Chronique du Capitaine 2019-15 : Pantelleria

Bonjour de Pantelleria,

Et voici Pantelleria, troisième île Italienne habitée au Sud de la Sicile que je visite. Elle se situe à mi-chemin avec la Tunisie, mais quand même plus au Nord que les deux autres, Lampedusa et Linosa que j’avais visitées en 2012. Celle-ci m’avait été recommandée par M. Pennimpede. Nick, tu peux dire à ton père que c’était une très bonne recommandation.

Il y a deux ports à Pantelleria, le vieux et le nouveau. Si jamais vous venez en bateau, prenez le vieux pour sa proximité avec la ville et sa propreté. Même si 60 euros c’est cher pour une nuit, ça en vaut l’arrêt. Pantelleria a maintenant une population de 7,000 personnes pour 40,000 à la fin de la dernière guerre.

Un peu rouleur avec une houle du Nord-Ouest, mais quand même très bien. Deuxième journée, location d’une auto pour faire le tour de l’île. Je m’étais fait dire que la route ne faisait pas le tour de l’île. Erreur elle le fait et elle est à faire, je vous recommande de le faire si vous en avez la chance. Ici pas de plage mais plusieurs endroits pour descendre à l’eau et se rafraîchir dans cette mer cristalline.

J’ai eu la chance de rencontrer un Finlandais qui vit maintenant dans le sud de la France et qui navigue en Méditerranée. J’ai pu lui demander quelques conseils sur la mer Baltique et plus spécifiquement la Finlande, chose qui ne devrait pas me nuire dans mes préparations à venir.

Ensuite départ pour La Tunisie, ville de Bizerte pour être plus exact. Une autre traversée de 105 milles nautiques sans vent. Nous avons quand même reçu un Mayday, un homme serait passé par-dessus bord et demandait de garder les yeux ouverts, mais nous ne pouvions pas aider, nous étions à plus de 150 milles passés le lieu. Bonne chance à cette personne et ça nous rappelle de demeurer aux aguets tout le temps.

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2019-14: Malte

Bonjour de Malte,

Et oui nous y voilà, la Grèce est finie pour moi, du moins avec Nomade, mais je doute y retourner. Comme j’ai déjà dit, manque de temps et manque d’argent…

Je prends quelques lignes pour vous donner mes impressions sur ce pays si riche en histoire, autrefois si célèbre avec ses légendes, ses Dieux, sa poésie, sa philosophie, ses jeux (olympiques), ses navigateurs et j’en passe. Pays à voir, à visiter, à étudier même. On me demande souvent où aller? Tout dépend de ce que nous cherchons, de ce que nous aimons, j’ai quand même visité 65 îles de ce pays toutes habitées mis à part deux de mémoire. La grande majorité est à voir, à terre. Plein d’endroits aussi à voir, les Météores, Athènes, Sparte, Delphes pour n’en nommer que quelques-unes. Donc ça vous tente? Allez-y.

Malte un autre bel endroit. J’y suis pour ma deuxième fois et je profite plus du temps pour faire des réparations et relaxer, mais j’aime toujours. En plus j’ai fait connaissance d’Angela, une connaissance de Benoît et avec qui nous sommes allés manger hier soir. Quelle personne merveilleuse et pleine d’énergie! Merci Angela!

Je suis retourné visiter le vieux Valetta et nous avons été manger à Il-Burgu et en avons profité pour visiter quelques méga-Yachts. Le lendemain, départ pour Blue Lagoon, plage de l’île de Comino. Plein de touristes mais je tenais à faire voir cet endroit à mes coéquipiers et nous offrir une baignade. Ensuite direction Pantelleria, qui ne fut pas de tout repos avec une vague de travers arrière qui a fait rouler le bateau toute la soirée et toute la nuit.

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2019-13 : Meganisi, Skorpios, Vlikho & Lefkas

Bonjour de Malte,

Partis de Kalamos, nous avons fait un petit détour par Port Leone sur cette même île. Village abandonné après un tremblement de terre en 1953, il ne reste plus que l’église que des dames viennent de façon régulière entretenir. Ensuite après avoir contourné l’île par le sud, direction Méganisi, île avec plusieurs mouillages intéressants surtout au nord, nous choisissons Kapali pour une baignade. Ensuite direction Skorpios, l’ancienne île des Onassis qui fut vendue à Dmitri Ryboloviev pour 100,000,000 livres sterling. Cette île avait été achetée par Onassis lui-même en 1962 pour 11,000 euros. Il est triste de voir tout ce qui a été fait pour éloigner les plaisanciers de l’île.

Ensuite direction Vlikho sur l’île de Lefkada, grande baie peu profonde avec beaucoup de voiliers. Joli endroit bien protégé mais dû au nombre impressionnant de bateaux à l’ancre, je ne la recommande pas pour la baignade. Avec le voilier Impulsion à l’épaule, nous passerons la soirée à jaser de tout et de rien. Une merveilleuse soirée en très bonne compagnie.

Le lendemain matin direction Lefkas d’où nous appareillerons pour Malte dimanche, le temps de faire quelques réparations, le plein de carburant, une dernière rencontre avec Mireille qui est arrivée ce matin pour son changement d’équipage. Lefkas est la ville principale de l’île de Lefkada avec beaucoup de bateaux. On pourrait dire que c’est un point tournant pour la navigation en mer Ionienne (nom donné à la mer Méditerranée côté Ouest de la Grèce) Plusieurs bases de location soit à Lefkas même ou aux alentours, au moins 4 endroits pour hiverner à sec tout près. Et en plus la ville a un certain charme.

Seul bémol à notre violon, il n’y a pas de vent ou si peu c’est quasi irréel! J’ai beau regarder la météo dans tous les sens il n’y a pas de vent et il n’y en n’a pas plus eu pour se rendre à Malte. Un peu plus de 7 heures de très petits vents oùnous avons pu faire de la voile sur un total de 70,6 heures de navigation pour se rendre à Malte. Par contre un trafic maritime assez dense, quelques dauphins qui ont tout simplement passé, quelques tortues qui semblaient avoir peur du bateau, et des moutons morts – photos à l’appui – entre 10 et 15 selon nos estimations. Selon notre expert maritime Benoît, ils auraient probablement été jetés par-dessus bord d’un bateau transportant du bétail vivant et qui ne voulait pas arriver à destination avec des bêtes mortes. C’est notre hypothèse, nous en avons aucune preuve, mais admettons qu’il n’y a pas beaucoup d’explications logiques pour ces moutons sur notre trajet en pleine mer.

Nous demeurons ici pour les trois prochaines nuits avant de partir pour l’île Italienne de Pantelleria.

À bientôt

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

Femme de marin 2019-06: Le temps est venu…

Un jour je parlerai de cet amour dont je n’ai jamais douté, pas une seconde douté, et je montrerai comme il m’a délivré de tout et de lui-même d’abord, comment depuis il m’accompagne, léger, léger, léger. (Christian Bobin)

J’ai le cœur gros. J’ai dû prendre une décision pour mon bien-être avant tout.

C’est un mélange de peine et de joie en même temps. C’est un sentiment étrange avec des free games dans les émotions. Des hauts et des bas, des moments de joie et de tristesse qui se côtoient.

Chère amie, je t’ai serrée dans mes bras pendant que tu déballais des mots au travers tes larmes. Moi, mes larmes, elles étaient intérieures. Rien ne sortait sur le coup, mais j’avais aussi le cœur fissuré en mille miettes. Notre force a toujours été de pouvoir nous asseoir en face et de se parler franchement. On s’est dit, pour la xième fois, qu’on s’aimait.

En ce moment, je suis assise devant mon écran et je braille comme un veau qui doit se séparer de sa mère. J’ai vécu 2 années formidables à tes côtés. Sylvie, tu m’as tellement appris sur moi-même et sur ma fibre artistique! Chacun de tes ateliers a été un enseignement. Tu as fait émerger de moi des choses qui dormaient profondément et pour cela, je t’en serai toujours reconnaissante!

Le hic c’est que ça ne vient pas de toi mais de moi, de l’âge que j’ai, du temps qui passe à si vive allure, de la conscience du temps qui passe. Ah… si seulement je t’avais rencontrée il y a 15 ans! On a fait un duo d’enfer quand même!

La décision s’est prise officiellement aujourd’hui. Je vais terminer l’année avec la galerie l’ARTiste à titre d’associée et, par la suite, je vais demeurer collaboratrice régulière et membre VIP.

L’amitié est peut-être cet espace qui nous permet de nous transformer sans nous brûler complètement (Jean-François Vézina).

Sylvie, tu m’as donné le plus beau cadeau qui soit : qu’il faut suivre son cœur malgré les aléas de la vie. Si parfois, il arrive des jours où tu te questionnes, repense à ça, au cadeau que tu m’as fait et qui tente maintenant de voguer sur son navire. Repense à la mission que tu t’es donnée et qui a atteint sa cible. Quant à moi, je n’ai aucune idée si la mer sera agitée par moments. J’imagine que oui, par contre, car la vie, malgré nos attentes, est tout sauf un long fleuve tranquille!

Sylvie, tu m’as donné une place auprès de ton « enfant », la galerie, mais c’est le tien et ce serait vanité de ma part de me l’approprier. Je dois maintenant réaliser mes projets, fermer la boucle sur d’anciens que j’avais abandonnés pour toutes sortes de raisons, plus ou moins bonnes. Plus le temps passe et moins il m’en reste. Je sais que tu comprends.

Mais même si je vogue auprès de mon Capitaine, même si je tente de terminer un livre et de monter une conférence sur le processus créatif, ta place ne sera jamais prise, quoi qu’il advienne! Ces 2 années passées près de toi m’ont permis de poursuivre ma route et c’est à toi que je le dois.

Tu ne m’as pas mise au monde, mais tu m’as fait grandir.

« Nous étions, toi et moi, les meilleurs amis qui aient jamais existé. » On ne saurait le dire de façon plus touchante et plus belle. (Liv Ullmann).

Sylvie, tu es une « mère veilleuse »!

Mado

Femme de marin 2019-05: Bonne fête à un père créatif!

C’était l’hiver lorsque tu es devenu père. Même si tu trouvais que tous les bébés étaient laids, tu as dû ressentir une certaine fierté la première fois que tu l’as tenu dans tes bras. Et tu es reparti voguer sur d’autres eaux parce que c’était ton métier, ta profession, ton projet de vie.

Et puis, un jour, quelques mois plus tard, tu t’es retrouvé seul avec cet enfant dont tu devais t’occuper. Tu ne t’es pas questionné longtemps, tu ne t’es pas trituré les boyaux et les méninges. Tu as pris ton fils dans tes bras en tournant la page sur une carrière navale que tu avais planifiée depuis la tendre enfance. Tu es parti te coucher, tu avais fermé le tiroir pour en ouvrir un autre, et lorsque tu t’es réveillé le lendemain matin, tu lui as souri en lui servant ses céréales. C’était aussi simple que ça, un autre chapitre de ta vie commençait.Comme je te connais, ça a dû se passer un comme ça, à peu de choses près. Tu as réinventé ta vie, tu as réécrit ta route et tu as fait preuve de créativité quotidiennement pour t’adapter à ce rôle que peu de pères occupaient à l’époque. Tu as pris tes responsabilités parce que tu l’aimais.

Un de mes anciens professeurs à l’université disait : « Ce n’est pas parce qu’on comprend, qu’on prend! ». Tu n’as pas perdu ton temps à te questionner, tu as pris le rôle qui te revenait, un point c’est tout. Tu savais déjà que lorsqu’on navigue sur une mer, on doit ouvrir les bras et accueillir toutes ses humeurs, quoi qu’il arrive, et s’adapter. Tu as toujours été un bon soldat, ça je le sais. Mais cette fois-ci, ce n’était pas tant le devoir qui t’appelait que l’amour d’un père.

Malgré tes crises épisodiques de « la-la », tu m’as appris la tempérance, la patience, l’engagement, l’action, la vie, quoi!

En cette journée de fêtes des pères, voilà que je décide que d’autres « mères » m’appellent. Il y a eu tant de mères qui m’ont entourée depuis des années : Guylaine, Christine, Claudine, Sylvie, et tous les artistes qui m’ont accompagnée et encouragée.

Mais cette journée des pères, elle t’appartient. Ta créativité est différente, tu n’as eu de cesse de recréer ta vie continuellement et ça m’a toujours inspirée. Mission accomplie, mon amour! Bonne fête des pères.

Mado

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Femme de marin 2019-04: Vous aurez beau garder l’enfant d’un autre, ça ne fera pas de vous une mère!

J’ai la mâchoire bloquée.

Je suis dans le bureau de ma formidable ostéopathe. C’est mon 3e traitement. Les choses s’améliorent mais l’affaire n’est pas encore ketchup! Lors du premier traitement, elle m’avait dit que j’étais tellement crispée dans ma tête qu’il fallait que ça descende au niveau du ventre. Elle ne savait pas ce que je vivais. Elle m’avait simplement demandé si j’étais stressée. J’ai éclaté de rire en lui disant non. C’était sarcastique. J’ai juste répondu que je devais prendre des décisions. Elle m’a dit que je n’avais qu’à les prendre lorsque je les sentirais au lieu de les raisonner.

Je suis repartie complètement démantibulée. C’est comme si un camion m’avait frappée en pleine gueule. J’ai passé la journée effoirée dans mon fauteuil, le pot d’Advil sur la table, tous les muscles et les articulations du visage en berne. J’ai été en shot down pour les 2 jours qui ont suivi. Puis, j’ai remonté la pente en mangeant du mou. J’ai pas oublié ce qu’elle m’a dit. Depuis, le travail se fait autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Ce matin, j’arrive à son bureau et plutôt que de commencer par le traitement, on jase un peu. Je lui parle des rencontres et des réflexions que j’ai faites depuis la dernière fois qu’on s’est vues. Il y en a un qui m’a raconté les histoires que l’acquisition d’une de mes toiles a générées parmi les personnages qu’il a accumulés durant toute sa vie. Il y a aussi une amie dont le conjoint a possiblement un cancer. Et une autre qui est déjà à une croisée des chemins sur ce qu’elle veut vraiment après juste un an qu’elle se soit lancée en affaires. Il y a tous les gens que j’ai rencontrés lors de la fête de ma retraite et qui m’envient de faire ce que je veux quand je le veux (maudit, qu’on paraît bien de l’extérieur)! Il y a la maison et la galerie qui me grugent de l’énergie. Il y a les photos paradisiaques de la Grèce que m’envoie mon conjoint et qui me font me demander pourquoi je suis en train de ramer à contre-courant alors que je devrais être auprès de lui en train de naviguer et me la couler douce, de me bourrer la face de sa présence et de tous ces beaux paysages, à me laisser inspirer par eux au travers mes toiles avant de disparaître. Il y a toutes ces petites choses du quotidien que je me mets sur les épaules et qui me font grimacer la plupart du temps. Il y a toutes ces décisions que je prends à contrecœur. Il y a toutes ces fois où je fais plaisir aux autres plutôt que m’écouter et me respecter.

Je confie à mon ostéopathe que depuis qu’elle m’a dit qu’il fallait que ça descende, je n’arrive pas à le faire. Elle me répond avec un beau sourire que depuis une demi-heure qu’elle m’écoute, je n’ai fait qu’apporter des réponses à mes questions. Pour elle, tout est clair et je me rends soudain compte pour la première fois que j’ai MES réponses. Elle me demande pourquoi je ne mets pas en action mes décisions. Je me rends compte que ce ne sont pas tant les décisions qui sont difficiles que les conséquences qu’elles apportent : décevoir les autres, le jugement des autres, alors qu’en aucun temps je suis obligée de me justifier. C’est ma vie, après tout!

Je lui réponds que, généralement, j’attends d’avoir un plan B avant de fermer la porte au plan A. Elle rétorque que le contraire n’est pas désastreux. Dit de même, ça peut parfois ouvrir des portes qu’on croyait fermées à double tour.

Mes préoccupations m’éloignent de ma créativité. J’ai envie de terminer mon livre sur le processus créatif, de finaliser ma conférence, de peindre comme bon me semble. Et malgré tout cela, je n’ai aucune idée de l’aboutissement de ces projets.

Mais tout est bloqué, comme ma mâchoire. Je serre trop les dents. Rien ne me nourrit et je ne me sens pas épanouie dans ce que je fais. Tout va à l’encontre de mon désir de ralentir, d’adopter un rythme qui me respecte. Je tire partout et j’appelle cela la cible. Je me perds de vue alors que je mets tout le monde dans ma mire, sauf moi, ou si peu… Comme une neurasthénie (état durable d’abattement accompagné de tristesse) que je combats sans cesse en me bottant le cul et m’infligeant des tâches qui ne me satisfont pas mais qui m’occupe ailleurs. On pourrait dire ça de même…

Pour imager la patente, on pourrait dire que je m’occupe des enfants des autres, plutôt que du mien, ce qui ne fait pas de moi une mère pour autant, tant que je ne m’occuperai pas de « mon enfant intérieur».

J’entends déjà les commentaires des gens : « Ouin…, mais c’est quoi le rapport avec l’art? ».

Bien, je vais vous répondre :

1- Peut-être pas grand-chose à prime abord parce que je ne suis pas dans la peau des autres pour définir à leur place ce que l’art veut dire pour eux.

2- Par contre, je sais que l’art, ou peu importe l’activité que l’on fait, doit être quelque chose qui nous nourrit et nous épanouit. Je prends pour exemple mon conjoint qui, bien qu’à la retraite, ne compte plus les heures hebdomadaires qu’il met dans la préparation de sa navigation et des cours qu’il donne. Et quand il fait ça, il est heureux et il ne passe pas son temps à me faire chier. Moi, je me surprends à compter encore mes heures bien souvent et j’en fais damner une couple. Je suis chiante mais je me soigne…

J’en arrive à un constat où ma créativité se retrouve bloquée et ça m’inquiète. Je sais, dans mes nombreux articles, j’ai écrit comment la créativité n’était pas un long fleuve tranquille et linéaire. Mais quand le manque de créativité s’étire sur une longue période et, qu’en plus, ça commence à vous faire suer, c’est peut-être le signe que les choix qu’on a faits ne correspondent plus à la place où vous devez être, ce que j’appelle « être sur son X ». Je dirais que présentement je suis partout, sur mon W, Y, Z, mais pas sur mon X, ça c’est sûr!

Work in progress….

Mado

Chronique du Capitaine 2019-12 : Mesolongion, Petalas, Kastos & Kalamos

Bonjour de Kalamos,

Que le temps passe vite, mais que de jolis endroits! La Grèce demeurera un très bel endroit autant à visiter qu’à naviguer. Donc Mesolongion :  après avoir passé un canal de 2,5 milles une jolie baie s’ouvre à nous, endroit bien protégé avec quelques bars sans plus. Mais si on fouille un peu on découvre la ville et ses rues piétonnières qui sont multiples et très bien aménagées. Après avoir fait les formalités policières (au moins 8 policiers et autant de photocopies sans oublier les questions…comme « Vous avez vos papiers d’assurances? », et moi des réponses comme : Vous devez vouloir parler du papier que vous tenez dans la main gauche écrit en anglais et en Grec? »). Somme toute, un bel arrêt.

Le lendemain direction Nisis (île) Petalas : jolie baie où plusieurs bateaux y sont déjà à l’ancre. Nous déciderons d’y passer la nuit avec baignade dans 25 Celsius et une petite brise qui rendra le sommeil plutôt plaisant.

Après avoir déjeuné, direction l’île de Kastos sur une mer d’huile. En route nous rencontrons un bateau moteur de 24 mètres filant à plus de 33 nœuds. Il a dû dépenser en carburant plusieurs fois ma dépense en carburant pour ma saison, mais c’était quand même beau à voir. À Kastos je fais demi-tour dans le port, direction l’île de Kalamos où nous décidons de nous y arrêter pour la nuit. Nous sommes reçus par George, propriétaire du restaurant du même nom au début du port. Un homme efficace et avenant. C’est à son restaurant que nous irons manger et même prendre nos douches pour 2,50 euros chacun.

Et en boni je rencontre Mireille sur Impulsions. Mireille de Marseille que je devais supposé revoir à Lefkas et avec qui j’avais fait connaissance dans le port de pêche de Bizerte en Tunisie en 2012. De bien plaisantes retrouvailles avec son équipage du moment Tosca, Françoise et Emanuel.

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2019-11 :  Itéa, Delphie, Trizonia & Navpaktos

Bonjour de Mesolongion,

Départ du port de Corinthe à 06H00, nous avions 39 milles à faire et il y avait possibilité d’un bon petit vent de face. Donc en partant tôt on se donnait quelques heures avant que la brise se lève, ce qui fait que 7h30 plus tard on accoste à Itéa. Cinq Euros pour l’électricité pour je ne sais combien de jours et le quai est gratuit ainsi que l’eau. Petite ville tranquille, Benoît et Marc en ont profité pour aller visiter Delphie qui était considérée le centre du monde à un certain temps, rien de moins. Et la vue est splendide, je le confirme.

Pour ma part, ayant déjà visité ce très bel endroit, j’ai demeuré au bateau pour faire de l’entretien, sablage, vernissage.

Ce matin direction Trizonia, la seule île habitée du golfe de Corinthe. Jolie petite île, mais les installations portuaires manquent d’amour. Pas moins de trois bateaux par le fond, sans compter de nombreux bateaux abandonnés par leurs mauvais états. C’est vraiment triste à voir, vraiment triste!

C’est quand même joli comme endroit et j’ai eu la chance de parler à des Hollandais et leur demander des conseils pour l’an prochain, car pour ceux que ne savent pas, je vais me rendre aux Pays-Bas par les canaux, en commençant par la France, la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Le lendemain direction Navpaktos, avec son impressionnante forteresse que j’ai visitée du niveau de la mer jusqu’en haut et cela m’a coûté beaucoup de sueur! 😉. En fin d’après-midi en retournant au bateau, j’étais seul au quai car les autres avaient décidé d’aller s’ancrer car le mouillage était très rouleur. Surprise : une amarre s’est brisée. Je retourne chercher mes équipiers et après consultation nous allons nous ancrer et pour la nuit. C’est avec regret que nous quittons ce bel endroit et direction Mesolongion en passant par le pont de Rhion que je trouve très joli.

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chronique du Capitaine 2019-10 : Corinthe

Bonjour de Corinthe,

Après un départ tôt d’Épidaure pour le canal de Corinthe, nous le faisons au moteur, au début pas de vent ensuite dans le nez. À un mille de l’entrée du canal, j’appelle les autorités. Ils prennent note de ma requête et me disent environ 35 minutes avant de pouvoir accoster pour les formalités. En tout environ 1 heure avant que l’entrée du canal s’ouvre pour nous, dans les faits le pont descend sous l’eau pour nous laisser passer. Nous serons 5 voiliers pour le passage.

Tout se passe bien et j’admets qu’il est assez impressionnant ce canal de 3,2 milles de long avec ses falaises atteignant 79 mètres de haut et large de 25 mètres. Une fois passé, direction le port de Corinthe avant la traversée pour Itéa.

Il faut savoir qu’il y a 2,600 ans on pensait déjà à creuser ce canal qui permet d’éviter de contourner la Péloponnèse, un détour d’environ 300 milles. Néron fut le premier à commencer le creusage du Canal en se servant de plus de 6,000 juifs, mais il a dû interrompre les travaux à cause de l’insurrection des Gaulois. Le présent canal fut débuté par les Français et complété par les Grecs en 1893.

Au port de Corinthe c’est plutôt tranquille, mais c’est triste de voir un voilier gisant au fond du port. Il est là depuis déjà quelques années selon moi.

De là j’imagine que mes équipiers iront visiter Delphes pendant que je ferai probablement un peu d’entretien sur Nomade.

Là-dessus, bonne journée

Serge

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Femme de marin 2019-03: Rénover son intérieur par l’extérieur…

C’est une vieille maison dont on ne connaît pas exactement la date exacte de construction. C’est un genre de PMQ (Private Married Quarters) dans laquelle les militaires restaient avec leurs familles, à l’intérieur ou proches des bases militaires. Ça ressemble à ça, à peu de choses près.

C’est un quartier fortement industrialisé qui regroupe de vastes installations de raffinage de pétrole (aujourd’hui fermées),  d’usines chimiques et une carrière. Ya rien pour écrire à la belle-mère, comme on dit! J’avais jamais pensé y vivre. Moi, j’étais plutôt du genre à rester sur le Plateau. J’avais un tout petit 4 ½ mais j’y étais à l’aise et confortable. C’est à ce moment-là que j’ai connu le Capitaine.

Le premier soir, il m’a amenée chez lui. Un trajet long, interminable. Quand j’ai vu le paysage des raffineries se poindre à l’horizon, je me suis dit : « Dans quel trou il m’amène? ». Je me rappellerai toujours la première fois que j’ai pénétré dans la maison : des murs en lattes de bois, du tapis partout même dans la salle de bain (le tapis montait jusqu’au bord du bain), de la tapisserie bien collée, des armoires turquoise foncé dans la cuisine dont aucune n’avait la même largeur, des murs « bleu banneau » dans le sous-sol, et pour le reste des pièces en bas du tapis polyester où séjournait un atelier sur le béton craquelé et des plafonds qui dévoilaient la charpente. C’était à brailler toutes les larmes de son corps! Mais c’était une « maison de gars » qui avait rénové l’essentiel lors de l’achat et qui ne savait pas distinguer les couleurs. La décoration, très peu pour lui, du moment qu’il avait un toit pour lui et son fils. Le Capitaine était du genre à dire, après avoir regardé l’avant-après de  « Décore ta vie » : « C’était ben correct avant », alors que c’était à chier!

Quand, quelques mois plus tard, il m’a proposé de venir vivre avec lui, j’ai eu une petite hésitation, soit celle d’abandonner mon confort douillet sur le Plateau pour aller vivre dans une cambuse! J’ai dit : « Ok, mais il y a une condition : on va rénover un peu ». J’ai dit « un peu » en ayant en tête qu’à chaque saison on allait rénover une pièce. Ce qu’on a fait.

Puis, les années ont passé (15 ans, en fait) et je suis toujours là. La maison croche, comme je l’appelle, avait besoin de plus d’amour. Il y a 4 ans, on a donné une go  dans l’entièreté de la maison : tous les planchers et les plafonds ont été « chimés ». On a défoncé un mur pour faire une salle à manger. On a descendu la pièce de la bibliothèque pour en faire une salle de séjour au sous-sol. On a transféré l’atelier du Capitaine dans la pièce du fond en bas, et construit un atelier d’artiste pour moi. On a refait les murs du salon et rénové les 2 salles de bains.  L’affaire était ketchup!

Cette année, j’ai rejoint le Capitaine dans l’épisode de vie qu’on appelle « retraite ». Toute une drop de salaire, mais en compensation la joie de vivre enfin selon mon rythme et mes aspirations artistiques. Mais, comble de malheur, c’est l’année où les fourmis charpentières ont décidé de revenir visiter la maison. Pendant que le Capitaine s’évapore quelque part du côté de la Grèce, j’ai des colocataires indésirables.  Moi pis les bibittes, c’est 2!! J’exagère pas en disant que j’en fais une maladie! L’exterminateur a tout contrôlé mais comme il dit si bien:  le problème n’est pas tant les fourmis que celui qu’elles annoncent. Il faut refaire le revêtement extérieur de la maison. De toute façon, on était dûs. C’est çà les vieilles maisons : souvent, elles ont été construites par des propriétaires qui ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient, n’importe comment sans se soucier de l’avenir.

Donc, c’est le temps de prendre le taureau par les cornes et de donner autant d’amour à l’extérieur qu’on en a donné à l’intérieur, car un jour il faudra bien la vendre, cette maison. Mais pour l’instant, je suis en plein dans les soumissions des entrepreneurs. Moi qui croyais avoir un été tranquille…

Je suis dans la décennie qu’on appelle le « bel âge »… Fuck you!!! C’est supposé être le temps de la sérénité, la fin des conventions sociales et des responsabilités. Bon, faut croire que ce sera jamais ça pour moi. Je continue ma vie comme je l’ai vécue. Même si parfois j’ai envie de la vendre, je dois avouer que j’ai surtout envie de garder mon autonomie et ma liberté le plus longtemps possible dans les 4 murs de cette maison. C’est comme n’importe quoi : faut y mettre le prix.

Un chantier ça se paie : que ce soit du point de vue matériel ou spirituel, il y a des priorités. Assumons!

Mado