Femme de marin 2017-07: Spike is my hero!!

Ce matin, à mon lever, je jase sur Facebook avec ma pote Linda Vachon (https://www.tetedecaboche1965.com). On niaise. Heureuse propriétaire de quelques-unes de ses oeuvres, je lui dis à la blague qu’elle est mon héroïne, tout comme le dessin animé que je regardais quand j’étais petite.

Il y a 65 ans, en 1952, Warner Bros. créait un dessin animé, tiré de la série des Looney Tunes, qui mettait en vedette Sylvestre le chat, mais aussi, pour la première fois, Chester et Spike, personnages qui ont meublé les fins d’après-midi de mon enfance, lorsque je revenais de l’école.

Tree for two est un dessin animé de Friz Freleng qui raconte l’histoire de deux chiens, Spike et Chester. Au début de l’histoire, une panthère se sauve d’un zoo et se cache dans les environs où Spike,  un gros bouledogue épeurant, et Chester, son copain qui est un petit épagneul adorable, règnent en maîtres sur le quartier. Un jour que les deux chiens se promènent, Chester à bout d’idées pour satisfaire son héros Spike et un peu pour soutirer son admiration, lui propose de lui trouver un chat pour le tabasser. Ils rencontrent Sylvester qu’ils commencent à poursuivre. Ce dernier, apeuré, va se réfugier dans le même entrepôt où la panthère se cache, mais sans le savoir.

Spike confronte Sylvester mais se voit tabassé par la panthère, pensant qu’il s’agit de Sylvester. La peur le gagne au grand dam de Chester qui ne comprend pas l’attitude de son héros. Chester, ne voyant que Sylvester et non la panthère, confronte le chat et réussit à avoir le dessus sur lui. À la fin, Spike est convaincu que Chester est plus dur qu’il n’y paraît et les rôles s’inversent : Chester devient le « dur » et Spike, le suiveur.

Ce « cartoon » a meublé mon enfance et même encore aujourd’hui, je le trouve très pertinent parce qu’il exprime que derrière l’image qu’on projette, il existe des peurs qui nous façonnent, nous protègent, mais qui en même temps, parfois, nous fragilisent. Je déteste avoir une mauvaise idée des gens, mais parfois c’est plus réconfortant et plus sécurisant de s’en tenir à ces idées toute faites que faire le chemin pour les contrer.

Je donne l’image d’une fille forte. Je le suis, c’est vrai, en partie. Mais quelque part en moi, je suis percluse de peurs. La seule différence c’est qu’avançant en âge, je les assume. J’ose les dire. C’est ainsi que lorsque les gens apprennent que je vais traverser l’Atlantique, la majorité du temps, ils sont béats d’admiration. J’encaisse avec un rire niais en n’omettant pas de dire, la plupart du temps d’une façon humoristique, que je suis tétanisée mais que je préfère ne pas trop y penser pour l’instant. Ça reste quelque chose d’abstrait pour moi. C’est comme lorsqu’on me dit: « Le monde pense que… ». Le monde est pour moi quelque chose d’abstrait tant qu’on ne nomme pas c’est qui. « Le monde », ça veut rien dire. C’est personne tant que LA personne ne se présente pas à moi avec ses préjugés, ses préconceptions qu’elle consent à mettre sous examen. Tant qu’on ne se retrouve pas devant, on peut inventer mille scénarios pour régler la chose. Spike et Chester sont victimes de ça, et ils y croient.

« L’identité se nourrit de la fréquentation régulière de son visage dans le miroir. Nous ne connaissons de notre apparence que des reflets fugaces. Pourquoi un tel aveuglement? Notre perception de nous-mêmes ne peut qu’être fausse, déformée par nos émotions, nos souvenirs d’enfance et le regard des autres. Cet hiatus inévitable, entre notre être de chair et d’os et l’image que nous avons, nous fait parfois souffrir. Nous ne voyons souvent que nos défauts, nous nous imposons des tares ». (Laurence Lemoine, citée dans Luc Breton, Qui se cache derrière le miroir?’ Huffpost, 10/12/2015).

“Se mentir à soi-même, c’est d’abord un abri chaud, et ensuite, une prison froide.” (María Jesús Torres)

Mon superviseur de stage clinique de maîtrise en orientation, lorsqu’il nous racontait les histoires de certains de ses patients, disait toujours: « Dites-vous que vous auriez pu être tout ça… et que vous pourriez, un jour, être tout ça! ». Ça m’a marquée. Ça m’a donné un peu plus d’humilité devant la défaite, et ça m’a aidée à penser qu’entre projeter une image et se montrer tel qu’on est, il y a une marge sur laquelle on peut avoir du pouvoir. Jusqu’où puis-je me permettre d’aller avec aisance avant que quelqu’un me démasque? Quels sont les coûts et les bénéfices de me montrer sous toutes mes facettes? Qu’ai-je à perdre et à gagner? Je suis rendue à un âge où je peux me payer le luxe de n’avoir plus rien à perdre. Parce qu’en fait, j’ai passé plusieurs décennies à perdre suffisamment, si bien que seul l’essentiel reste, ou presque…

Soixante-et-un ans, ça commence à être un âge vénérable. Pour l’avoir vécu de près, je sais que bien des gens n’ont pas eu ce luxe de vivre aussi longtemps. Alors, je me déleste.

Chester et Spike me font encore rire. Un rire d’enfant qui résonne en moi parce que ce que j’aime le plus de ce dessin animé c’est la fin où les choses s’inversent. Il y a un changement de tempo que tous les auditeurs, ou presque, avaient vu venir. Mais dans la vraie vie, pourquoi n’est-on pas aussi prédictif pour soi-même? C’est sacrant, je sais!

Même si ça me fait tempêter la majorité du temps, j’aime les aléas de la vie. C’est comme une bougie d’allumage, quelque chose qui met le feu à la rampe de lancement en soi qui dort. Comme disait mon ancien professeur de statistiques à l’université : « Faut que le mollusque bouge un peu de temps en temps ».Ça prend forcément un déclencheur.

Il arrive encore parfois que derrière la façade, se cache un hôtel fatigué. Dans ce temps-là, alors oui, je sacre, je tempête, je chigne, je déprime, je rage, je suis rancunière (euh… correction : je n’oublie pas!), mais quand je suis seule dans mon salon et que tout est calme dans la maison, je dois admettre que c’est quand même bien fait la vie! Tout se place au moment où la vie le décide (pas soi!).

Ben oui, je vais exposer encore cette année à la fin novembre avec Artistes de cœur. Et encore cette année, je ne suis pas satisfaite de ma production parce que j’ai pas eu assez de temps pour réfléchir sur ma créativité et ma « recette ». Ben oui, je vais prendre l’avion juste après pour m’embarquer pour la traversée en me demandant pendant les semaines qui vont suivre ce que je fais là alors que je pourrais être bien au chaud, chez moi, à me soucier de rien!

Donc, pour revenir à l’idée du début, Linda est mon héroïne. Tout comme bien d’autres artistes dans ma vie, et des femmes qui ont jonché le parcours dans ma vie. Moi qui me projetais dans une soixantaine tranquille et pépère, c’est muffé!!! J’ai certes plus de certitudes, mais encore plus de questionnements. Pour tout dire, je ne suis pas plus sage qu’avant! Alors, j’ai rien trouvé d’autre que descendre dans mon atelier, de prendre mon pinceau et de focuser sur le moment présent pour créer.

Chester ou Spike… on s’en fout. Je suis les deux Dr. Jekyll et M. Hyde!

 

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Une réflexion au sujet de « Femme de marin 2017-07: Spike is my hero!! »

  1. Je t’aime, merci d’être vraie, belle et transparente… TÉ TU FOLLE VIARGE TRAVERSER L’ATLANTIQUE!!!!!

    Ok, ça va, je respire, tu me donnes de l’espoir! Vivre, c’est oser!!!!

    GO GIRL!!! Xxxxxc

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