Chronique du Capitaine 2017-12: Vergina, Veroia et Pella

Thessaloniki n’est pas la ville la plus touristique que j’ai visitée, pas laide du tout, mais les gens y viennent pour ensuite se rendre dans les Calkidiki, soit la région au Sud-Est où se trouvent les trois presqu’îles, et qui est renommée pour ses plages et eaux limpides. Il y a des hôtels mais les gens ni restent pas longtemps, donc peu d’infrastructures pour le tourisme. Par exemple, depuis la crise économique il ne reste qu’un seul traversier pour Skiathos. Auparavant les traversiers se rendaient un peu partout dans les îles grecques, le train est limité pour les endroits grecs donc il me reste les autobus.

Quelques compagnies arrangent des circuits touristiques, mais très peu. Ammon express est celle que j’ai prise pour aller voir l’ancienne capitale de la Macédonie avec le lieu de naissance d’Alexandre le Grand, soit Pella qui était à l’époque un port de mer ett qui se trouve aujourd’hui à plus de 30 km à l’intérieur des terres. Notre visite commença avec Vergina (Aigai), lieu où furent découvertes les tombes de Phillipe II, le père d’Alexandre le grand, ainsi que son fils mort à l’adolescence. Fait rare en Grèce : ces tombes ne furent jamais pillées ayant été enterrées sous un tumulus de terre, et on peut voir les richesses sur place car la visite se fait sous terre, idée originale. On y trouve aussi plusieurs pierres tombales de l’époque et tout est écrit en grec, ce qui fait dire aux Grecs que la Macédonie est grecque.

Ensuite Veroia qui était la capitale de la Macédoine avant Pella où on peut voir le quartier juif, ou ce qui en reste, car des 900 familles qui s’y trouvaient au début de la deuxième guerre mondiale, 700 furent déportées vers les camps de concentration, les autres ayant eu la chance de prendre le maquis. Sur ces 700 familles aucune n’est revenue… On y trouve aussi un autel dédié à Saint-Paul qui avait passé à Veroia par deux fois.

La dernière ville fut Pella, le musée pas aussi impressionnant que celui de Thessaloniki, mais quand même intéressant et ensuite les vestiges de l’ancienne ville ainsi que l’agora, mais la chaleur étant si intense que la visite fut de courte durée.

En attendant mon prochain circuit vers le mont Athos, je commence à préparer doucement le bateau pour être remisé.

Bonne journée

Serge

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Chronique du Capitaine 2017-11: Problème de moteur…

Samedi 29 Juillet 2017 Thessaloniki

Départ du club nautique de Thessaloniki avec l’intention de me diriger vers Nea Moudhania, soit 37 miles à faire, un peu long, mais il n’y a pas beaucoup d’endroits où s’arrêter d’ici là. Mon moteur laisse échapper encore de la boucane blanche et je n’aime pas ça. J’ai la ferme intention de le faire regarder par un technicien Yanmar en arrivant à Yalova (Turquie). Boung, boung, boung! Çaa vient du moteur, je ralentis, le bruit diminue mais encore très présent. Je n’ai fait qu’un mille et je ne suis qu’à un mille de la marina de Thessaloniki, direction la marina en espérant y trouver un mécanicien.

Surprise : le prix de la marina est quasiment donné soit moins de 12 euros par jour, eau et wifi compris, mais l’électricité extra. Par contre, pas de service sur place. La  gentille dame de la réception m’appelle le représentant Yanmar qui dit pouvoir venir regarder le moteur seulement lundi matin. Je suis un peu déçu mais ce n’est pas trop pire.

Lundi 31 Juillet

Il est midi et toujours rien. Je  mets une chemise et me dirige vers les bureaux de la marina. Le mécanicien qui était supposé venir ce matin n’a pas donné signe de vie. La marina le rappelle, il est sur une urgence, un moteur plein d’eau parait-il! Il va venir avant la fin de la journée. Je retourne donc au bateau attendre… chose que je ferai jusqu’à 20h50. Je décide de le rappeler, pas de réponse, je laisse un message.

Mardi 1er aout

8h00 : je rappelle, toujours pas de réponse, je laisse un autre message.

9h00 : je me rends au bureau de la marina et leur demande de l’appeler, pas de réponse.

12h00 : je retourne à la marina, elle rappelle et pas de réponse. Je lui demande s’il est possible d’avoir un autre mécanicien, elle en appelle un qui dit qu’il va passer dans la journée. Lui aussi  ne donnera jamais signe de vie. Je vais dans un magasin d’équipement nautique qui appelle un mécanicien de sa connaissance, qui, lui, viendra finalement! Il me donne confiance dans le sens qu’il semble plein de bonnes intentions, mais ses connaissances semblent limitées. Je prends rendez-vous avec lui le lendemain pour qu’il appelle le représentant Yanmar de Grèce qui se trouve à Athènes. Plus tard dans l’après-midi, un jeune mécanicien Yanmar se présente finalement. J’explique mon problème, il appelle son patron qui dit ne pas avoir le choix de sortir le moteur du bateau et de l’apporter à l’atelier. Je donne mon accord et on se donne rendez-vous entre 9h00 et 11h00 le lendemain matin. J’appelle mon gentil mécanicien pour annuler le rendez-vous du lendemain, lui expliquant que le représentant est finalement passé.

Mercredi 2 aout

10h50 : le grand boss et deux apprentis se présentent mais sans la grue pour sortir le moteur. Il m’explique qu’il y a peut-être possibilité de réparer sur place et qu’il va essayer cela en premier. Disons que le temps d’espérance fut de courte durée car vers 13h00 il me dit que nous n’avons pas le choix, il doit sortir l’engin du bateau et après avoir appelé le bureau de Grèce, il me dit que c’est très probable qu’il faudra faire venir des pièces. Juste pour ça, il faudra attendre entre 15 et 20 jours, car le moteur est tellement neuf que même Amsterdam, le bureau européen, tient très peu de pièces pour ce modèle. Donc, rendez-vous avec la grue demain dans la matinée et que d’ici la fin de la journée, il devrait avoir démonté le moteur et commandé toutes les pièces requises. Il pourra ainsi me donner un meilleur aperçu du délai et du temps requis pour les réparations. Le hic c’est que ce n’est pas sur la garantie  car le problème vient d’une mauvaise installation à Kos car il aurait dû y avoir un anti-siphon, chose que j’avais explicitement mentionné au mécanicien l’an dernier et j’avais eu comme réponse que mon moteur n’en avait pas de besoin. OSTIE!

Jeudi 3 aout

Ils sont à l’heure plus proche de la fin que du début, mais à l’heure quand même. Et le tout se passe sans problème, il ne me reste qu’à attendre les estimés, temps surtout, je sais que l’argent va faire mal, mais le temps est ma principale considération pour le moment. Seconde préoccupation : trouver comment faire la demande pour un visa de longue durée, car le 22 aout au plus tard je dois sortir de la Grèce en tant que Canadien et je ne peux pas plus aller dans n’importe quel pays du Schengen sans une extension de 90 jours.

Serge

Femme de marin 2017-26: Cher amour

Cher amour,

Je sais que présentement tu vis des moments « ordinaires » à cause de tes problèmes de moteur. Cela t’oblige à faire du sur-place et à confronter l’attente. J’aimerais être auprès de toi, alléger tes journées et prendre plaisir à voir les mêmes choses que toi, sentir les mêmes émotions devant tant de découvertes.

Je suis toujours surprise de constater que non seulement tu es ma relation la plus longue en terme de durée, mais aussi la plus intense en terme de sentiments et ce, même après 14 ans. Même si le temps nous a usés, même si le quotidien (qui n’en est pas un puisque que tu es absent 5 mois sur 12) a raison de notre passion du début, je ressens toujours le même désir pour toi, pour ta présence, même si parfois tu uses ma patience!

Tu as beau vieillir, tes cheveux ont beau s’argenter avec le temps, je vois toujours la même curiosité dans tes yeux, toujours la même verve dans ta voix, toujours la même intensité dans tes gestes. Le temps n’a aucune prise sur les émotions que je ressens pour toi. Tu demeures mon phare, quoi qu’il advienne. Tu me manques toujours autant même si les heures m’occupent et que les journées s’égrainent à un rythme régulier.

Je ne suis pas lasse de t’attendre sur le quai, toujours heureuse de t’accueillir à ton retour, les bras ouverts. Tu es une surprise sans cesse renouvelée, même si tu peux être tellement prévisible dans tes réactions, parfois. Mais toujours tu me surprends, au moment même où parfois j’abdique.

Femme de marin, je demeure, mais sans être dans ton ombre. C’est une grande fierté pour moi de penser que nous formons un couple atypique.

Je me sens privilégiée de t’avoir dans ma vie. Merci d’être là. Même si tu es loin physiquement, je te sens toujours présent.

Chronique du Capitaine 2017-10: Thessaloniki

Thessaloniki, quoi dire? Deuxième plus grande ville de Grèce, lieu de naissance d’Alexandre III (Alexandre le Grand) et de Mustafa Kemal Atatürk le fondateur de la Turquie moderne. Une des premières choses que je me fais dire par un employé de Vodafone c’est ‘’Vous venez faire quoi ici?’’ De lui répondre ‘’Parce que vous êtes là’’. Eh oui je tenais à faire le tour du Nord de la mer Égée et je n’ai pas encore terminé mais j’ai déjà un bon bout de fait. Mais là j’ai un problème, mon moteur. Eh oui mon moteur neuf de l’an dernier me donne des soucis. Je suis donc en attente d’un mécanicien Yanmar qui devrait venir lundi matin. Je me croise les doigts, que ça soit encore sur la garantie, que ça ne me coûte pas trop cher et que je puisse repartir au plus tôt. Surtout que j’ai acheté mes billets d’avion avant-hier. Je devrais revenir le 17 septembre, une semaine plus tôt qu’originellement prévue. Mais on verra une fois le moteur réparé.

Oui j’arrive, Thessaloniki, ville universitaire dit-on, ville qui ressemble beaucoup à Trieste selon moi du moins. Assez récente, la ville ayant été en grande partie détruite au début des années 1900, on peut y voir des vestiges de l’aire romaine et ottomane, mais les constructions sont surtout des blocs appartement de 6 à 9 étages propres, mais les petites rues étroites y sont quand même majoritaires.

Pour le marin que je suis, le Club Nautique m’a bien reçu pour 4 jours et cela gratuitement. Pour le moment, je suis à la marina de Thessaloniki qui est quasiment vide et que les prix défient toute compétition, ce qui est normal supposément car ils ne reçoivent pas beaucoup de visiteurs l’été. L’hiver, par contre, la marina s’emplit de bateaux de location (Charter) qui sont présentement dans les îles plus au sud pour la saison. C’est vrai que nous ne voyons pas beaucoup de bateaux de plaisance.

La visite au musée d’archéologie fut une belle découverte, un des beaux musées d’archéologie qui me fut donné de visiter.

Donc en attendant la visite de mon mécanicien je vous souhaite une belle journée.

Serge

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Chronique du Capitaine 2017-09: Plusieurs petits endroits

Désolé pour le retard.

22 Juillet 2017 Damoukhari, Ayios Ioannis, Agrila-Kamari

Je quitte Skiathos tôt car un vent du Nord est annoncé pour une partie de la journée. Je quitte donc par calme plat, mais mon moteur s’est remis à faire de la fumée blanche, je n’aime pas mais rien à faire pour le moment. Soleil de plomb, je regrette presque le vent du Nord annoncé. Arrivé à Damoukhari, je rebrousse chemin car il y a  vraiment peu de place et l’endroit est envahi par les baigneurs, chaises longues et parasols. Je me redirige donc vers Ayios Ioannis qui a un petit port mais il est plein de locaux, pas de place. Prochain arrêt Agrila-Kamari, ça me fera 41 milles de navigation sous ce soleil et bien content d’arriver car il y a de la place, mais une fausse manœuvre de ma part trouvera moyen de grafigner la coque sur le quai de ciment, c’est la vie! Après une bonne bière fraîche et le soleil disparu derrière les montagnes, je vais marcher vers le village. Joyeuse surprise, joli village avec taverna, plage, assez touristique mais vraiment grecque. J’aurai beau regarder mes guides touristiques, ceux-ci n’en parlent pas. Il y a beaucoup de gens et même une famille de Montréal en visite chez le père de la jeune dame qui vit ici. Un petit monde.

23 Juillet Stomio

Un seul autre voilier depuis mon départ de Skiathos et il semble perdu, là tout seul et plusieurs pouces d’herbes sur sa coque. Le port est quand même très bien protégé, sur un côté se trouve un camp pour adolescents délinquant où il est défendu d’entrer. De l’autre côté du port la ville, plus ou moins bien entretenue, au-dessus du port un restaurant avec une excellente nourriture, mais le service déficient.

24 juillet Lithokoro

Vingt heures de moteur sans vent, une mer d’huile, du soleil et une crainte de savoir s’il y aura de la place pour m’amarrer, car cette côte grecque n’est pas ce qu’il y a de plus accueillant pour les bateaux de plaisance et encore moins pour les voiliers. Quand même une belle plage avec unrestaurant à quelques pas pour me rafraîchir.

Demain Thessaloniki

Serge

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Femme de marin 2017-25: Ma chère Valette…

C’est un joli petit hôpital avec des étages construit en rotonde. On arrive au cinquième, le pallier où on y installe ceux qui attendent la mort. Pas de racoin, juste un couloir qui tourne en rond. On ne peut pas s’y perdre parce que ça tourne en rond justement, comme les minutes qui s’égrainent sur un chapelet qui n’en finit plus. L’atmosphère y est calme, silencieux. Un ange y passe.

Elle est recroquevillée dans son lit, toute petite, décharnée, comme un petit poulet qui attend qu’on la berce. Elle dort paisiblement, ronfle à peine. J’y ai installé des photos de son plus vieux, de son petit-fils Scott et de ses petits-enfants. J’avais du mal à croire qu’on puisse attendre la mort dans un filet de vie qui s’éteint, impersonnelle. On appelle ça des chambres privées : une salle de bain, une petite bibliothèque, l’air climatisé pour que les patients soient plus confortables. Un lit d’hôpital fait la différence.

La première fois que je suis allée la visiter, elle était éveillée, lucide, jasante. Elle m’a parlé de son envie d’avoir un café qui goûte le vrai café, du bon là, comme lorsqu’on se lève le matin, qu’on a toute la journée et la vie devant soi, qu’on ne sait pas toujours ce qu’on va en faire. L’hôpital est italien. Alors, il y a forcément à l’entrée un petit café qui en fait du bon. Je lui promets qu’à ma prochaine visite, je lui en apporterai un vrai. Parce qu’elle n’a plus envie de rien, sauf un bon café. C’est à peine si elle peut avaler, mais le goût du café, ça elle ne l’a pas perdu.

Nous avons parlé ouvertement de la mort, de son envie d’en finir, du temps qu’elle trouve long, du gars en haut qui n’est pas pressé, l’hostie…. Elle n’avait plus l’énergie pour se fâcher contre lui. Moi, j’aurais tempêté… et descendu tous les saints du ciel pour qu’ils m’emportent. Pas elle. Elle est juste lasse.

Je lui ai demandé quel moment de sa vie elle avait le plus aimé. Elle m’a dit qu’outre avoir des enfants, son adolescence correspondait à ses plus beaux souvenirs. L’insouciance de rire et de s’amuser quand on ne sait pas ce qui nous attend. J’ai répondu qu’elle irait bientôt rejoindre les gens avec qui elle avait eu du fun. Elle a dit : « Tiens, je n’avais pas pensé à ça! ». Ça a semblé la réconforter. Je lui tenais la main, j’étais près d’elle, j’entendais son souffle. Elle m’a confié que le docteur lui avait dit que si elle avait mal, elle n’avait qu’à sonner pour avoir sa médication. Puis, elle m’a dit, comme un grand secret, que même si elle ne sentait rien, elle sonnait quand même. Je lui ai répondu : « Ah, c’est ça le secret! ». Nous avons ri ensemble d’un air entendu. Elle savait que je ne jugeais pas, que j’étais plutôt d’accord.

Ce matin, je suis retournée la voir. Elle dormait. Sur sa table de chevet, je lui ai laissé un bon café en espérant qu’il soit chaud à son réveil. Je suis revenue sur l’heure du souper, elle dormait toujours. J’ai déposé un autre café en me disant que c’était pas grave d’en boire un sur l’heure du souper parce que de toute façon, les médicaments allaient faire leur œuvre.

Je me suis assise et j’ai attendu. Je n’osais pas la réveiller. Les photos étaient toujours là et n’avaient pas été déplacées.Je voyais un pan de sa vie défiler.  Qui voudrait partir avec des souvenirs de quelqu’un d’autre?

Je me sentais privilégiée d’être là, dans une chambre où dort quelqu’un que j’ai à peine connu, dont j’ignore la presque totalité de sa vie, mais vers qui je vais, confiante. C’est ma sœur qui m’a appris ça.

La seule personne significative qui s’était éteinte dans ma vie était mon père. Un lien tiraillé, en dents de scie qui avait fermé toutes les portes. J’en étais venue à croire que je ne pourrais jamais accompagner quelqu’un dans ses derniers instants. Puis, ce fut le tour de ma sœur. Et je lui ai tenu la main comme je tiens la vôtre présentement, Valette, on behalf of….

Je retourne chez moi. J’entre dans l’ascenseur et il y a un monsieur qui voit que j’ai un café à la main. Je lui réponds que je suis allée voir ma belle-mère et que j’en ai acheté un aussi pour moi. « Ok, alors si j’avais été votre beau-père, j’en aurais eu un aussi? ». Je remarque qu’il porte une chemise romaine, ce petit carré blanc au-dessus de l’habit. C’est un prêtre. Il a de l’humour.

Je n’ai plus peur de la mort. J’ai juste peur que personne ne me tienne la main au moment où ça arrivera. Je pense à celles et ceux que je connais qui ont vécu ce moment privilégié et qui savent quelque chose que beaucoup ignorent. A savoir qu’une vie c’est court et que, maudit qu’on perd du temps avec des niaiseries!. Toutes ces choses qui nous tombent sur les nerfs, qui ne vont pas comme on le souhaiterait, des petits riens avec lesquels on fait un drame. Ça donne étrangement sens à notre existence. Des niaiseries, je dis.  Tout ce pour quoi on se bat et qu’on arrive à se dire qu’on est las des batailles.

Je suis dans ce « mood ». Je suis lasse des batailles et j’ai envie de faire la paix avec ceux qui restent…. et moi-même. Sacre-toi patience, t’as pris les bonnes décisions!

 

Femme de marin 2017-24: Je vous présente mon mentor, Sylvie Santerre

Jusqu’à date, je n’avais eu qu’un mentor dans la vie : Jean Leahey, lors de mes études en orientation. Un maître dans le domaine de la psychologie. Un genre de Dumbledore qui vous guide dans votre quête existentielle.

Quand j’ai osé me lancer publiquement comme artiste, je me disais que ce serait cool d’avoir un mentor dans ce domaine. Mais j’étais réaliste. Moi qui peignais en secret dans mon sous-sol, tout comme je cachais précieusement mes écrits dans mes tiroirs au début, je me demandais qui voudrait bien investir de l’énergie à me guider. On est toujours champion à se flageller soi-même. Pas besoin des autres pour en ajouter une couche…

Novembre 2015 : sous l’invitation de la présidente d’Artistes de cœur, j’ose mettre le nez et mes toiles dehors pour la première fois. L’exposition est exténuante non seulement parce que je dois exposer mes toiles, mais surtout parce que je dois m’exposer à la face du monde. Avoir devant moi des gens qui évaluent mes toiles est une vraie torture!

Le dernier jour de l’exposition, j’apprends que l’équipe en place va se dissoudre et qu’arrivera une nouvelle mouture. Je décide sur un coup de tête de m’y adjoindre. La présidente annonce sa remplaçante, Sylvie Santerre. Derrière le peloton, j’étire la tête timidement et je vois une petite bonne femme toute blonde, l’air sérieux, tatouage de fleurs sur l’épaule. Elle me jauge du regard, un coup d’œil qui dure des siècles dans ma tête. Je ne connais personne. Moi, la sauvage qui peux passer des jours entiers en mou dans mon antre, je ne sais plus trop si j’ai pris la bonne décision. Je le fais surtout parce que je n’ose pas encore exposer seule et que faire partie d’une équipe me donne le sentiment d’être épaulée, soutenue, chose que je ne retrouve plus depuis des années dans ma profession.

Les mois passent. Le printemps 2016 annonce la tenue des réunions pour la nouvelle année. Craintive, je conduis jusqu’à la Galerie l’Artiste dont Sylvie est propriétaire. Je suis déjà entrée dans des galeries que je trouvais froides, pompeuses, impersonnelles. Mais là, c’est autre chose : c’est un petit endroit tout à fait charmant, simple, sympathique. Il y a toujours du bon café et de la couleur sur les murs. La musique est bonne et les gens chaleureux. Sylvie offre des ateliers de créativité qui n’ont rien à voir avec le côté statique de ce que j’ai vécu à date. Son parcours de vie est atypique et cela se reflète dans sa façon d’animer. Vous y entrez avec plein de doutes sur vos épaules et vous ressortez avec un chef-d’œuvre que vous avez envie d’encadrer. Jamais de commentaires négatifs, jamais de critiques destructrices; que des suggestions pour vous faire avancer. « Là, t’es bloquée? Recule-toi, va fumer, tu reviendras tantôt ». Ou encore : « Regarde ça, y a quelque chose là-dedans qui se dessine ». « Ah oui? ». Second regard plus assumé. Et toujours cette musique lounge en fond de scène qui vous inspire. Inspire… expire….

Sylvie, c’est une émotion sur deux pattes en équilibre face à la vie. Un jour, je lui demande si elle veut être mon mentor, sans trop savoir ce que ça fait au juste un mentor. Elle m’a regardée simplement et elle a dit : « Ok ». C’était fini, on n’en a plus reparlé. Sauf une fois quand elle guidait d’autres participantes dans l’atelier et qu’elle ne me disait jamais rien. J’ai dit : « Tu ne me dis jamais rien. J’attends toujours que tu me dises tes commentaires ». Elle a répondu : « Ça s’en vient! ».

Pourtant, j’ai déjà eu un autre mentor mais c’était dans un autre domaine. Au fond, c’est la même affaire. Un mentor c’est quelqu’un qui a de l’avance sur le chemin que vous voulez suivre. Il est là pour vous éclairer, vous montrer la prochaine étape que vous devez franchir pour avancer. C’est pas quelqu’un qui vous dit : « Fais ci, fais ça », c’est juste quelqu’un qui vous éclaire lorsque vous êtes dans le noir et que vous n’y voyez rien.

Aujourd’hui, on a passé l’après-midi ensemble à peindre à sa galerie. Je l’observe du regard. Son geste est juste, assuré. Elle peint sur 4-5 toiles en même temps. Elle crée les couleurs avec assurance. Moi, je torche ma toile et je ne suis pas satisfaite. Je suis prise avec une commande de toiles jaunes que j’hais! J’hais le jaune parce que c’est pas dans ma palette.  Je la refais trois fois pour l’abandonner en dernier ressort et travailler sur autre chose.

Elle crée des toiles comme je fais des tartes. Une vraie pondeuse! Et elle me sort tout de go : « Je suis toujours en train de me demander si ce que je fais va plaire aux gens ». OMG!!!! Batinsse! Si t’as des doutes, moi qu’est-ce que j’ai???

Je m’assois et je l’écoute parler de sa vie, des rencontres et des gens qui ont de l’importance pour elle. Je me sens bien. Sylvie, c’est toujours simple avec elle. On fend jamais un cheveu en quatre et c’est reposant. Moi, j’en ai marre des gens qui passent de Caïf à Pilate pour trouver une solution. Elle fait juste te rebrancher sur ton nombril. Rien de narcissique, juste toi face à toi et face au monde.

Ma traversée, c’est pas sur l’Atlantique que je dois la faire. C’est avec un pinceau à la main et elle qui me sourit.

Chronique du Capitaine 2017-08: Skopelos, Alonissos, Skiathos

20 Juillet : Skopelos, Alonissos, Skiathos

Excursion pour la journée. Je quitte le voilier pour le bateau excursion. Départ à 9h30 où nous passerons par le nord de Skopelos (île des saints). Eh oui, plus de 360 églises, chacune ayant son saint excepté une église qui, elle, demeure ouverte à l’année longue, les autres n’ouvrent leurs portes que la journée de la fête de leur saint. Pourquoi tant d’églises, me direz-vous? Plusieurs histoires circulent, mais la plus probable serait que les pirates (j’y reviendrai) ne touchaient pas aux gens qui s’étaient réfugiés dans les églises. Pour une population d’environ 4,700 personnes, ça fait quand même beaucoup d’églises. Skopelos est aussi l’île où furent tournées certaines scènes du film Mama Mia. Après un arrêt dans le port de Skopelos et une visite de la ville, nous reprenons la route pour Alonissos en passant par la petite île de St-George.

En approchant Alonissos par le sud nous pouvons voir la vieille ville (ville des pirates) au sommet des montagnes. Entrés dans le port de Patitiri, deux autobus sont mis à notre disposition pour nous amener à la vieille ville, chose que je suis bien content d’avoir faite. Vous pourrez en juger vous-même par les photos. Barbarossa et Barbe rouge, pour n’en nommer que les deux plus connus, font partie des pirates ayant vécu sur Alonissos. Aujourd’hui la majeure partie de l’île est un parc maritime avec dauphins et phoques moine que je n’aurai pas eu le plaisir de rencontrer. Ensuite, retour vers Skiathos en passant par le Sud de Skopelos où il y a quand même plusieurs mouillages comparativement au Nord qui est pas mal moins accueillant.

21 juillet : visite de Skiathos en moto

Après avoir pris possession de ma moto, un arrêt à la station-service est nécessaire, car ne vous attendez pas à recevoir un véhicule avec le plein d’essence, impossible en Grèce, croyez-moi. Et là commence le viraillage : un chemin sans issue, un autre qui me ramène au point de départ, suivi d’une randonnée dans ce qui est rendu un sentier, mais finalement j’aurai fait le tour de l’île en visitant un monastère soit Evaggelistra, qui, même s’il avait des guénilles à l’entrée pour se couvrir (surtout les femmes), si on n’entre pas dans l’église, pas de problème. Et vous savez quoi? J’ai vu plus d’églises que tous mes cauchemars réunis auraient pu me faire imaginer! Ensuite vers le Kastro et quelle route encore dans les montagnes, ma moto avait parfois de la difficulté à se rendre en haut des côtes. Mais le pire fut la marche d’une heure au gros soleil, parce que moi, bon christ de gars, j’avais écouté le locateur qui disait : « En dehors des routes asphaltées vous ne devez pas aller ».  Mais tous y allaient, excepté MOI! Et après m’être rendu au bout de la route, j’ai abandonné l’idée de prendre le sentier pour le Kastro, car il me fallait retourner et en montant en plus.

Maintenant la côte sud de Skiathos et là aussi moins sauvage avec plein de plages qui n’ont rien à envier aux îles du Sud comme Cuba et autres, mis à part la tranquillité de certains endroits.

😉 Koukounaries (la grande plage) pour la nommer est une petite merveille.

Demain retour sur le continent cap vers Damoukhari.

Bonne journée

Serge

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Chronique du Capitaine 2017-07: Vathikelon, Orei, Skopelos, Alonissos

 

Vathikelon, jolie baie profonde mais protection complète, sur le continent est bien appréciée surtout après le brassage d’Arkitsa. Un méga yacht, le ‘Sunday’, 58 mètres avec sur sa hanche pour ne pas dire son mollet un cruiser d’environ 60 pieds. Un voilier est venu nous tenir compagnie en fin de journée, sinon le calme complet. Sur l’eau je veux dire, car sur terre une meute de chiens dans une grande cour grillagée aiment aboyer à m’écœurer aussitôt qu’une autre vie s’approche d’eux.

Après une bonne nuit de sommeil, me voilà à siroter un café et lire sur Orei qui sera mon prochain arrêt car je désire faire le plein de carburant avant de partir pour Skiathos dans les Sporades Nord. Donc Orei me voilà, joli petit port avec des origines datant de 4,000 AC, mais mise à part le bœuf de marbre récupéré de la mer par les pêcheurs, pas grand signe de cette vie antérieure. Le port offre une bonne protection, une plage et une rue face au port plein de restaurants, mais l’arrière-cours si on peut dire nous montre une ville pas trop en forme. Il y a un chantier maritime pas trop loin où on peut sortir le bateau de l’eau, ce qui est quand même bien.

Direction Skiathos (île des Miracles). Jolie ville, mais avec les vents de travers je ne parviens pas à m’amarrer au quai du port. C’est un bien pour un mal, comme on dit. Je serai à l’ancre donc beaucoup plus tranquille, pas de foule qui marche à quelques pas du bateau et t’examine de tous les bords, mais comme je me rendrai compte la première nuit, il y a un club pas loin qui fait tourner sa musique une partie de la nuit.

Je prends un billet pour une excursion guidée, une bonne journée demain qui me fera visiter Skopelos (l’île des Saints) ainsi qu’Alonissos (île des Pirates). Mais ce sera pour une autre chronique.

Bonne journée

Serge

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Femme de marin 2017-23: Les raisons pour lesquelles je ne traverserai pas

Je suis de retour de voyage où j’ai été en Grèce rejoindre mon Capitaine avec une amie, ma sœur spirituelle. On est mardi soir et je décide d’écrire à Lili, ma designer préférée. Extrait de notre conversation :

  • Et toi, mon idole, t’es rendue où dans ta folie????
  • Ah, t’es drôle! De quelle folie tu parles? Je savais pas que j’étais ton idole.
  • Ta traversée.
  • OMG! Ben, tu vas être déçue. J’ai pris la décision de ne pas y aller. L’idole prend une débarque, hein?
  • Yes, BRAVO!
  • Ahhh, je pensais que tu serais déçue!
  • INTELLIGENTE!!! Encore plus mon idole! Xxx

Jeudi, dîner avec une autre amie qui s’enquiert de mon voyage et qui me demande où en est rendu mon projet de traversée. Je lui explique les raisons de mon choix. Elle me répond que ça prend beaucoup de courage pour assumer une telle décision. Ben coudonc!!! Moi, qui me sentais mal à l’idée de revirer mon capot de bord, j’avais pas envisagé ça de même!

Les deux derniers jours passés en Grèce, nous avions navigué d’Athènes jusqu’au Cap Sounion parce que ma pote Guylaine voulait vivre l’expérience et que ça faisait l’affaire du Capitaine qui était coincé par le temps. On part et on navigue avec le Meltem collé au cul! Je passe 6 heures à être tétanisée sur mon siège. Pour parodier une publicité de Loto-Québec: Imaginez 6 semaines!!!!

Au retour de voyage, Guylaine couche chez moi avant de retourner à Québec. Le soir, elle me dit :

  • Pourquoi tu veux faire cette traversée? Je te connais depuis 25 ans et je t’ai toujours vue calme dans les moments de stress. Quand on a navigué, tu étais stressée et tu perdais tes repères pendant les 6 heures qu’a duré le périple. Suis pas sûre que tu vas « toffer » les semaines de traversée. Tu devrais te poser les vraies questions!

Ça m’a fait réfléchir. Je me suis rendue compte que j’étais pas prête pour ça et que je le serai probablement jamais. Sur le coup, j’ai paniqué. Parce que je sentais tout le poids de la décision que j’avais prise quand on était arrivés à destination. Parce que je sentais le poids de la déception que j’allais causer à tout le monde : le Capitaine, les amis de voile, celles et ceux qui me lisent, qui étaient fiers de ma décision de traverser, celles et ceux qui l’avaient fait et qui se disent : « Ne comprennent que ceux qui y sont ».

La vie étant ce qu’elle est, nous, pauvres petits pions, nous pensons parfois, bien plus souvent qu’autrement, que  nous la contrôlons alors que c’est tout le contraire. Elle se charge bien souvent de nous remettre les yeux en face des trous en nous mettant, sur notre chemin, des épreuves qui exigent que nous choisissions nos priorités et que nous laissions tomber certains objectifs qui ne sont pas nécessaires à notre développement. C’est ce qui est arrivé!

Il y a à peine un an, le cancer a emporté ma sœur aînée en à peine 2 mois et demi. À peine remise de cette immense peine, mon frère m’annonce par courriel, 3 jours après mon arrivée en Grèce, qu’il sera opéré pour une ablation d’un rein avec une masse grosse comme un ballon de football. Au moment où j’écris ces lignes, il se remet tranquillement de l’opération et on ne saura pas avant 2 mois de quoi il retourne concernant cette tumeur. Ma mère, qui souffre de la maladie d’Alzheimer, ne sait rien. C’est mieux ainsi. Tout ce beau monde habite Québec alors que je suis à Montréal et que j’ai maintenant la responsabilité des affaires de ma mère. Pour ajouter à tout ça, ma belle-mère est aux soins palliatifs. Je suis allée la voir ce soir et on a jasé de la vie, du sens de la vie, de son impression d’avoir fait son possible et de son ras-le-bol, de son envie indéfectible de partir au plus vite. Partie comme c’est là, j’en suis à me demander si je ne les enterrerai pas tous!

Et me voilà sur le voilier à essayer de me rappeler les manœuvres que j’avais faites pour la dernière fois il y a 4 ans. Je panique, je suis énervée, je sens que je n’ai pas l’énergie nécessaire pour tout faire et écouter clairement ce que le Capitaine me demande de faire, car on se rappelle : le Capitaine est seul maître à bord. Il s’énerve et je comprends malgré tout.  Je sens que je vais le décevoir, que je vais décevoir tout le monde. Et soudain, le hamster dans ma tête cesse de tourner. Il fait la grève et brandit une pancarte : « WOHHH, la folle, stop! Qu’est-ce que t’es en train de faire?».

J’ai 61 ans, la fatigue me gagne, j’ai encore et toujours la responsabilité de la famille sur les épaules, et je vais m’en rajouter? Tout ça pourquoi? Tu cours après quoi, la vieille? Possible que, comme dit une amie, je suis courageuse de prendre cette décision et de m’écouter… Mais je ne me sens pas de même. Je sens que la vie me bouffe et que je dois mettre mes priorités aux bonnes places. C’est que, voyez-vous, ma place est sûrement auprès des gens qui n’en peuvent plus, pas auprès de ceux qui n’en ont pas fini avec la vie. C’est de même, faut pas chercher plus loin.

Je sais, je pourrais rien n’écrire de tout ça pour me justifier. Mais c’est que, voyez-vous, j’ai déjà publié 2 articles pour une revue sur les raisons pour lesquelles j’allais traverser et je sais qu’il y a du monde, je ne sais pas qui, qui me lisent et qui ont hâte de connaître la suite. Alors, je leur dois bien ça. Ça me taraude depuis mon retour de Grèce, depuis que j’ai pris la décision de ne pas le faire. C’est juste une partie remise. En fait, je n’en sais rien. Peut-être que ce sera dans cette vie-ci, peut-être dans une autre. C’est pas important. Ce qui est important, c’est cette vie-ci. Ce que je vais en faire pour ce qu’il me reste de temps.

Faut dire aussi que ma discussion avec ma belle-mère aujourd’hui a aidé. Elle est très lucide face à ce qu’il l’attend : la mort. Elle n’a pas de regrets, malgré tout ce qu’elle a pu faire de pas correct dans sa vie. Elle en garde un souvenir positif, pour mourir en paix. Alors, en conduisant vers chez moi, je me suis demandée ce qui importait : plaire aux autres de peur qu’ils nous laissent, ou aller dans le sens de ses valeurs. Dois-je vous donner la réponse?

Alors, c’est comme ça : je ne traverserai pas. Pas parce que je suis « chicken », mais parce que ce n’est pas mon rêve présentement. C’est juste que je ne suis pas sur mon « X » si je le fais. Moi, ce qui me passionne présentement, c’est d’être un support pour les autres, de les aider à traverser des périodes difficiles, et d’être dans mon atelier en train de peindre. Le bonheur est simple. Suffit de s’arrêter et de se poser les bonnes questions!

Cap Sounion