasin d’équipement nautique et leur explique ma situation. Ils réussissent à rejoindre un mécanicien qui passera me voir dans la journée. Après sa visite, je suis un peu mitigé car il semble être plus un ajusteur de moteur qu’un vrai mécanicien, mais il me propose de revenir le lendemain et appeler le représentant Yanmar d’Athènes, chose que j’accepte. En fin de journée, un mécanicien du représentant Yanmar se montre finalement. Il écoute mes explications, regarde le moteur, appelle son patron et finit par me dire que le moteur devra sortir du bateau. Comme vous vous en doutez c’est avec la mine déconfite que j’acquiesce. Demain matin me dit-il. Je rappelle donc le premier mécanicien pour le décommander, il ne semble pas apprécier, mais malgré le peu d’empressement et le manque de rigueur dans ses rendez-vous, il est le représentant Yanmar et on me dit qu’il est bon, je choisis Michalis de Yanmar.

Le lendemain matin, pas de grue en vue mais Michalis et un apprenti se pointent et me disent qu’avant de sortir le moteur ils veulent faire quelques essais et voir s’il y a moyen de réparer sur place. L’espoir sera de courte durée quand il me confirmera que le moteur doit effectivement sortir. Il appelle le représentant Yanmar de Grèce à Athènes qui lui dit ne pas avoir de pièces pour ce moteur car trop neuf. Il faudra faire venir les pièces du Japon, ce qui prendra entre 15 à 20 jours car elles doivent transiter par Amsterdam, Athènes et finalement Thessaloniki. Pas jojo, mais pas le choix!

Jeudi matin le 3 août, la grue, Michalis et deux apprentis arrivent et en moins d’une heure repartent avec le moteur et me disant que d’ici la fin de journée le moteur devrait être démonté, les pièces commandées et qu’il m’appellera pour me donner une meilleure idée du temps de livraison. Finalement ce n’est que le lendemain qu’il me confirme que la commande des pièces et la livraison qui sera plutôt de l’ordre de 20 à 30 jours.

Vendredi le 4 août au matin, j’appelle l’ambassade canadienne à Athènes et leur demande comment procéder pour une extension de visa car le 20 août j’aurai séjourné en Grèce pour une période 90 jours, ce qui m’obligera à avoir besoin de plus de temps pour attendre les réparations. La personne me dit que je dois me présenter à la police hellénique. Bien content de cette réponse, je me dirige au bureau de la police qui, elle, me fait promener d’un bureau à un autre ne sachant pas quoi faire avec ma requête. Finalement, un des policiers appelle une de ses connaissances à l’aéroport qui lui donne l’endroit où je dois aller, soit sur la rue Dodekenisou. Ok…, je m’empresse d’entrer ce nom dans Google Maps sur mon cellulaire et vlan un endroit apparaît que je montre au policier qui me confirme l’endroit.

Après un trajet d’autobus et à pied, je me retrouve à l’endroit indiqué et ne vois rien qui ressemble à un quartier de police. Je m’adresse donc à trois jeunes qui me disent qu’il n’y a pas de police dans ce coin. J’apprends qu’il y a une autre rue Dodekenisou que les jeunes m’indiquent sur Google Maps. Je finis par y arriver et la policière m’indique que les visas sont au 5e étage où un homme ne parlant pas un mot d’anglais semble vouloir se débarrasser de moi. J’insiste et il finit par descendre au rez-de-chaussée discuter avec la policière de garde. Ils ne semblent pas d’accord sur quoi faire avec moi. On se retrouve au troisième étage devant deux autres personnes, encore des pourparlers à n’en plus finir et finalement la policière me dit que je dois me rendre au port commercial pour voir la police là-bas.

Me voilà au port à chercher la police, finis par trouver quelqu’un qui m’indique où aller, une grande bâtisse qui semble déserte. J’arrive enfin à trouver une policière qui parle un bon anglais et qui me dit que ce ne sont pas eux qui s’occupent des visas, eux ce sont les polices de port et je dois aller voir la police qui est au port, chercher à comprendre! En Grèce, il y a au moins une police hellénique, une police touristique et une police de port. Elle m’explique dans quel bâtiment je vais trouver la police hellénique, mais ils ne disent jamais ça, ils disent police tout court. Je trouve finalement leur bureau, mais pas un chat sauf une personne de l’entretien qui me dit d’attendre ou plutôt me fait signe d’attendre. Après un certain temps, il arrive, son anglais est très limité, mais on réussit à se comprendre et là il me dit que je dois retourner au cinquième étage de la rue Dodekenisou et qu’en plus je dois y aller entre 8h00 et 14h00 le 19 août, mais là mon temps expire le 20 août, ça ne donne pas grand temps. I reprend son papier, on va voir le calendrier sur le dos de la porte et je lui demande le 17 est-ce ok, après hésitation il me dit oui, j’écris donc le 17 sur le papier.

Lundi 7 août, je dois me préparer à toute éventualité vu que Nomade aura été dans l’Union Européenne pour 18 mois le 17 novembre 2017. Je dois penser à mes options si, dû aux travaux sur le moteur, je ne peux pas quitter avec le bateau avant mon départ du 17 septembre d’Istanbul pour Montréal car mon billet d’avion étant déjà acheté.

Direction douanes dans le port commercial, je connais un peu l’endroit maintenant. Il y a bien une dame au téléphone dans le bureau qui me fait signe de partir à travers la grande baie vitrée. Ah non pas ça! J’ouvre la porte et entre, elle se lève et commence à me parler en Grec. Je n’y comprends rien et elle ne comprend rien ni à mon français, ni à mon anglais et moi pas mieux avec son Grec. Nous nous rendons voir le policier qui m’a dit de retourner au Dodekenisou le 19. Finalement avec son aide on peut se comprendre, elle me demande un papier écrit par le mécanicien, je lui explique que je dois comprendre sa demande, l’expliquer au mécanicien et espérer qu’il comprenne la bonne chose. Pourquoi ne pas l’appeler et elle pourrait lui expliquer exactement ce qu’elle désire. Donc une chose de réglée, je lui donne mon transit log, elle prend une copie de mon passeport et le mécanicien et elle se sont entendus. Elle m’explique qu’une fois le bateau réparé si je veux quitter, je dois aller récupérer mon transit log, sinon tout est bien. Je quitte le bureau des douanes avec un bon sentiment.

Mardi 8 août, je suis dans un tour organisé pour visiter une partie du Mont Athos. Mon téléphone sonne, c’est la patronne de la douanière qui, elle, parle bien l’anglais. Elle me pose des questions à savoir quand j’ai quitté la Grèce depuis mon entrée avec Nomade en juin 2016. Je ne comprends pas le sens de ses questions. Finalement elle me dit que c’est illégal pour moi d’avoir été plus de 6 mois dans l’union Européenne, ce à quoi je rétorque ne pas avoir été plus de 3 mois à la fois. Elle me dit avoir besoin de preuve. Merde! Le problème c’est que j’ai un nouveau passeport où il n’y a qu’une entrée soit mon entrée à Athènes le 22 mai 2017. Je lui explique que j’ai gardé mon ancien passeport, mais qu’il est chez moi au Canada. Je devrais pouvoir avoir des copies des pages où 2016 apparaît, elle me répond que ça fera. Ouf! Une chance que j’avais demandé qu’on me retourne mon ancien passeport avec le nouveau.

Jeudi le 10, grâce à l’efficacité de Mado, je reçois des copies numérisées de toutes les pages requises, car il ne faut pas oublier qu’à l’automne 2016 j’avais été en Sicile pour le convoyage du voilier Magibourg de mes amis Ghislaine et Marcel. Après explication du pourquoi j’entre dans l’union Européenne en Sicile et que je quitte de l’Angleterre, tout va bien.

Jeudi 17 août, lève tôt, déjeuner, l’autobus direction la police pour le visa. J’arrive au cinquième étage de la rue Dodekenisou, le même homme qui m’avait envoyé faire le singe dans le port est là, mais aussi une femme qui me répond d’un air disons sévère (elle a peut-être reçu des instructions de ne pas flirter, qui sait!). Son anglais est limité et elle commence par me demander toujours de son air bête pourquoi que je ne suis pas venu avant. Je bouille, je lui explique tout ce qui s’est passé sans montrer l’autre ‘tarla’ du doigt. Elle ne comprend pas vraiment, va chercher une autre personne qui parle mieux anglais et là tout aussi bêtement elle commence à m’énumérer ce qu’elle veut de moi mais sans me dire où aller, comment le faire. Moi qui ai déjà un préjugé défavorable en ce qui a trait aux fonctionnaires, me voilà servi! Je sais, vous n’êtes pas tous comme ça mais …

Donc premièrement, le papier du mécanicien, même réponse qu’avec la douanière. Elle appelle, plusieurs fois et pas de réponse, ça commence bien! Elle me donne son numéro de téléphone lorsque je l’aurai rejoint, lui demander de l’appeler. Deuxièmement, papiers d’assurance maladie. Troisièmement, je dois aller à la banque me faire donner un chèque de 1,500 Euros à mon nom que je pourrai ensuite encaisser, mais elle veut voir le chèque. Je lui offre de lui donner du cash, rien à faire, je dois aller à la banque. Ensuite lorsqu’elle aura tout ça, retourner à la banque et débourser 30 Euros pour je ne sais quoi? Probablement les frais du visa? Ensuite aller faire faire des photos format passeport en couleurs.

Le tout doit être terminé samedi au plus tard car mon visa expire samedi le 19. De retour au bateau pour aller chercher mon téléphone que j’avais oublié, j’appelle le mécanicien qui répond immédiatement. Je lui demande d’appeler la police pour le visa, il me dit avoir parlé à la douanière, je lui dis le savoir et que maintenant c’est pour le visa, je lui donne le numéro de téléphone et lui demande de me rappeler tout de suite après. Finalement il me rappelle pour me dire qu’il viendra me porter le papier demain matin. J’imprime mes papiers d’assurance et quitte pour la banque. Première banque, deuxième banque, troisième banque, toute la même réponse : « Elle ne sait pas de quoi elle parle votre personne au visa ». Avec le contrôle de l’argent mis en place depuis le début de la crise financière en Grèce, il est impossible pour moi de me faire émettre un chèque en mon nom et les deux premières banques appellent même ma fonctionnaire préférée pour être certaines de ce qu’elle veut et lui expliquer qu’ils ne peuvent pas faire ça. Bon ma journée est finie, les banques sont fermées ainsi que le bureau des visas, à demain matin.

Vendredi 18 août, après avoir reçu le document du mécanicien le matin, je quitte pour le bureau de visa. Premièrement, je lui donne les papiers d’assurance qui sont en français. J’apprends que je dois les faire traduire en Grec. Bon, comment procéder? Elle me dit de me rendre à la cour municipale et que là je trouverai, mais comment trouver la cour municipale? Je finis par avoir des explications, genre « Tu sors, tu tournes à gauche, puis plus loin tu tournes à gauche, ensuite tu demandes… » Ouf!!! Maintenant les papiers du mécanicien, wow! Tout semble en ordre. Maintenant la banque, là elle me dit que je n’ai pas le choix, je dois avoir ce chèque et là je commence à pogner les nerfs, sur quelle planète se trouve-t-elle? Deux banques l’ont appelée pour lui dire que ça ne se faisait pas. Je me lève en lui présentant mes poignets pour lui dire : « Aussi bien me crisser en prison maintenant et laisser les ambassades démêler tout ça car ce que vous demandez est impossible! ». Les osties de pousseux de papiers, est-ce qu’être épais est un prérequis? Parfois je me demande…

Je lui répète que je ne retournerai pas à la banque et qu’elle doit trouver une autre solution. Elle me répond que je n’ai pas encore payé! Je rétorque que c’est elle qui m’a dit que je devais revenir avec le chèque de la banque avant d’aller payer ces 30 euros, tout ça en la dévisageant comme ceux qui me connaissent peuvent imaginer. Là, c’est la danse de Saint-Guy : elle revient sur les 1,500 Euros, me dit que je dois aller dans un bureau de change échanger mes 1,500 Euros pour de l’argent canadien, ensuite échanger l’argent canadien pour 1,500 Euros et revenir avec les papiers, pas possible! J’ai l’argent européen et je dois dépenser de l’argent pour me faire remettre de l’argent européen! Et là elle me dit qu’avant d’aller à la banque pour les 30 Euros, je dois aller dans un bureau qui se trouve en face de la gare de trains qui, eux, me remettront un autre document avec lequel je pourrai aller à la banque pour payer mes 30 Euros.

Là, j’explose encore : « Tu viens de me donner de la merde pour n’avoir pas payé ces 30 Euros à la banque, et là pour la première fois tu me dis que je dois aller ailleurs en premier pour un autre papier que je devrai présenter à la banque pour payer ces 30 Euros! ». Comme disait Astérix : « Ils sont fous ces Romains », mais ce ne sont pas des Romains. Pour toute réponse, elle réitère que je dois tout faire aujourd’hui et que je devrais aller pour les photos tout de suite car ils ferment en après-midi et que je dois revenir la voir avant 14h30 car elle ferme elle aussi. Je lui répète encore une fois de me foutre en prison car ce sera impossible. Une autre femme vient en renfort me répéter les mêmes choses pour que je comprenne que je n’ai pas le choix. Je réponds que j’ai le choix de quitter ce bureau immédiatement et que la police vienne me chercher, que ce sont eux qui m’ont envoyé dans le port, que c’est eux qui m’ont dit de revenir le 19, que c’est moi qui ai insisté pour revenir plus tôt soit le 17, que ce sont eux qui demandent des choses impossibles comme la banque et qu’on devrait laisser les ambassades se démêler avec leurs règles impossibles. Tout ce que je promets est de faire mon possible, mais ne me faites plus de menaces, est-ce clair? Et eux de me dire que c’est important de tout faire d’un ton plus conciliant.

Me voilà donc en route premièrement pour les photos que je dois attendre après une porteuse de guenilles qui s’obstine avec la photographe. Finalement mon tour vient, je paie, me dirige vers la cour municipale que je trouverai après quelques demandes. Plus compliqué de passer la sécurité et de trouver le bureau des sceaux que de sortir par l’arrière la porte grande ouverte et aucune sécurité. Bravo! Mais je régresse. Au bureau des sceaux je trouve une petite merveille, un fonctionnaire qui n’a pas l’air blasé, même au contraire, il se lève et me dit de le suivre et on commence à se promener d’un bureau à l’autre pour finalement arriver dans le bureau d’une avocate qui a une fille qui travaille à Bruxelles et qui va traduire mon papier d’assurance pour lundi matin. Je suis heureux. On se donne rendez-vous pour lundi matin 8h00. Comme vous pouvez vous en douter, je commence à me foutre un peu de leurs limites de temps.

Maintenant trouver la gare de train, en face le bureau recherché où on me dit qu’il faut que j’aille à la mairie où on pourra faire ce donc j’ai besoin. Ok, prochain arrêt, bureau de change. Vous auriez dû voir la face de la dame lorsque je lui ai fait ma demande : elle prend son téléphone, appelle son patron qui lui dit avoir déjà répondu à une telle demande et me dit que ça me coûtera 39.80 Euros. Je lui réponds qu’il n’y a pas de problème car j’ai besoin de ces papiers. Elle s’exécute sans me demander de voir les 1,500 Euros que j’ai sur moi! Autrement dit, les papiers qu’ils veulent dans leur dossier pour montrer que je suis solvable en Grèce ne veulent absolument rien dire, mais les pousseux de papiers sont heureux!

Maintenant de retour au bureau de visa où je leur apprends que la traduction en Grec ne se fera pas avant lundi matin, ce qui ne cause pas de problèmes pour eux. Les papiers du bureau de change sont aussi acceptés mais pour ce que ça vaut… Les photos sont correctes, le papier pour payer les 30 Euros, je lui explique que si je m’étais rendu à la mairie, je n’aurais pas pu revenir à temps ici. Elle semble comprendre, elle a dû se cogner la tête je pense, mais tant mieux! Un autre traducteur vient me voir et me demande de lui expliquer ce qui s’est passé au bureau où j’ai été pour le document, ce que je fais. Il me dit d’attendre qu’il va faire des vérifications. Quelques minutes plus tard, il m’informe de ne pas aller à la mairie mais plutôt à la gare de train. Je le regarde d’un air questionneur en comprenant qu’il a parlé à une personne à la gare et qu’ils vont m’aider, mais que je devrai par contre remplir un questionnaire en ligne.

Donc avant de partir, on prend une photo de moi, mes empreintes, fait une photocopie de mon passeport en inscrivant « copie » sur la photo et elle garde mon passeport en me spécifiant que lorsque je reviendrai lundi avec le 30 Euros payés et la traduction des assurances, elle pourra terminer le visa. En quittant je retourne donc vers la gare de train, trouve le bureau en question et j’attends mon tour. Je présente mon papier pour me faire dire qu’il a besoin de mon passeport, je lui montre la photocopie qui est refusée car il faut absolument l’original. Devinez! Je commence à pogner les nerfs encore, l’autre personne de s’interposer et de lui expliquer qu’elle était au courant de mon cas et qu’elle s’occuperait de moi. Finalement, on me fait asseoir devant un vieil ordi qu’on fait démarrer et à un moment donné je suis devant un formulaire tout en Grec que je ne comprends pas du tout! On me dit quoi écrire, ensuite la personne reprend le contrôle et imprime le document, me le redonne et me dit d’aller à la banque avec ça. Mais il est trop tard, ça sera lundi avec la traduction.

Lundi 21 août, banque tout va bien, à la cours municipale l’avocate me reçoit avec un grand sourire, suivi du greffier, que je remercie grandement. Bureau des visas, on regarde mes papiers, tout est en règle. On finalise mon visa et le met dans mon passeport qu’on me redonne en m’expliquant que je ne peux quitter la Grèce sinon le visa sera caduque. On m’explique que je dois comprendre qu’ils ne font que leur travail et moi de la regarder d’un air bête sans même lui répondre. Une fois tout terminé je lui souhaite bon matin en quittant.

Mercredi le 23 un homme des douanes m’appelle pour me demander d’aller leur remettre la lettre du mécanicien que j’avais eue pour le visa, et bien ils se parlent! Vendredi le 25, je me rends aux douanes pour aller remettre le papier du mécanicien, qui, semble-t-il, est en vacances jusqu’au 4 septembre. Pas certain de ce que ça implique. Est-ce à dire que je ne pourrai pas ravoir mon transit log avant cette date même si par chance le bateau serait prêt? Je ne sais pas.

Bonne journée

Serge

 

Femme de marin 2017-27 : Faudrait ben donner des nouvelles…

Je constate que la dernière chronique du Capitaine date du 9 août. Quant à la mienne, c’est encore plus ancien, soit le 3 août; trois semaines sans nouvelles. Première chose à dire : on va bien tous les deux. C’est que, voyez-vous, on est plutôt occupés par des choses bien différentes. D’un côté, le Capitaine a dû faire face à un problème de moteur dû à l’incompétence d’un mécanicien qui a installé le nouveau l’an passé, ce qui l’a obligé à mettre fin à sa navigation pour 2017 et à de multiples péripéties pour obtenir un visa prolongé. Il vous racontera ça mieux que moi dans une prochaine chronique.

D’un autre côté, les choses déboulent de mon côté. Étant en retraite progressive depuis le 1er avril dernier et ce, pour les 2 prochaines années, je termine bientôt mon premier 6 mois de travail à temps plein et à compter du 15 septembre prochain, j’entrerai dans un 6 mois de congé (suivront 6 autres mois de travail pour terminer définitivement par la suite). Inutile de vous dire que la « madame est ben contente » et trépigne d’allégresse face aux nombreux projets qui s’étalent devant elle!

Pour débuter, pas moins de 5 expositions d’ici la fin de 2017. Juste pour vous les énumérer (au cas où vous auriez envie de venir voir ce que je fais) :

  • Du 19 au 24 septembre : exposition collective sur l’art contemporain à la Galerie L’Artiste, 1121, rue Bellechasse à Montréal (galerielartiste.com).
  • Les Journées de la Culture, du 29 septembre au 1er octobre à la Galerie L’Artiste.
  • Du 7 au 12 novembre : exposition collective sur le thème « Clair-obscur » à la Galerie L’Artiste.
  • Du 22 au 26 novembre, exposition des Artistes de Cœur à la salle multifonctionnelle de Saint-Lambert (http://artistesdecoeur.com).
  • Du 12 au 23 décembre, exposition collective sur le thème « Petits formats 10 X 10), à la Galerie L’Artiste.

La maison est présentement un vrai chantier. Des toiles partout : dans l’atelier au sous-sol, sur l’îlot dans la cuisine, des esquisses sur la table de la salle à manger. Séjournent également sur le plancher de la salle à manger  3 toiles que je vais installer : un nouveau Santerre entouré de 2 de mes toiles. Celles au mur seront à vendre sous peu.

Mon 2e Santerre entouré de 2 toiles de mon cru

J’ai encore 3 semaines pour rapailler tout ça dans l’atelier avant que le Capitaine arrive. Je promène mon stock d’artiste entre la maison et la Galerie L’Artiste où je vais peindre les vendredis avec Sylvie Santerre, la propriétaire. Purs moments de bonheur. La musique est bonne, le café est savoureux et s’alternent des périodes de jasette et de silence qui nous conviennent tout à fait. On parle de nos projets futurs, parfois communs, mais ce qui est à retenir c’est que tout est simple, sans fioritures. Enfin!!! Sylvie m’offre un oasis parmi la turmescence de la vie. C’est qu’en vieillissant, je me déleste de bien des affaires que, de toute évidence, je n’apporterai pas dans ma tombe. Comme disait ma pote Laura : « Mado, lâche la corde! ».

Une formation sur le lancement d’entreprise pour artistes peintres nous attend, Sylvie et moi, de même qu’un atelier de créativité avec l’artiste Claire Desjardins. Mon cerveau est en ébullition (pas trop tôt!). Je me dirige doucement vers une exposition solo que j’espère pour 2018. J’ai aussi un projet un peu fou : le lancement d’un livre sur mes chroniques de Femme de marin en même temps qu’une exposition solo de mes œuvres. Suis-je trop ambitieuse? Bah… l’important c’est d’avoir des projets. Et tant pis si certains ne se réalisent pas; la vie est trop courte et je n’ai plus de temps à perdre.

Quand j’ai connu le Capitaine, il m’a dit : « Tu vas voir qu’avec moi, c’est pas les projets qui manquent. Juste le temps et l’argent! ». Je le regardais avec des yeux de merlan frit, « de quessé?? ». Ben, vous savez quoi? Il avait raison! J’ai 61 ans mais dans ma tête et mon cœur, j’ai 20 ans. Je suis fougueuse, fringante quand il s’agit d’art et de ce qui me passionne. J’ai pas de limites, attachez-moé kekun!!!!

Trouvez ce qui vous passionne et cessez de vous regarder le nombril. Passez à la vitesse grand V et foncez! Pas grave si la moitié de la planète ne trippe pas sur vous, du moment que vous trippez sur vous-même, et ça n’a rien de narcissique ni d’égocentrique. J’appelle juste ça « avoir du fun »!!

Chronique du Capitaine 2017-13: Le mont Athos

 

Ma visite du Mont Athos a mal commencé : je me lève à 7h00, moi qui est habituellement levé vers 6h00, je me dépêche, m’habille et oups parti pour l’autobus. J’arrive à White Tower, mon lieu de rendez-vous pour débuter le circuit, il est 7h45 et j’ai eu le temps de m’acheter un café et un croissant. A 8h07, l’autobus qui devait me prendre n’est pas en vue, humm, je m’inquiète, je les appelle et on me répond qu’ils avaient passé à 7h30, mais on me donne un autre numéro pour appeler la guide, ce que je fais immédiatement pour me faire répondre qu’ils seront là dans dix minutes. Oh la la, bien content le monsieur!

Nous passerons par le nord avant de redescendre sur le mont Athos, ce qui me permettra de voir les deux grands lacs, soit Koronia et Volvi. Ils sont protégés par un parc, donc pas de maisons  ni de chalets autour, ce qui me surprend beaucoup, mais après avoir vu l’eau limpide des Chalkidikis, on peut comprendre. Les Chalkidikis est la péninsule au sud comprenant les trois doigts (presqu’île) incluant le mont Athos.

Notre premier arrêt fut Stavros suivi de Sratoni, deux jolis petits villages côtiers avec leur port de pêche offrant une possibilité d’arrêt pour un voilier, de jolies plages remplies malgré que nous sommes encore l’avant-midi. Ensuite direction Ouranoupoli, dernier village d’où partent les bateaux de croisière qui sillonnent la côte pour nous permettre à nous, les curieux, de jeter un coup d’œil sur ces monastères quasi mystiques du mont Athos. Il faut savoir qu’avant de pouvoir visiter un monastère on doit demander et recevoir la permission. C’est un processus qui doit débuter quelques mois d’avance et seulement pour les hommes, les femmes étant encore personna non grata. Beaucoup d’informations sont disponibles sur le Net, si j’ai su piquer votre curiosité.

Pour ma part sur les 21 monastères présenta sur la presqu’île, j’aurai eu la chance d’en voir 4 soit Docheiariou, Xénophon, Agiou Panteleimonos, Xeropotamou. Ensuite au retour nous faisons un détour vers l’île d’Ammouliani avec un premier arrêt pour la baignade dans une eau aussi limpide que chaude. Pour terminer le tout, un arrêt à la ville du même nom pour manger avant le retour à Ouranoupoli et la route par le centre de Chalkidiki pour retourner à Thessaloniki.

Bonne journée

Serge

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Chronique du Capitaine 2017-12: Vergina, Veroia et Pella

Thessaloniki n’est pas la ville la plus touristique que j’ai visitée, pas laide du tout, mais les gens y viennent pour ensuite se rendre dans les Calkidiki, soit la région au Sud-Est où se trouvent les trois presqu’îles, et qui est renommée pour ses plages et eaux limpides. Il y a des hôtels mais les gens ni restent pas longtemps, donc peu d’infrastructures pour le tourisme. Par exemple, depuis la crise économique il ne reste qu’un seul traversier pour Skiathos. Auparavant les traversiers se rendaient un peu partout dans les îles grecques, le train est limité pour les endroits grecs donc il me reste les autobus.

Quelques compagnies arrangent des circuits touristiques, mais très peu. Ammon express est celle que j’ai prise pour aller voir l’ancienne capitale de la Macédonie avec le lieu de naissance d’Alexandre le Grand, soit Pella qui était à l’époque un port de mer ett qui se trouve aujourd’hui à plus de 30 km à l’intérieur des terres. Notre visite commença avec Vergina (Aigai), lieu où furent découvertes les tombes de Phillipe II, le père d’Alexandre le grand, ainsi que son fils mort à l’adolescence. Fait rare en Grèce : ces tombes ne furent jamais pillées ayant été enterrées sous un tumulus de terre, et on peut voir les richesses sur place car la visite se fait sous terre, idée originale. On y trouve aussi plusieurs pierres tombales de l’époque et tout est écrit en grec, ce qui fait dire aux Grecs que la Macédonie est grecque.

Ensuite Veroia qui était la capitale de la Macédoine avant Pella où on peut voir le quartier juif, ou ce qui en reste, car des 900 familles qui s’y trouvaient au début de la deuxième guerre mondiale, 700 furent déportées vers les camps de concentration, les autres ayant eu la chance de prendre le maquis. Sur ces 700 familles aucune n’est revenue… On y trouve aussi un autel dédié à Saint-Paul qui avait passé à Veroia par deux fois.

La dernière ville fut Pella, le musée pas aussi impressionnant que celui de Thessaloniki, mais quand même intéressant et ensuite les vestiges de l’ancienne ville ainsi que l’agora, mais la chaleur étant si intense que la visite fut de courte durée.

En attendant mon prochain circuit vers le mont Athos, je commence à préparer doucement le bateau pour être remisé.

Bonne journée

Serge

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Chronique du Capitaine 2017-11: Problème de moteur…

Samedi 29 Juillet 2017 Thessaloniki

Départ du club nautique de Thessaloniki avec l’intention de me diriger vers Nea Moudhania, soit 37 miles à faire, un peu long, mais il n’y a pas beaucoup d’endroits où s’arrêter d’ici là. Mon moteur laisse échapper encore de la boucane blanche et je n’aime pas ça. J’ai la ferme intention de le faire regarder par un technicien Yanmar en arrivant à Yalova (Turquie). Boung, boung, boung! Çaa vient du moteur, je ralentis, le bruit diminue mais encore très présent. Je n’ai fait qu’un mille et je ne suis qu’à un mille de la marina de Thessaloniki, direction la marina en espérant y trouver un mécanicien.

Surprise : le prix de la marina est quasiment donné soit moins de 12 euros par jour, eau et wifi compris, mais l’électricité extra. Par contre, pas de service sur place. La  gentille dame de la réception m’appelle le représentant Yanmar qui dit pouvoir venir regarder le moteur seulement lundi matin. Je suis un peu déçu mais ce n’est pas trop pire.

Lundi 31 Juillet

Il est midi et toujours rien. Je  mets une chemise et me dirige vers les bureaux de la marina. Le mécanicien qui était supposé venir ce matin n’a pas donné signe de vie. La marina le rappelle, il est sur une urgence, un moteur plein d’eau parait-il! Il va venir avant la fin de la journée. Je retourne donc au bateau attendre… chose que je ferai jusqu’à 20h50. Je décide de le rappeler, pas de réponse, je laisse un message.

Mardi 1er aout

8h00 : je rappelle, toujours pas de réponse, je laisse un autre message.

9h00 : je me rends au bureau de la marina et leur demande de l’appeler, pas de réponse.

12h00 : je retourne à la marina, elle rappelle et pas de réponse. Je lui demande s’il est possible d’avoir un autre mécanicien, elle en appelle un qui dit qu’il va passer dans la journée. Lui aussi  ne donnera jamais signe de vie. Je vais dans un magasin d’équipement nautique qui appelle un mécanicien de sa connaissance, qui, lui, viendra finalement! Il me donne confiance dans le sens qu’il semble plein de bonnes intentions, mais ses connaissances semblent limitées. Je prends rendez-vous avec lui le lendemain pour qu’il appelle le représentant Yanmar de Grèce qui se trouve à Athènes. Plus tard dans l’après-midi, un jeune mécanicien Yanmar se présente finalement. J’explique mon problème, il appelle son patron qui dit ne pas avoir le choix de sortir le moteur du bateau et de l’apporter à l’atelier. Je donne mon accord et on se donne rendez-vous entre 9h00 et 11h00 le lendemain matin. J’appelle mon gentil mécanicien pour annuler le rendez-vous du lendemain, lui expliquant que le représentant est finalement passé.

Mercredi 2 aout

10h50 : le grand boss et deux apprentis se présentent mais sans la grue pour sortir le moteur. Il m’explique qu’il y a peut-être possibilité de réparer sur place et qu’il va essayer cela en premier. Disons que le temps d’espérance fut de courte durée car vers 13h00 il me dit que nous n’avons pas le choix, il doit sortir l’engin du bateau et après avoir appelé le bureau de Grèce, il me dit que c’est très probable qu’il faudra faire venir des pièces. Juste pour ça, il faudra attendre entre 15 et 20 jours, car le moteur est tellement neuf que même Amsterdam, le bureau européen, tient très peu de pièces pour ce modèle. Donc, rendez-vous avec la grue demain dans la matinée et que d’ici la fin de la journée, il devrait avoir démonté le moteur et commandé toutes les pièces requises. Il pourra ainsi me donner un meilleur aperçu du délai et du temps requis pour les réparations. Le hic c’est que ce n’est pas sur la garantie  car le problème vient d’une mauvaise installation à Kos car il aurait dû y avoir un anti-siphon, chose que j’avais explicitement mentionné au mécanicien l’an dernier et j’avais eu comme réponse que mon moteur n’en avait pas de besoin. OSTIE!

Jeudi 3 aout

Ils sont à l’heure plus proche de la fin que du début, mais à l’heure quand même. Et le tout se passe sans problème, il ne me reste qu’à attendre les estimés, temps surtout, je sais que l’argent va faire mal, mais le temps est ma principale considération pour le moment. Seconde préoccupation : trouver comment faire la demande pour un visa de longue durée, car le 22 aout au plus tard je dois sortir de la Grèce en tant que Canadien et je ne peux pas plus aller dans n’importe quel pays du Schengen sans une extension de 90 jours.

Serge

Femme de marin 2017-26: Cher amour

Cher amour,

Je sais que présentement tu vis des moments « ordinaires » à cause de tes problèmes de moteur. Cela t’oblige à faire du sur-place et à confronter l’attente. J’aimerais être auprès de toi, alléger tes journées et prendre plaisir à voir les mêmes choses que toi, sentir les mêmes émotions devant tant de découvertes.

Je suis toujours surprise de constater que non seulement tu es ma relation la plus longue en terme de durée, mais aussi la plus intense en terme de sentiments et ce, même après 14 ans. Même si le temps nous a usés, même si le quotidien (qui n’en est pas un puisque que tu es absent 5 mois sur 12) a raison de notre passion du début, je ressens toujours le même désir pour toi, pour ta présence, même si parfois tu uses ma patience!

Tu as beau vieillir, tes cheveux ont beau s’argenter avec le temps, je vois toujours la même curiosité dans tes yeux, toujours la même verve dans ta voix, toujours la même intensité dans tes gestes. Le temps n’a aucune prise sur les émotions que je ressens pour toi. Tu demeures mon phare, quoi qu’il advienne. Tu me manques toujours autant même si les heures m’occupent et que les journées s’égrainent à un rythme régulier.

Je ne suis pas lasse de t’attendre sur le quai, toujours heureuse de t’accueillir à ton retour, les bras ouverts. Tu es une surprise sans cesse renouvelée, même si tu peux être tellement prévisible dans tes réactions, parfois. Mais toujours tu me surprends, au moment même où parfois j’abdique.

Femme de marin, je demeure, mais sans être dans ton ombre. C’est une grande fierté pour moi de penser que nous formons un couple atypique.

Je me sens privilégiée de t’avoir dans ma vie. Merci d’être là. Même si tu es loin physiquement, je te sens toujours présent.