Femme de marin 2017-24: Je vous présente mon mentor, Sylvie Santerre

Jusqu’à date, je n’avais eu qu’un mentor dans la vie : Jean Leahey, lors de mes études en orientation. Un maître dans le domaine de la psychologie. Un genre de Dumbledore qui vous guide dans votre quête existentielle.

Quand j’ai osé me lancer publiquement comme artiste, je me disais que ce serait cool d’avoir un mentor dans ce domaine. Mais j’étais réaliste. Moi qui peignais en secret dans mon sous-sol, tout comme je cachais précieusement mes écrits dans mes tiroirs au début, je me demandais qui voudrait bien investir de l’énergie à me guider. On est toujours champion à se flageller soi-même. Pas besoin des autres pour en ajouter une couche…

Novembre 2015 : sous l’invitation de la présidente d’Artistes de cœur, j’ose mettre le nez et mes toiles dehors pour la première fois. L’exposition est exténuante non seulement parce que je dois exposer mes toiles, mais surtout parce que je dois m’exposer à la face du monde. Avoir devant moi des gens qui évaluent mes toiles est une vraie torture!

Le dernier jour de l’exposition, j’apprends que l’équipe en place va se dissoudre et qu’arrivera une nouvelle mouture. Je décide sur un coup de tête de m’y adjoindre. La présidente annonce sa remplaçante, Sylvie Santerre. Derrière le peloton, j’étire la tête timidement et je vois une petite bonne femme toute blonde, l’air sérieux, tatouage de fleurs sur l’épaule. Elle me jauge du regard, un coup d’œil qui dure des siècles dans ma tête. Je ne connais personne. Moi, la sauvage qui peux passer des jours entiers en mou dans mon antre, je ne sais plus trop si j’ai pris la bonne décision. Je le fais surtout parce que je n’ose pas encore exposer seule et que faire partie d’une équipe me donne le sentiment d’être épaulée, soutenue, chose que je ne retrouve plus depuis des années dans ma profession.

Les mois passent. Le printemps 2016 annonce la tenue des réunions pour la nouvelle année. Craintive, je conduis jusqu’à la Galerie l’Artiste dont Sylvie est propriétaire. Je suis déjà entrée dans des galeries que je trouvais froides, pompeuses, impersonnelles. Mais là, c’est autre chose : c’est un petit endroit tout à fait charmant, simple, sympathique. Il y a toujours du bon café et de la couleur sur les murs. La musique est bonne et les gens chaleureux. Sylvie offre des ateliers de créativité qui n’ont rien à voir avec le côté statique de ce que j’ai vécu à date. Son parcours de vie est atypique et cela se reflète dans sa façon d’animer. Vous y entrez avec plein de doutes sur vos épaules et vous ressortez avec un chef-d’œuvre que vous avez envie d’encadrer. Jamais de commentaires négatifs, jamais de critiques destructrices; que des suggestions pour vous faire avancer. « Là, t’es bloquée? Recule-toi, va fumer, tu reviendras tantôt ». Ou encore : « Regarde ça, y a quelque chose là-dedans qui se dessine ». « Ah oui? ». Second regard plus assumé. Et toujours cette musique lounge en fond de scène qui vous inspire. Inspire… expire….

Sylvie, c’est une émotion sur deux pattes en équilibre face à la vie. Un jour, je lui demande si elle veut être mon mentor, sans trop savoir ce que ça fait au juste un mentor. Elle m’a regardée simplement et elle a dit : « Ok ». C’était fini, on n’en a plus reparlé. Sauf une fois quand elle guidait d’autres participantes dans l’atelier et qu’elle ne me disait jamais rien. J’ai dit : « Tu ne me dis jamais rien. J’attends toujours que tu me dises tes commentaires ». Elle a répondu : « Ça s’en vient! ».

Pourtant, j’ai déjà eu un autre mentor mais c’était dans un autre domaine. Au fond, c’est la même affaire. Un mentor c’est quelqu’un qui a de l’avance sur le chemin que vous voulez suivre. Il est là pour vous éclairer, vous montrer la prochaine étape que vous devez franchir pour avancer. C’est pas quelqu’un qui vous dit : « Fais ci, fais ça », c’est juste quelqu’un qui vous éclaire lorsque vous êtes dans le noir et que vous n’y voyez rien.

Aujourd’hui, on a passé l’après-midi ensemble à peindre à sa galerie. Je l’observe du regard. Son geste est juste, assuré. Elle peint sur 4-5 toiles en même temps. Elle crée les couleurs avec assurance. Moi, je torche ma toile et je ne suis pas satisfaite. Je suis prise avec une commande de toiles jaunes que j’hais! J’hais le jaune parce que c’est pas dans ma palette.  Je la refais trois fois pour l’abandonner en dernier ressort et travailler sur autre chose.

Elle crée des toiles comme je fais des tartes. Une vraie pondeuse! Et elle me sort tout de go : « Je suis toujours en train de me demander si ce que je fais va plaire aux gens ». OMG!!!! Batinsse! Si t’as des doutes, moi qu’est-ce que j’ai???

Je m’assois et je l’écoute parler de sa vie, des rencontres et des gens qui ont de l’importance pour elle. Je me sens bien. Sylvie, c’est toujours simple avec elle. On fend jamais un cheveu en quatre et c’est reposant. Moi, j’en ai marre des gens qui passent de Caïf à Pilate pour trouver une solution. Elle fait juste te rebrancher sur ton nombril. Rien de narcissique, juste toi face à toi et face au monde.

Ma traversée, c’est pas sur l’Atlantique que je dois la faire. C’est avec un pinceau à la main et elle qui me sourit.

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