Femme de marin 2008-5: « C’est après ton départ que je t’ai porté en moi plus intense que jamais » (Jacques Salomé)

L’avenir pour moi n’a jamais eu de résonance, trop occupée à me démerder avec le présent. Moi, les choses quand elles n’ont pas d’assises ne sont pas palpables.   Serge est différent de moi sur ce plan. Quand je l’ai rencontré, il y a presque 5 ans maintenant, c’était clair entre nous : Serge avait étalé son projet dès notre premier rendez-vous. Il y avait travaillé toute sa vie. C’était comme un Combo : lui et la Mer, ça venait ensemble. C’était la seule maîtresse avec qui j’acceptais de le partager. Même notre « Nous » a dû se faire conciliant face à ce projet.
 
« Dès nos premiers échanges, tout de suite j’ai dit oui à tes propositions, à tes suggestions. J’ai fait comme si c’était mes propres demandes. Comme si ce que tu énonçais était exactement le reflet de mes désirs, de mes choix, de mes goûts. (…) J’entrais naturellement, sans contrainte, dans tes projets, tenon ou mortaise parfaitement ajustés. (…) Oh, bien sûr, tu n’exigeais rien, tu ne demandais même pas. Tu avais simplement la conviction sincère que tout me convenait » (Jacques Salomé, Je croyais qu’il suffisait de t’aimer).
 
Et j’étais loin de me douter que j’allais me positionner en plein cœur de ma pire angoisse : ma peur de l’eau profonde. Comprenons-nous bien : j’adore l’eau, j’aime le son de son doux clapotis, j’aime regarder les vagues et me faire bercer au son de leur chant, j’aime le calme que la mer apporte, j’aime sa proximité et la sensation de mon corps lorsqu’il s’y glisse. Mais j’ai peur de me noyer, d’étouffer.  Devant l’inéluctable de cette peur qui se faisait de plus en plus présente à chaque été, je m’étais fixé des objectifs avec des actions concrètes à entreprendre : multiples cours de navigation, cours de natation, thérapie pour comprendre pourquoi j’avais si peur du profond puisque je n’ai aucun souvenir conscient d’un quelconque traumatisme (thérapie qui fut sans succès, en passant), et fin de semaine de cours de mesures d’urgence en mer. Oui, il y a eu des progrès mais pas suffisamment pour que je sois convaincue que j’étais prête pour ce grand voyage.  Et puis, un jour, Rose, une copine, m’a dit : « Ce n’est pas ton projet mais le sien ». Ça m’a sciée en deux.
 
Je n’allais donc pas traverser. Et peut-être que tout le monde s’attendait à ça aussi. Peut-être que tout le monde le savait avant moi. On s’accoutume à ce que les choses soient d’une certaine façon, et quand elles ne le sont pas, ça donne un coup. Certaines choses nous échappent et on ne comprend pas toujours pourquoi. L’autre part et soudain votre couple prend une dimension différente. Et vous devriez en être enchantée parce que, comme dit Marie Cardinal : « Si tu connais un homme et une femme qui forment ce que l’on appelle un « bon couple » et que tu essaies de comprendre ce qui les lie, tu découvriras toujours que ces gens vivent en dehors de l’image stéréotypée de couple vers laquelle pourtant tout tend à nous faire aller ». Be careful on what you wish…
 
Non, je n’allais pas traverser et j’ai vécu ça comme un échec au début; peur que notre couple ne traverse pas cette expérience puisque moi, je ne traversais pas. D’autres couples sont partis ensemble. Eux aussi peuvent se dire différents puisqu’ils vivent une expérience hors du commun. Moi, je suis celle qui reste sur le quai. Les clients, les enfants, les amis, la beauté, la jeunesse; tout finit toujours par nous quitter. C’est probablement là que je suis à mon meilleur, là que je donne la juste mesure de moi-même.
 
Mais laisser l’autre partir est moins difficile si on a le sentiment qu’il vous emporte avec lui en voyage. C’est donc dire que maintenant, quelque chose d’important change. Quelque chose qui demande à ce que la relation se redéfinisse, qu’elle s’assoit sur une autre chaise, qu’elle y trouve ses assises d’une façon différente. Il nous faut trouver, construire des ponts pour se rejoindre.
 
J’adore cette phrase : « La vie recèle plein de miracles mais certains jours, l’avez-vous remarqué, les citrouilles restent des citrouilles ». Aujourd’hui est une de ces journées où j’ai l’impression de mener une vie vraiment excitante! Qu’avions-nous au menu aujourd’hui? Tondeuse, achat d’une carpette pour la cuisine, ménage et lavage. Fiou, attachez-moi quelqu’un!!! Il n’y a pas eu de miracle aujourd’hui. Que des travaux ménagers avec, en arrière-plan le souvenir de ses yeux bleus qui vous remettent debout, corps et âme. Et puis, sa façon de laisser courir son index de gauche à droite sur ses lèvres lorsqu’il vous écoute. Serge n’a jamais rien cédé, ni abandonné. J’aime le sentiment d’être auprès d’un tel homme qui me sourit et qui me donne la conviction que dans ces moments précis, je suis à la bonne place.
 
 Et dans quelques heures, hélas, je recommencerai à douter de ma décision d’être restée…

2 réflexions au sujet de « Femme de marin 2008-5: « C’est après ton départ que je t’ai porté en moi plus intense que jamais » (Jacques Salomé) »

  1. Une petite pensée pour t\’aider (nous aider! nous les restaké) à tenir le coup:"Qui n\’a pas connu l\’absence ne sait rien de l\’Amour"Christian BabinAller les Açores c\’est bientot! :-))))

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