Chronique du Capitaine 2019-16 : Tunisie-Algérie

Bonjour des Baléares,

Comment écrire cette chronique? Mes équipiers Benoît et Marc, découvrent la Tunisie et le vivent très différemment que moi. Donc même si mes textes ne représentent que mes opinions, je tenais à le préciser encore plus clairement.

La Tunisie est un beau pays avec la mer au Nord et à l’Est, le désert au Sud et les montagnes à l’Ouest et comme voisin l’Algérie avec un potentiel énorme. La Tunisie qui a eu la malchance de vivre sous une dictature pendant trop longtemps, a dû vivre  le ‘Printemps Arabe’ vous vous souvenez? Ce soulèvement populaire a fait  suite à ce pauvre Tunisien qui se faisait harceler par la police parce qu’il essayait de faire vivre sa famille dans la rue. Il  avait fini par s’immoler n’en pouvant plus. Le président Tunisien dont j’oublie le nom avait dû fuir en Égypte, ensuite en Arabie Saoudite. À ce moment, tous les espoirs étaient permis. Les touristes venaient déjà pour leurs plages. En plus de l’arabe, le français était courant et beaucoup de Tunisiens parlaient l’anglais, l’éducation était de bonne qualité, des élections libres se préparaient et la religion s’en ait mêlée et certains fanatiques en ont profité pour faire quelques attentats, dont celui sur la plage de Sousse où une personne seule armée d’un AK47 de mémoire est arrivée sur la plage et avait tué je ne me rappelle plus combien de touristes. Vous imaginez la suite : les touristes ont fui le pays, le chômage a augmenté et le pays peine à s’en sortir et aussitôt que les choses semblent vouloir s’améliorer, un autre attentat, pas aussi dévastateur mais qui fait quand même les manchettes, dit aux touristes quelque chose comme : « on ne veut pas de vous ici ».

Je ne sais pas si je me trompe ou pas mais j’ai eu la nette impression que moins de jeunes comprenaient le français. Dans la presse locale lors de notre arrivée, on pouvait lire que certains trains ne roulaient plus faute de carburant. Pour un pays à côté de l’Algérie et la Lybie, qui sont de gros producteurs de pétrole, c’est spécial!  La Lybie vit ces problèmes mais quand même. Le lendemain, deux attentats à Tunis où des policiers sont visés par des kamikazes, le président est ensuite annoncé mort puis c’est démenti en disant qu’il était tout simplement entré à l’hôpital. À Bizerte où nous étions, il était supposé avoir un festival de musique. Ils avaient même commencé à monter le « stage » puis tout a été arrêté et éventuellement démonté. Une manifestation dans le souk s’est terminée par la police arrêtant des manifestants et où même Benoît qui était sur place,  avait eu le malheur de prendre des photos. Il s’est vue questionné, obligé de s’identifier et d’effacer les photos qu’ils avaient pris, un policier vérifiant même sur sa caméra que le tout avait bien été effacé. Une attaque à un poste de communication a aussi été repoussée par les militaires.

La police est omniprésente et parfois peu respectueuse des gens et cela n’aide certainement pas le climat dans son ensemble. En mer, nous nous sommes faits demander de nous identifier par trois fois. En arrivant à Bizerte, trois corps d’officiels sont venus me poser des questions, prendre nos papiers, ont fait des photocopies et nous les a ramenés avant de pouvoir aller faire les formalités à la marina qui n’est pas du tout à la hauteur des attentes créées en regardant son site internet. Tous les crochets dans les toilettes/douches sont brisés et leur réaction lorsque je les ai rapportés a été un haussement d’épaule en voulant dire : « eh oui, c’est ainsi »!  L’accès à internet est hors de ce monde, cher et de très courte durée à la fois. Comparativement, Tabarka d’où nous avons quitté la Tunisie, est un petit port de pêche et bien plus sympathique malgré un manque de services.

À Tabarka, port de pêche près de la frontière algérienne, on nous trouve une place à l’épaule d’un voilier en acier qui nous permet de partager leur eau et électricité. Tabarka, petite ville qui semble bien plaisante si ce n’est ses fonctionnaires, eh oui les douaniers, il demeure que la police des frontières, la garde nationale, m’ont fait chier royalement. Cinq heures de paperasses, d’attentes, d’arguments, en  partie dû à un supposé règlement où ils ne peuvent nous donner de diesel dans des bidons. Nous avions 374 milles nautiques à faire et une météo qui annonçait encore peu de vents et moi, je voulais mettre toutes les chances de mon bord. Rien à faire, j’ai même eu l’argument d’un brillant policier des frontières que si le réservoir du bateau ne contenait que 100 litres, c’est que le bateau ne peut pas en avoir plus…

En fin de compte, je me suis exaspéré et me suis dit : « Qu’ils aillent au diable, ils méritent le pays qu’ils ont! ». Mais là on continuait à me poser des questions jusqu’à ce que je leur dise : « Je ne réponds plus à vos questions, je veux les passeports et je quitte! ». Mais non, ils continuaient à me parler, me questionner jusqu’à ce que je leur dise : « Je veux appeler mon ambassade, car vous ne voulez pas me donner nos passeports! », Et là on me les donne finalement, mais sans diesel.

Nous quittons direction Algérie, même si nous n’avons pas de visas, on verra bien comment ça se passe. Dix-sept milles plus loin, on entre dans le port de pêche d’El Kala. Nous sommes reçus par différents hommes en uniforme dont un militaire en uniforme. Une fois amarrés, on nous dit que nous devons aller au port commercial, même pas le droit d’aller à terre excepté pour Benoît qui se fait dire de revenir au bateau immédiatement.

On lâche les amarres direction port commercial. Encore plus d’officiels pour un total d’environ une vingtaine en tout mais près de dix sur place à un moment donné. Beaucoup de paperasses, mais d’une grande gentillesse. Maintenant nous voilà rendus à notre raison d’être ici : le diesel. Pas de problème, nous dit-on. Deux policiers vont à la banque changer 20 euros en dinars algériens pour 90 litres de diesel. Oui, vous avez bien lu! Mais là nous devons nous déplacer et une certaine difficulté se manifeste. Ah non,  pas possible me dis-je, mais finalement le tout se place et nous recevons environ 85 litres, le reste semble pour eux.

Nous aurions aimé demeurer sur place une heure de plus pour manger avant de reprendre la mer, mais ça semblait trop compliqué. Nous voilà au large avec une bonne houle pour la première heure, ensuite nous voilà partis pour ce qui sera 60 heures de navigation.

Serge d’Espalmador aux Baléares

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

Une réflexion au sujet de « Chronique du Capitaine 2019-16 : Tunisie-Algérie »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s