Pré-partum blues

 
Plus que 19 jours ouvrables avant que mon chum Serge soit à sa retraite. Je n’en reviens pas: le 2 mai prochain, plus de téléavertisseur qui sonne à toute heure du jour et de la nuit, plus de métro à prendre et de rendez-vous à se donner pour revenir ensemble le soir, plus de chemises et de pantalons de travail à laver, plus de déjeuners seule à prendre parce qu’il est parti pour le travail avant que je me lève…
 
En fait, c’est faux. Du moins en ce qui concerne les déjeuners. Je les prendrai encore seule pour un bout de temps puisqu’il sautera presque aussitôt dans le train qui le mènera à Gaspé afin d’y préparer le bateau pour la traversée. Ce n’est pas seulement un plan de match pour 2008, mais un projet de retraite (c’est quoi ce mot-là???) qui s’était préparé de longue haleine depuis des années, soit naviguer 6 mois par an. Passer en Europe et naviguer jusqu’en Turquie (environ 7 ans), puis revenir et installer le bateau dans le Sud pour y séjourner durant l’hiver. C’était clair, net et précis, mis sur la table dès notre rencontre il y a 5 ans. Je le savais, c’était la condition pour l’avoir à mes côtés, j’étais consentante. Je me disais: « On pelletera quand il y aura de la neige ». Moi qui suis plutôt du genre pratique, réaliste, cette réalité était loin de moi, dans une autre dimension qui me frappe de plein fouet maintenant.

Pour le moment, j’essaie de profiter au maximum de sa présence en essayant de ne pas trop penser à la possibilité de mauvais temps comme étant plutôt une situation parmi tant d’autres. Je me sens ambivalente, ça dépend des jours. Certains jours, j’essaie de prévoir comment j’occuperai mon temps sans lui: entraînement, lecture, peindre, cinéma, visite d’amies et de la famille, peindre, passer du temps avec ma fille que j’adore, travailler sur le site, peindre, faire des montages vidéos en prévision d’une possible conférence à la CONAM par les équipiers du NOMADE II, avoir hâte de donner des nouvelles à tout le monde. Et travailler, travailler, travailler. Peindre, peindre, peindre.

D’autres jours j’ai le vague à l’âme, la larme facile, la difficulté de continuer seule qui m’arrive en pleine face. Rien faire, regarder la mousse pousser dans mon nombril, imaginer le pire, m’enfermer chez moi. Dans ces moments-là, je déteste qu’on me parle de ça, qu’on me demande comment je me sens. Je déteste afficher un sourire en essayant de montrer au monde que tout va tellement bien, que je suis au-dessus de tout ça, en plein contrôle. La ménopause doit y être pour quelque chose dans les montagnes russes que sont mes émotions. Une chance que je prends des hormones sinon je passerais mon temps à chialer!!!! Envie de voir personne.

Ben oui, j’ai choisi de rester sur le quai, de ne pas faire cette traversée pour toutes sortes de raisons que je ne désire pas partager. En fait, pour vous dire la vérité, je n’ose pas me plaindre parce que cette décision vient de moi, que je l’ai prise en toute connaissance de cause. Que si je me plains, on pourrait me dire: « C’est quoi ton problème? T’avais juste à y aller! ». Et à ce moment-là, la mer que j’ai derrière le regard pourrait se répandre sur la chaussée…

J’ai une copine, Sylvie, qui est sur le point d’accoucher de son 2e fils: grosse et pleine de vie, à l’aube d’une nouvelle vie qui s’ajoute à la sienne, déjà agitée. Je lui écrivais ce matin, histoire de savoir si l’heureux événement était en retard. Et j’ai pensé qu’elle et moi, on était sur le point d’accoucher de projets complétement à l’opposé. Je suis dans les dernières semaines d’une nouvelle vie, différente, qui va débuter cette année. Mon poids ne diminue pas et la fluctuation des hormones me fait perdre mes cheveux, j’ai les émotions fragiles…. Coudonc!!!! Serais-je en plein « pré-partum blues »???