Femme de marin 2020-04: De quoi était fait votre dernière année?

Avril 2019 : Je viens de prendre ma retraite et je suis associée à une galerie d’art depuis un an. Je travaille autant, sinon plus, que lorsque j’étais active professionnellement. La galerie m’occupe 7 jours sur 7, même lorsque je n’y suis pas physiquement (i.e. les textos, les courriels, les tâches, etc.). Il m’arrive de me sentir exténuée, de ne plus être capable de poursuivre le même rythme qu’avant. J’étouffe un peu, beaucoup…

Mai 2019 : Je prépare mes toiles pour l’exposition Artistes de cœur qui aura lieu en novembre. Comme à chaque exposition, depuis 5 ans, je doute. (sur moi, mon talent, mes compétences à titre d’artiste, sur ma place dans l’organisation et en ce monde… sur n’importe quoi qu’on peut s’imaginer…., la CATA…).  Je me demande si ce que je produis plaira au public. Je me couche tard, ma créativité étant à son meilleur en fin de soirée. De toute façon, j’ai plus rien qui me retient le lendemain, alors….

Juin 2019 : Mon Capitaine est parti pour ses 4 mois annuels en Europe. J’occupe la maison à moi seule. Je savoure… « As usuel », je vogue entre être bien avec moi-même et m’ennuyer de mon Capitaine, je prépare mon voyage en France avec ma pote Claudine en août.

Juillet 2019 : Je réfléchis depuis quelques temps à l’idée de m’évaporer ailleurs qu’à la galerie. J’ai d’autres projets qui me parlent et m’interpellent plus que ce qui me retient à la galerie. L’idée globale est que la vie est trop courte et que je ne pourrai pas réaliser tout ce qui me trotte dans la tête. Il me faut donc faire des choix, déchirants pour certains mais faciles pour d’autres.

Août 2019 : Je me dissocie de la galerie d’art, je pars avec ma pote Claudine à Paris pour une semaine de « décrochage ». C’est le rêve, je décroche, je suis sur mon X. À mon retour, j’accueille le Capitaine qui revient au bercail pour la 12e année. Je suis heureuse. Il est là, je me colle contre lui, la nuit venue. Je dors et je ronfle comme c’est pas possible. Je me sens en sécurité.

Septembre 2019 : Je prépare les travaux pour le revêtement extérieur de la maison. Les journées sont exténuantes mais pleines de promesses. Je magasine, je compare, je jauge, j’écoute les conseils de ceux qui ont de l’expérience, pis en fin de compte, je fais à ma tête (bien, à moitié!!!).

Octobre 2019 : Nous débutons les travaux du revêtement extérieur de la maison. Je passe mon temps à élaborer des menus et faire des allers-retours chez Patrick Morin! Je m’achète des bottes de travail de « Pilote et filles » et je savoure le simple moment de les chausser comme lorsqu’on embarque dans des pantoufles! Ma fille fête son premier anniversaire de mariage avec un gars formidable. Pour moi, à 63 ans, c’est pas trop tôt de ne plus m’inquiéter!!

Novembre 2019 : Depuis un mois, je passe mon temps à grimper dans les échafauds à l’extérieur de la maison, de vaincre ma peur des hauteurs et la préparation de repas pour nos amis qui supervisent les travaux et viennent nous aider les fins de semaine. L’Exposition Artistes de cœur a lieu. J’expose mais mon cœur n’y est pas, mon corps étant occupé à vaincre mon vertige lorsque je grimpe en hauteur et le bonheur de voir enfin les rénovations de la maison achevées. Je me fous pas mal de vendre mes toiles ou pas. Je suis ailleurs. Je pars fumer avec ma pote Lise durant les « gardes » et on parle de nos avenirs avec un brin d’ironie.

Décembre 2019 : Mon Capitaine m’annonce qu’il songe à ne plus donner de cours de navigation. Je réfléchis sur le fait que lorsque je l’ai connu, je lui avais dit que lorsque je serais à la retraite et que plus rien ne me retiendrait à Montréal, j’aimerais revenir à mon point d’origine, soit la ville de Québec.

Janvier 2020 : Mon Capitaine met son plan à exécution. Je lui remets en mémoire mon désir de revenir à Québec car, désormais, plus rien ne nous oblige à vive à Montréal. Le Capitaine acquiesce.

Février 2020 : Nous contactons notre courtière immobilière pour lui demander s’il serait mieux de mettre la maison en vente avant ou après notre départ en Europe en mai. Elle nous répond que le marché est pour les vendeurs présentement et qu’il serait mieux de s’essayer. Nous osons et mettons la maison en vente.

Mars 2020 : La maison est vendue et l’acheteuse nous demande si on peut la libérer pour le 1er avril. On fait des boîtes! Une visite chez ma mère à sa résidence pour personnes semi-autonomes me convint de rester au Québec car il m’apparaît que sa santé se dégrade (elle va avoir 90 ans). On fait des boîtes!  Je décide donc de ne pas partir, mais par la suite, la pandémie devient mondiale. Mon Capitaine ne peut plus partir à la date prévue en Europe. On fait des boîtes!  Suite à l’annonce du premier ministre du Québec de fermer les entreprises et de mettre le Québec sur pause, nous devançons notre déménagement d’une semaine de peur d’être coincés à Montréal. On finalise les boîtes la veille du déménagement.

Le lendemain du déménagement, l’endroit où nous devions rester n’est plus possible pour toutes sortes de raisons. Mon Capitaine (comme à son habitude) trouve une solution et nous partons à la Malbaie.

Oh… j’avais oublié : le 9 mars, je  fête mes 64 ans et je me sens intérieurement comme si j’avais toujours 30 ans, mais extérieurement, lorsque je me regarde dans un miroir le matin, c’est autre chose!! Bof… pas important, c’est la vie!

Avril 2020 : Nous sommes à la Malbaie depuis 6 semaines et nous y sommes très heureux même si nous sommes un peu comme des SDF (sans domicile fixe), en attendant d’intégrer notre nouvelle maison en juillet.  Nous jasons régulièrement avec nos vendeurs qui deviendront sûrement des amis après la vente.

La pandémie nous aura permis de reprendre notre souffle, de récupérer du stress des derniers mois et de prendre conscience qu’on est dans une position privilégiée.

Je profite de la vie, du temps qui passe, que, malgré le manque de créativité et de matériel pour créer pour l’artiste que je suis, j’avais besoin de ce temps d’arrêt pour décider du temps qu’il me reste sur cette Terre. Bonne est la vie!!!! Pour parioder Boucar Diouf, je me demande à quoi ça sert un être humain?? Je suis pas plus avancée sur ma place en ce monde, sur la réponse à cette question, mais la pandémie me sert à moins m’angoisser sur cette question, à me dire que, pour le temps qu’il me reste, je le veux de qualité à faire ce qui me plaît.

MORALE : Chaque décision, prise indépendamment, semble insignifiante mais somme toute, cela aboutit à une décision de vie qui prend une direction toute autre. Au bout du compte, c’est pas une si mauvaise place que ça!!! No complaint, just let go!!!!

Mado:-)

Une réflexion au sujet de « Femme de marin 2020-04: De quoi était fait votre dernière année? »

  1. Te lire me fais toujours du bien!!!
    Nous autres aussi nous nous trouvons chanceux d’être dans un bel environnement dans ce temps de pandémie.
    Le seul hic, c’est que l’on ne peut pas aider les gens qui sont au front étant donné notre âge.
    La seule façon de les aider est de rester chez nous et d’éviter de l’attraper!!!
    Grosses bises à vous deux xxx
    Lise et Jean-Claude🌈😍

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