Femme de marin 2019-03: Rénover son intérieur par l’extérieur…

C’est une vieille maison dont on ne connaît pas exactement la date exacte de construction. C’est un genre de PMQ (Private Married Quarters) dans laquelle les militaires restaient avec leurs familles, à l’intérieur ou proches des bases militaires. Ça ressemble à ça, à peu de choses près.

C’est un quartier fortement industrialisé qui regroupe de vastes installations de raffinage de pétrole (aujourd’hui fermées),  d’usines chimiques et une carrière. Ya rien pour écrire à la belle-mère, comme on dit! J’avais jamais pensé y vivre. Moi, j’étais plutôt du genre à rester sur le Plateau. J’avais un tout petit 4 ½ mais j’y étais à l’aise et confortable. C’est à ce moment-là que j’ai connu le Capitaine.

Le premier soir, il m’a amenée chez lui. Un trajet long, interminable. Quand j’ai vu le paysage des raffineries se poindre à l’horizon, je me suis dit : « Dans quel trou il m’amène? ». Je me rappellerai toujours la première fois que j’ai pénétré dans la maison : des murs en lattes de bois, du tapis partout même dans la salle de bain (le tapis montait jusqu’au bord du bain), de la tapisserie bien collée, des armoires turquoise foncé dans la cuisine dont aucune n’avait la même largeur, des murs « bleu banneau » dans le sous-sol, et pour le reste des pièces en bas du tapis polyester où séjournait un atelier sur le béton craquelé et des plafonds qui dévoilaient la charpente. C’était à brailler toutes les larmes de son corps! Mais c’était une « maison de gars » qui avait rénové l’essentiel lors de l’achat et qui ne savait pas distinguer les couleurs. La décoration, très peu pour lui, du moment qu’il avait un toit pour lui et son fils. Le Capitaine était du genre à dire, après avoir regardé l’avant-après de  « Décore ta vie » : « C’était ben correct avant », alors que c’était à chier!

Quand, quelques mois plus tard, il m’a proposé de venir vivre avec lui, j’ai eu une petite hésitation, soit celle d’abandonner mon confort douillet sur le Plateau pour aller vivre dans une cambuse! J’ai dit : « Ok, mais il y a une condition : on va rénover un peu ». J’ai dit « un peu » en ayant en tête qu’à chaque saison on allait rénover une pièce. Ce qu’on a fait.

Puis, les années ont passé (15 ans, en fait) et je suis toujours là. La maison croche, comme je l’appelle, avait besoin de plus d’amour. Il y a 4 ans, on a donné une go  dans l’entièreté de la maison : tous les planchers et les plafonds ont été « chimés ». On a défoncé un mur pour faire une salle à manger. On a descendu la pièce de la bibliothèque pour en faire une salle de séjour au sous-sol. On a transféré l’atelier du Capitaine dans la pièce du fond en bas, et construit un atelier d’artiste pour moi. On a refait les murs du salon et rénové les 2 salles de bains.  L’affaire était ketchup!

Cette année, j’ai rejoint le Capitaine dans l’épisode de vie qu’on appelle « retraite ». Toute une drop de salaire, mais en compensation la joie de vivre enfin selon mon rythme et mes aspirations artistiques. Mais, comble de malheur, c’est l’année où les fourmis charpentières ont décidé de revenir visiter la maison. Pendant que le Capitaine s’évapore quelque part du côté de la Grèce, j’ai des colocataires indésirables.  Moi pis les bibittes, c’est 2!! J’exagère pas en disant que j’en fais une maladie! L’exterminateur a tout contrôlé mais comme il dit si bien:  le problème n’est pas tant les fourmis que celui qu’elles annoncent. Il faut refaire le revêtement extérieur de la maison. De toute façon, on était dûs. C’est çà les vieilles maisons : souvent, elles ont été construites par des propriétaires qui ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient, n’importe comment sans se soucier de l’avenir.

Donc, c’est le temps de prendre le taureau par les cornes et de donner autant d’amour à l’extérieur qu’on en a donné à l’intérieur, car un jour il faudra bien la vendre, cette maison. Mais pour l’instant, je suis en plein dans les soumissions des entrepreneurs. Moi qui croyais avoir un été tranquille…

Je suis dans la décennie qu’on appelle le « bel âge »… Fuck you!!! C’est supposé être le temps de la sérénité, la fin des conventions sociales et des responsabilités. Bon, faut croire que ce sera jamais ça pour moi. Je continue ma vie comme je l’ai vécue. Même si parfois j’ai envie de la vendre, je dois avouer que j’ai surtout envie de garder mon autonomie et ma liberté le plus longtemps possible dans les 4 murs de cette maison. C’est comme n’importe quoi : faut y mettre le prix.

Un chantier ça se paie : que ce soit du point de vue matériel ou spirituel, il y a des priorités. Assumons!

Mado

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