Femme de marin 2016-05: Prière à mon père, s’il en est une

Nous avions des vies diamétralement opposées, nous ne nous voyons qu’à l’occasion, mais de savoir les autres là est un rempart contre les chocs de la vie (Geneviève Germain, Carnets d’une désobéissante)

Depuis ton départ il y a 25 ans, tu peux pas dire que je t’ai beaucoup sollicité. Ton absence a été comme ta présence : nulle part. T’es mort seul et je sais que pour ma grande sœur, c’était quelque chose d’inexpliqué, d’injuste. Mais moi, ça ne m’a rien fait. Du moins, pas sur le coup. Et depuis, je n’ai jamais été en réel manque de toi mais plutôt en manque de père que j’aurais aimé avoir eu.

Donc, je ne t’ai pas beaucoup sollicité. On s’était toujours arrangés chacun de notre côté et c’était bien ainsi. C’était ma manière de me dire que je ne te devais rien. Le pardon est toujours quelque chose de difficile lorsqu’il n’est pas précédé d’une bonne jasette pour « vider son sac » et clarifier des réalités si différentes et éloignées l’une de l’autre. On n’avait pas su le faire en temps opportun; « just to bad »…

Maintenant, je vais te demander quelque chose, juste une petite chose qui, au fond, ne doit pas être si difficile que ça pour toi. Fais que grande sœur ne meure pas seule. Fais qu’il y ait quelqu’un de significatif près d’elle (son amoureux, ses enfants, idéalement tous ensemble) qui puisse lui tenir la main. Ne t’organise pas pour qu’elle ait le même sort que toi sinon, je te jure, quand j’irai vous rejoindre, tu vas passer un mauvais quart d’heure. Et je le ferai avec un plaisir écrapoutissant, crois-moi!

Tu vois, j’en suis au marchandage, je dirais plutôt au menaçage.. C’est lamentable, je le conçois, mais c’est une étape qui fait partie du deuil. Je ne m’adresse pas à Dieu auquel je ne crois pas, je ne m’adresse pas à la médecine pour qu’ils s’acharnent indûment, je m’adresse à toi. C’est insidieux et tordu, n’est-ce pas? Mais c’est de même. Ne fais pas appel à l’enfant « raisonnable » que tu as toujours voulu parce qu’il n’y a rien de raisonnable à faire taire ses dernières volontés. Ça ne se raisonne pas. Ne me demande pas d’offrir ça au Seigneur ou à une quelconque icône stupide. Fais-le, point, comme on offre quelque chose de gratuit sans rien attendre en retour. J’ose espérer que du haut de ton nuage (ou des flammes de l’enfer, c’est selon) tu es débarrassé des contingences terrestres qui nous freinent bien souvent dans nos désirs. Toi, l’artiste, use pour une fois de cette créativité que nous avons tellement enviée.

Fais que grande sœur retourne chez elle, contempler son jardin et s’apaiser intérieurement. Je sais que c’est difficile pour toi car tu n’es pas mort dans la paix. La veille de ton départ, j’étais allée te voir et tu restais prostré dans ton lit à pleurer. J’avais beau te demander ce qui se passait, tu restais de marbre. Peut-être étais-tu si terrifié qu’il n’y avait pas de mots pour décrire ton désarroi? Mais grande sœur n’est pas faite de ce moule. Nous avons fait beaucoup plus de chemin que ce que tu as pu faire et en cela, ne devrais-tu pas en être fier? Si tu as réussi une chose dans ta vie, c’est bien de nous léguer que la parole demeure le seul lieu dans lequel un être humain peut trouver son chemin et la lumière, même si les mots se battent avec les maux.

Cette demande, aussi stupide puisse-t-elle être, parle de mon impuissance à réaliser ce vœu pour quelqu’un qui m’est cher. Croire que tu puisses faire quelque chose est comme une insulte à ma propre intelligence. Je sais bien que les choses se dérouleront comme elles doivent se dérouler, loin de notre pouvoir à pouvoir faire quelque chose. Mais ça me fait du bien de l’extirper de moi.

Maudit cancer sale… Je vais mourir, tout le monde va mourir. C’est un fait. Indéniable. Tout le monde sait ça. Mais quand ça arrive aux gens que vous aimez, ça fesse dans le kodak, comme dirait mon amie Eve.

Ce matin, ma grande sœur montre des signes de confusion. En 5 minutes, elle nous demande au moins 4 fois quel temps il fait dehors. Bizarre puisqu’elle n’a qu’à se retourner pour voir le temps par la fenêtre. Nous faisons comme si tout était normal et nous répondons invariablement la même réponse. Elle souffre et cela se voit. Je lui offre une débarbouillette d’eau froide et elle semble reconnaissante. Je pars de l’hôpital étrangement en paix. C’est peut-être parce que je l’ai vue, que je lui ai serré la main, ai pris son visage dans mes mains et plongé mon regard dans le sien, profond, vrai, transparent. On s’est simplement dit : « Je t’aime ». Je suis devenue la grande sœur de ma grande sœur.

Ce soir, je suis dans la maison du bonheur. C’est la maison de mon amie Guylaine qui m’héberge depuis une semaine. Il y a ses jeunes adultes dans le sous-sol qui rient à gorge déployée. J’aime entendre ce son quand ce n’est pas celui de leur musique quand ils se pratiquent sur leurs instruments. Cette maison a toujours respiré la gaieté, même lorsque Guylaine a son « truck ». Vous savez, un genre de maison toujours pleine, avec un va-et-vient incessant, de la musique qui transpire des murs, des enfants doués, réflexifs, qui se plaisent à vous jaser malgré la différence d’âge, des enfants normaux, quoi!  Et des amis qui viennent faire leur « set » à tour de rôle. Et des soupers qui s’étirent avec la brunante. Une maison où il fait bon vivre et rester. Une maison toujours accueillante avec sa porte qui ferme mal mais une Guylaine toujours chaleureuse, qui vous ouvre grand ses bras. Un rire tonitruant, des « blagounettes » à profusion. Une farce attend pas l’autre.

Chaque maison a sa vocation. Celle de Guylaine c’est l’accueil inconditionnel. Beau temps, mauvais temps, elle a toujours du vin au frais, de la bonne bouffe, des rires à la caisse, du baume à vous mettre sur les joues. Guylaine est une émotion sur deux pattes. Et ses enfants sont les dignes héritiers de cette bonhomie.

Deux réalités à l’opposé l’une de l’autre mais qui se complètent. Deux réalités qui me sont nécessaires en ces temps obscurs. Christine est aussi venue ce soir m’envelopper de sa chaleur, de ses mots toujours réconfortants. Je suis bien entourée, je ne crains rien. Je n’ai pas peur pour moi ou de ce qu’il adviendra de moi. Je crains pour la santé de ma mère quand Diane sera dans un autre monde.

Je souhaite juste qu’elle ne souffre pas. Je sais qu’elle sera entourée de tous ceux qu’elle aime et qu’elle pourra enfin partir en paix. Nous continuerons notre chemin avec un grand vide qui, peu importe ce que nous ferons, ne se comblera jamais. Mais c’est correct ainsi. Je suis de ceux qui croient, sans être religieux, que l’âme survit au corps et nous fait parfois des surprises sous forme d’intuitions. Pas «weirdo », juste entre deux mondes.

Quand on vieillit, il faut savoir se délester.

Chronique du Capitaine 2016-12 : Grèce-Arki & Patmos

Bonjour à vous tous,

Je suis à Arki au mouillage à siroter mon café, le son des chèvres et leurs clochettes qui broutent ainsi que les coqs que j’entends au loin sont les seuls sons qui me viennent aux oreilles ce matin. Un tout petit bercement me rappelle que je suis sur l’eau. Quelle différence avec hier où le vent oscillait entre 17 et 25 nœuds et des bourrasques jusqu’à 30 nœuds et une vague de 4 mètres à faire chier. Ce n’est pas la vague à laquelle je m’attendais, est-ce normal pour cette partie de la mer Égée? Je ne sais pas, mais je devrais en avoir une meilleure idée d’ici la fin de l’été.

Donc le voyage s’est fait en partie à la voile et une autre au moteur. Pour l’approche d’Arki,  qui selon les guides touristiques qui en parlent serait une des îles de la Grèce les moins visitées, avec une population permanente de 40 habitants.

Maintenant la baie de Grikou qui s’annonce un peu houleuse, mais quand même une bonne protection, je décide de me mettre à l’ancre malgré les mouillages que je trouve un peu loin. Mon annexe a été renversée par les vagues et le vent durant la traversée d’Agathonisi à Arki avec son moteur qui avait pris un bain d’au moins deux heures à l’eau salée. Hier je n’avais pas été capable de partir, mais au moins pas d’eau dans le cylindre, je pouvais le faire tourner. Donc au travail tout démonter, nettoyer, assécher, remonter et au troisième coup il démarre, bien heureux! Je m’en vais à terre avec l’intention de prendre l’autobus pour aller visiter La Chora et la Skala, la principale ville de Patmos.

Bon j’ai manqué le deuxième et dernier autobus de la journée. Qu’à cela ne tienne, il y a une location de moto, pour 15 euros pour la journée, un 125 cc. Dans les petits chemins de l’île ça ira à merveille. Donc visite de la Chora, endroit où Saint-Jean l’évangéliste y fut envoyé en exil par l’Empereur Domitien. Selon la légende, Patmos serait le lieu où Saint-Jean aurait écrit l’apocalypse. Pendant des siècles, Patmos fut la maison des pirates Sarazins. Patmos est considéré le centre spirituel de la Grèce après le Mont Athos que je visiterai l’an prochain.

Le monastère ferme pour le public à 13h30, je l’ai manqué, mais honnêtement un de plus ou de moins j’en mourrai pas. Ensuite, descente dans les petits chemins pour Skala, la plus grande ville de l’île et port. J’en profite pour acheter une bouteille de vin car la réserve diminue. Après avoir parcouru quelques villages de l’île, retour pour Grikou et le retour de la moto, mais pas de poste d’essence ici, je ne savais pas. Ici, l’essence c’est à Skala, point! Et bien le locateur me dit pas de problème et passez une belle soirée. J’avais aussi l’intention d’acheter des légumes, pas de chance, il faut aller à Skala. Tant pis, je prends une bière à une des tavernas de la plage et retour au bateau pour la nuit.

Là-dessus, bonne soirée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2016-11 : Grèce-Samos & Agathonisi

Bonjour à vous tous,

Une dernière journée à Samos et elle n’était pas prévue, mais avec des vents dans le nez de plus de 20 nœuds aussi bien attendre. J’en ai profité pour aller visiter le musée. Ce que nous voyons le plus date surtout de l’époque romaine, mais il y avait aussi un peu de choses sur la civilisation avant. Sur Samos, par exemple, certaines fouilles archéologiques peuvent remonter à plus de 5000 ans.

Donc le port de Pythagorio est plutôt brasseur avec un vent du sud. Je vous recommanderais d’aller trouver un abri dans la marina qui est à une dizaine de minutes de marche, mais ça en vaut la peine. Donc dimanche matin arrive, une amarre sectionnée par le ragage, mais aucun autre problème. Après déjeuner, départ direction Agathonisi.

Agathonisi est une île ou Grecs et Turcs ne s’entendent pas. Pour ceux qui ne savent pas, les Grecs et les Turcs se sont fait la guerre pendant bien des siècles et vivent en paix depuis seulement 1922, une paix peut-être imposée par les Russes qui dure encore. Dans cette paix, des millions de Grecs et Turcs furent échangés et forcés d’aller vivre selon les nouvelles frontières, laissant derrière eux maisons, villes etc…

Mais Agathonisi ne faisait pas partie de cette entente, du moins pas selon la Turquie et ils sont maintenant en cour internationale pour la reconnaissance de cette île et deux autres qui au moment de cet échange étaient sous contrôle Italien, mais qui furent laissées à la Grèce à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Agathonisi, jolie petite île avec quelques petits villages pour une population d’environ une centaine de personnes, selon la cuisinière du restaurant où j’ai mangé d’excellents petits poissons. Je suis ancré, reculé au quai et le vent vient de tourner au Nord et devrait continuer ainsi pour les prochains jours. Nous sommes deux voiliers, l’autre un Norvégien qui était passé ici l’an dernier et avait rebroussé chemin devant le port plein de réfugiés Syriens. Aucune trace d’eux aujourd’hui.

Là-dessus, bonne soirée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Femme de marin 2016-04: Chère soeur que j’aime tant…

Chère sœur que j’aime tant…. Je suis allée te voir aujourd’hui. Quelle chance j’ai eue ce matin de te voir seule. J’ai pu parler avec toi pendant une heure. Nous avons parlé de tes enfants, de notre mère, de ton amoureux, de la mort. En fait nous n’avons pas parlé, je t’ai plutôt écoutée, te tenant la main, emberlificotée, comme tout le reste de mon corps, sous une chape de plomb pour ne pas qu’aucun microbe t’atteigne car ton système immunitaire était à plat. Discrète, te souriant pour te cacher ma douleur cent fois moins pire que la tienne. J’avais peine à te reconnaître, ton corps altéré, ta voix aussi. C’était dur mais nécessaire. Nous avons eu 2 vies tellement opposées, deux parents , les mêmes, et le hasard a fait que nos chemins soient si différents.
Je ne voyais que tes grands yeux qui occupaient tout ton visage, noyés par la douleur, épuisés par tant de souffrance. Si j’avais pu la soulager, Dieu seul sait que je l’aurais fait. Je pensais à notre mère submergée par la souffrance de perdre un enfant, son aînée, alors qu’elle aurait normalement dû partir en premier. Je te tenais la main et je ne voulais pas la lâcher alors que je savais qu’il fallait la quitter, te quitter, pour te laisser reposer, prendre un peu de force.
Je n’oublierai jamais ce que tu m’as dit avant que je te quitte : que tu découvrais une sœur pleine de compassion, quelqu’un qui avait tellement de talents, comme si, toi, tu n’en avais jamais eus. Comment pouvais-tu penser que tu n’avais pas fait de ton mieux? Comment pouvais-tu te questionner sur le fait que tu n’avais pas été une mère mille fois plus présente que ce que j’avais pu être? A ce moment-là, j’ai craqué.
Je pleure ta solitude dans cette chambre aseptisée. Je pleure ta détresse des derniers instants où tu t’accroches, seule dans ce corps meurtri, souffrant, désespérément à la vie. Y trouver un sens. Parce que, comme disait papa, deux jours avant sa mort : « Ce serait vraiment bête d’avoir vécu tout cela pour rien! ».
Et j’ai pensé qu’il était vraiment injuste et bête qu’une femme comme toi parte en premier. J’ai pensé qu’il n’y avait pas de justice en ce monde et que malgré tous les progrès technologiques, la valeur de la vie se résumait à la finir dans une chambre anonyme, dans un hôpital anonyme, où l’espoir se résumait à être capable d’aller à la toilette seule. Parce que tu en parlais abondamment : de l’incapacité à être autonome pour les besoins les plus primaires de la vie, à dépendre des autres alors que tu avais toujours été une femme fière de penser et agir seule.
Est-ce ainsi que nous allons tous finir? Je me sens pleine de culpabilité de ne pas avoir été plus présente, de ne pas toujours avoir entendu ton discours et de l’avoir plutôt interprété parfois comme du « radotage ». Un gros pilier de la maison va disparaître et je ne suis pas sûre d’être capable d’être assez solide pour soutenir ce qui va rester. Il faudra que tu me donnes de la force. Ne te surprends pas de m’entendre te parler tout haut lorsque je serai seule dans ma maison. Ne t’offusque pas que je te demande conseil quand tu seras occupée à prendre soin, à distance, de ton mari et tes enfants. Le problème, vois-tu, c’est que j’ai une tête de cochon et que j’ai toujours eu de la misère à demander de l’aide. Parfois, j’attends à la dernière minute et, pour qui ne sait pas que je suis angoissée, se demande ce qui se passe lorsque je revendique et que ça presse. Sauras-tu être aussi patiente avec moi que tu l’as été avec maman et toute ta famille? Peut-être auront-ils besoin plus de toi que moi, et ce serait normal.
Quand je t’ai quittée ce matin, je suis allée voir maman qui semblait apaisée par le fait de t’avoir vue. J’étais contente. Puis, en attendant l’arrivée de Guylaine, je suis allée magasiner. Au retour, dans ma voiture, en approchant de la maison de Guylaine, c’est là que ça m’a pris. Une vague de l’intérieur, un tsunami qui fait qu’on doit s’arrêter sur le bord du chemin car la vague déferle des yeux et brouille la vision de la route. Pas d’autres choix que de se laisser porter par la vague car sinon tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Et c’est pire à la longue…
J’ai pensé que plus jamais tu ne viendrais me voir à Montréal avec ta fille Amélie. Plus de fou-rires, plus de virées chez Yoko pour se bourrer de sushis et boire un bon Chardonnay. Plus jamais de flots de paroles où il fallait prendre son numéro et son tour pour parler et argumenter. Plus jamais de tes commentaires sur Facebook. Bientôt, ce sera moi l’aînée, celle qui devra réconforter maman dans ses crises d’angoisse ou lorsqu’elle fait des épisodes d’oubli de plus en plus fréquents.
Je me sens prête, force est de croire, mais ce qui me manquera surtout ce seront tes conseils judicieux, tes analyses tellement réalistes, notre manière de se moquer du dramatique en se disant : « Ohnnnn, c’est méchant mais ça fait tellement de bien ». Ce qui va me manquer c’est le rappel de ce qu’on avait vécu dans l’enfance en se confiant : « Tu te rappelles la fois où papa… », ou encore nos imitations d’un tel ou d’untel…
Je peux bien te l’avouer aujourd’hui : j’ai tellement envié tes yeux bleus de mer, les mêmes que notre frère Denis alors que j’étais la seule enfant à avoir les yeux noisettes. Noisettes, une couleur tellement plate! J’en étais même venue à me demander si je n’étais pas adoptée.

Ton visage, si émaciée qu’il fait transparaître des yeux de biche sans défense. Tu évoques ton visage qui a changé., certes, l’impossibilité de mettre tes prothèses dentaires. Mais moi, je t’ai trouvé étrangement belle. Tu sais, de cette beauté qui ne cache rien, qui montre l’essentiel, sans fioritures. Une beauté nue, qui va à l’essentiel : l’âme. Un regard qui te transperce l’âme et nous laisse pantois de tant de transparence. Parce qu’en fin de vie, lorsque le corps disparaît, l’âme prend toute la place.
Aussi, incroyable que ça puisse paraître, aucune mort d’un proche significatif ne m’a atteinte depuis 60 ans, la mort de mon père quand j’avais 35 ans m’avait enragée plus qu’autre chose. Toi, tu seras mon ange et me guidera, J’aurai besoin de toi. Sache-le. Tu ne connaîtras pas tes petits-enfants. Là-dessus on se rejoint.
« Dans le cas où une personne doit vivre un état de souffrance qu’elle ne peut pas changer, la seule possibilité qu’il lui reste est de modifier la manière dont elle supporte cette souffrance, en choisissant de l’assumer de lui donner un sens. » : (Franckl)
Pour ma part, je tenterai de changer une présence physique externe en une présence intérieure. Là est la créativité.

Chronique du Capitaine 2016-10 : Grèce-Samos

Bonjour à vous tous,

Me revoilà en Grèce, première fois depuis deux ans, Un beau vent de 20 nœuds, constant, du nord-ouest m’a accompagné jusqu’à l’entrée du port et là le calme plat, météo idéale je dirais. La Grèce qui me dit bienvenue à sa façon, du moins je vais le prendre ainsi. Ici 8 euros par jour tout compris, oui tout compris! À Kuşadası il m’en avait coûté 97.47 euros pour deux jours tout compris et quand je dis tout compris je ne parle pas des formalités pour quitter la Turquie ni pour entrer en Grèce.

En arrivant, je cherche le maître du port, je ne le vois pas. I y a de la place, je jette l’ancre et recule. Un Anglais  vivant en Hollande se lève d’un bar et vient m’aider à amarrer, je le remercierai  plus tard en lui payant une bière. Par la suite,  la police du port, les douanes et l’immigration et 45 euros plus tard, me voilà en Grèce avec les papiers nécessaires pour garder Nomade sur l’eau pendant 18 mois si je le désire. Il me reste à trouver une carte Sim pour le téléphone et une autre pour le wifi.

Donc le lendemain matin à la recherche des cartes Sims, pas de chance mes appareils sont Vodafone et le seul endroit sur l’île  où il y a un magasin Vodafone c’est à Samos et je me trouve dans le port de Pythagorio. Donc, oui je peux y aller par autobus pour 1,70 euro mais il y en peu par jour. Finalement, me voilà sur l’autobus où j’ai la chance de rencontrer une personne qui me guidera dans la ville de Samos pour trouver le magasin en question. Très bon accueil, un service impeccable, disons qu’il y a une boutique à Marmaris qui gagnerait à servir de la même façon. Donc je me prépare à retourner au bateau mais le problème c’est qu’il n’y a plus d’autobus avant la soirée, je décide donc de prendre un taxi.

Une autre journée et là je vais aller visiter l’île. Je décide de louer une auto, 25 euros pour la journée et le plaisir de conduire dans ces petits chemins montagneux et sinueux;  cette conduite est vraiment un plaisir pour moi. Villages côtiers et en montagne seront au menu, si ce n’était des bâtisses à l’abandon dans les villages côtiers qui démontrent vraiment les difficultés avec lesquelles les Grecs doivent vivre au jour le jour.

La saison n’est quand même qu’à son début, les restaurants sont loin d’être pleins, mais les gens sont très gentils et avenants.

Là-dessus, bonne journée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2016-9 : Turquie

Bonjour à vous tous,

Lors de ma dernière chronique, j’étais encore à Didim. Quand j’ai quitté cet endroit, direction port Saint Nikolao, j’avais  l’intention d’y passer la nuit à l’ancre. Mauvaise idée! Après deux essais, l’ancre ne voulait pas tenir. Assez c’est assez, l’endroit est vraiment ordinaire, je continue pour Kuşadası. J’y arriverai vers 21h30 à la noirceur et malgré la fatigue tout a bien été. Ayant visité tous les endroits touristiques de la région qui m’intéressaient depuis mon arrivée en Turquie il y a maintenant 3 ans, il y avait le parc National de Dilek ou, entre autres, on peut voir des panthères Anatoliennes avec beaucoup de chance car il n’en reste plus beaucoup. Je me suis dit ça serait bien comme activité, et bien pas pu trouver rien. Donc après une bonne marche sur le long du port et dans le vieux Kuşadası, plein de boutiques qui sont là pour absorber le flot de touristes arrivant des navires de croisière pour aller visiter Éphèse et Pamukkale entre autres.

Donc après avoir fait la paperasse avec la police, l’immigration et le douanier, me voilà en route pour Pithagorion sur l’île Samos en Grèce. Eh oui, le reste de mon voyage sera la Grèce pour cette année.

Avant de quitter le Québec, plusieurs personnes me demandaient si j’avais peur d’aller en Turquie et je leur répondais non et on me disait soit : « C’est normal, toi ta peur de rien », soit « Avec la guerre et les attentats terroristes, moi je n’irais pas », soit « Avec la montée islamiste en Turquie ce n’est pas la place de la femme ».

Par où commencer? Parlons des Turcs : des gens travaillants, aimables, débrouillards et divisés en deux catégories : les gens de la côte, industrialisés, plus Européens que les gens de l’intérieur plus conservateurs, beaucoup plus islamisés et aussi beaucoup plus pauvres. Ce pays qui est laïc selon sa constitution se tourne de plus en plus vers l’Islam avec l’accord, ou devrais-je dire l’encouragement, du parti ‘Justice and Development Party’ AKP du président actuel Recep Tayyip Erdogan, qui essaie présentement de modifier la constitution du pays pour le meilleur ou pour le pire, c’est selon.

Je ne réponds pas à la question, je sais. Premièrement, ce n’est pas vrai que j’ai peur de rien, on a tous nos peurs. Ensuite la guerre, oui elle existe, mais pour le moment elle est confinée au sud du pays aux alentours de la frontière Syrienne et Irakienne. Pour ce qui est des attentats terroristes, oui Ankara, la capitale, ainsi qu’Istanbul ont été touchées, mais Paris, Bruxelles, même Saint-Jean-sur-le-richelieu et Ottawa ont aussi été touchés. Pour ce qui est de la montée islamiste, disons que selon moi aucun parti religieux ne devrait contrôler un pays, c’est le rôle des politiciens, aussi incomplets soient-ils, et non des religieux!

C’est aussi un pays où les gens semblent respecter les lois, paient leurs taxes. Ce pays cherche à entrer dans l’union européenne, est viable économiquement, sans oublier son histoire qui remonte à plus de 10,000 ans, qui contient des sites archéologiques d’une grande beauté, Éphèse, Pamukkale, Cappadoce, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le New York Times a publié, mardi 19 avril, un éditorial intitulé «Envoyer un mauvais signal à la Turquie, dans lequel le quotidien américain fustige la décision allemande de permettre à la Turquie de poursuivre un humoriste Allemand. La Turquie connaît en moyenne trois nouvelles poursuites pénales par jour pour outrage au chef de l’État. Il y a certainement une glissade politique, disons que la démocratie est quelque peu malmenée. Surtout que ce même président  dit vouloir être un membre de l’Onu avec droit de véto pour représenter le monde Islamiste. Moi ça me fait peur, très peur même.

Par contre pour le moment ce pays demeure un des meilleurs endroits pour naviguer, en ce qui me concerne, avec ses nombreuses marinas avec des gens qualifiée, plein d’endroits pour s’ancrer, une mer propre et chaude pour se baigner et où il est possible de se faire comprendre avec l’anglais sans problème.

Là-dessus, bonne journée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2016-8 : Didim

Bonjour à vous tous,

La dernière fois que je vous ai parlé j’étais à l’ancre dans la baie de Gumluk. Windguru annonçait des vents du Sud de plus de 30 nœuds avec bourrasques jusqu’à 49 nœuds dans la baie de Gulluk et au nord jusqu’à Kuşadası, ma destination finale pour la Turquie cette année.

Comme il n’y a pas beaucoup d’endroits sécuritaires pour les vents du Sud sur cette route, j’avais donc opté pour la meilleure action soit me mettre à l’abri et attendre les deux jours que ce petit coup de vent passe. Chose dite et faite, mais je me réveille dans la baie de Türk Buku le lendemain matin à 6 heures avec des vents de 20-25 nœuds et des bourrasques d’à peine 30 nœuds! Humm, on va commencer par se faire un bon café et on regardera ce que les prévisions météo nous disent, que vois-je? Changement, des vents de 20-25 nœuds avec bourrasques de 30 nœuds tout au plus et ça serait un vent de travers arrière pour me rendre à D-Marin, marina à Didim

Jje les appelle pour m’assurer qu’ils ont de la place et me voilà parti! Une belle traversée du golf de Gulluk à la voile. Ok… pas si merveilleuse traversée enfin de compte car il y a des vents instables, ma vitesse variant de 3 à 7.8 nœuds et, petite malchance, en arrivant mon pilote automatique me lâche; je regarderai ça dimanche.

Pour le moment, après avoir affalé les voiles j’entre dans la marina. Je suis reçu par deux marinéros en pneumatique. Ils m’indiquent où aller, un des deux saute sur le bateau avec pendille à la main et l’autre se dirige au quai pour me recevoir. Un me dit d’avancer, l’autre me dit de reculer. Ostie que j’aime ça! Je dis à celui sur le bateau de se la fermer et que j’écoute l’autre parce qu’il me dit de faire ce que je ferais. Depuis que je suis en Méditerranée, ça fait trois fois qu’un marinéro embarque sur mon bateau durant une approche et ça fait deux qui me font chier.

Je suis présentement à Didim et la marina est plutôt loin de la ville. On doit prendre le Dolmus, 2 livres turques, soit moins d’un dollar. Bizarrement, c’est la première ville turque et j’en ai fait plusieurs qui me font penser à la Tunisie, par ses maisons, ses rues, les boutiques, les gens même. J’ai visité quelques sites archéologiques aujourd’hui soit le temple d’Apollon à Didyna, Milete et Priene. Priene fût construite aux alentours de 350 avant Jésus-Christ. Elle était une des douze villes qui formaient la Fédération ionienne Milete. Milete fût reconstruite après sa destruction par les Perses en 494 avant Jésus-Christ. Didyma, par contre, était un important centre religieux où les Oracles se prononçaient sur plein de sujets. Un temple en l’honneur d’Apollon fis de Zeus y fût érigé. Sa construction débuta en 550 JC mais ne fût jamais complètement terminée. Ce site connut plusieurs conquérants comme les Perses, puis vint le tour d’Alexandre le Conquérant, suivis des Romains, des Ottomans…

Demain sera une journée pour Nomade, des petits ajustements et je dois aussi regarder mon pilote.

Là-dessus, bonne soirée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2016-7 : Cokertme, Bodrum et Gumusluk

Bonjour à vous tous,

Où suis-je? Gumusluk, petite baie à quelques milles au Nord de Turgutreis. J’ai opté pour Gumusluk car, selon le guide, plus petit, plus pittoresque, plus joli, c’est vrai pour le premier. Pour les deux autres, vu que je n’y ai pas fait escale, je ne sais pas. Mais c’est pittoresque et joli. Je suis à l’ancre, beaucoup de bateaux ici et le village, quoique petit, est organisé pour recevoir  les visiteurs, terrasse tout le long du littoral, avec boulangeries, épiceries et des boutiques de souvenirs. À côté de moi, un Dufour 36 avec un couple d’Anglais, lui il a une sœur qui vit à Hudson près de Montréal.

En partant de Bodrum ce matin un joli vent variable, mais il était là et je m’en suis servi 12 milles de voile aujourd’hui avec un vent se promenant entre 8 et 15 nœuds. J’ai même eu des pointes de 7.3 nœuds, Nomade se sentait bien et le Capitaine aussi.

À Bodrum, se trouve la marina la plus chère de la Turquie m’a-t-on dit. Dans mon cas pour un voilier de 9 mètres : 69,40 Euros par soir plus l’électricité et l’eau.  Au moins le service était bon. Cette portion de la côte turque tranche vraiment avec ce que j’ai vécu l’an dernier entre Marmaris et Mersin où il y avait des baies sauvages, oui, et aussi des marinas mais pas mal plus abordables que ce que je vois au nord de Marmaris. C’est du moins le cas jusqu’à Kuşadası, plus au nord, je n’ai pas vérifié n’étant pas sur ma route pour cette année.

À Bodrum mon voisin de quai avait besoin d’un copain avec un permis de conduite pour bateau, car il n’avait pas l’âge requis pour conduire seul son bateau-moteur de 28 pieds qu’il venait de s’acheter, il n’avait que 17 ans. Il m’a même donné quelques leurres pour pêcher et m’a dit qu’avec ça je vais prendre du poisson. Espérons qu’il s’y connaît mieux que moi.

Deux jours plus tôt, j’étais à Cokertme et là encore une baie avec quelques maisons, des restaurants avec quai gratuit, mais ils s’attendent à ce que vous mangiez à leur restaurant.

Demain donc direction Didim où je pense devoir y demeurer pour deux jours, la météo annonçant des vents de plus de 40 nœuds. Ici on doit vérifier la météo quotidiennement car les prévisions changent souvent très vite.

Là-dessus, bonne journée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2016-6 : English Harbour

Bonjour à vous tous,

Par où commence-t-on? Je sais, je m’ouvre une bière (EFES) à votre santé!  Je disais dans ma dernière chronique que j’avais hâte de vous parler de Cnide (Knidos), cette ancienne ville fondée par des Grecs Doriens au 7ième siècle avant Jésus-Christ et qui n’est plus que ruines. Elle était stratégiquement située pour permettre aux marins de se reposer et attendre que les vents favorables veuillent bien se montrer.

Elle fut aussi connue pour avoir été la première cité grecque (maintenant turque) à exposer une statue d’une femme nue, soit nulle autre qu’Aphrodite, du sculpteur Praxitèle. Mais après être entré dans le port et avoir vu toute ces ruines, sans oublier que le vent se levait déjà et que je ne voulais pas être pris dans cet endroit à attendre une météo propice, j’ai décidé de poursuivre mon chemin jusqu’à Kormen, qui, selon mon guide nautique, n’est pas le meilleur  port pour entrer ou sortir quand le Meltem souffle.

Le vent ne faisait que commencer à souffler et je roulais comme un ballon pour faire mon entrée. Une fois dans le port, plus aucune  vague, mais le vent continue à souffler et quelqu’un me fait signe d’aller m’accoster. Avec ce vent de travers, ce n’était pas le meilleur endroit. Je lui fait comprendre que j’aimerais mieux un autre endroit où je pourrais avoir soit un vent arrière, soit un vent devant, il me dit non c’est ici. Donc, pas le choix! En approchant, il me fait rebrousser chemin car la pendille est coupée. Grrrr, marche arrière, il se déplace, un autre endroit avec le vent de travers. Cette fois il y a bien une pendille, mais merde elle est trop courte! Une fois attaché, je ne peux descendre à terre, peu même pas installer une planche. Je lui dit d’oublier tout, je vais reprendre la mer et trouver meilleur. Il me dit non, allons où tu voulais aller. Je le regarde et me dit « Est-ce que j’y vais ou je quitte en le laissant poireauter au quai? »

Honnêtement, je suis resté à cause de la météo et peut-être parce que je n’aurais pas pu lui voir la face de proche. Me voilà finalement amarré, plus à l’abri du vent et avec électricité, ce qui me permet de me servir du 220 volts, ne produisant que du 12 et 110 volts à bord. Ici ils sont en train de construire une marina, tout de ciment et bien solide. Une fois finie ça sera assez grand, mais ça ne demeure pas un endroit idéal à cause des vagues qui se lèvent à son entrée par vent d’ouest à Nord.

Un peu plus tard je quitte le bateau pour aller visiter Kormen, mais Kormen n’est qu’une petite ferme avec deux ou trois vaches et des grands jardins, des gens bien vaillants à les voir travailler. Ici, quelques petit tracteurs, mais le gros de l’ouvrage est manuel, deux restaurants. Celui donnant sur le port m’a attiré, un homme travaillant dehors m’a souhaité le bonjour sans y mettre aucune pression pour me faire entrer. C’est l’endroit que je choisirai et quel bon choix! Lui parle un peu l’anglais, sa femme pas un mot, mais très gentille et quelle cuisinière! Le meilleur poisson cette année, il était succulent. Et en plus il y avait de l’internet car ma clé wifi ne captait rien.

Le lendemain matin, direction Buyuk Cati, une charmante baie avec plusieurs embarcations dont quelques-unes de plaisance et d’autres de pêche, mais personne aux alentours. Les gens ont dénicher un endroit pour leur bateau qui ne leur coûte pas une fortune, mais qui n’a pas de sécurité non plus. Et ce matin départ à 630 car je veux remonter la côte avant que le vent ne se lève. A 10h30, je suis à l’ancre avec pour seul compagnie un voilier turque dans l’English Harbour, un méga yacht immatriculé à Malte fera sont entrée plus tard, et ensuite un autre voilier turque. Ici dans cette baie bien protégée, le vent souffle présentement à 18 nœuds.

Demain un autre endroit.

Là-dessus, bonne journée

Serge sur Nomade II

Ce diaporama nécessite JavaScript.