Femme de marin 2017-01: OMG!! Je peux pas croire que je vais traverser!!!

C’est venu comme ça, d’un coup! Comme une voix qui contrôle votre cerveau : j’allais traverser. Enfin, probablement…

En fait, l’aventure a commencé en 2008 lorsque le Capitaine avait décidé de faire le Retour aux sources : une traversée de l’Atlantique en flottille entre Québec et La Rochelle, une activité de portée internationale, présentée par la Fédération de voile du Québec (FVQ) dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, et qui a eu lieu du 6 juillet au 24 août 2008.

Il s’agissait d’un véritable retour aux sources puisque trois siècles et demi auparavant, en mai 1665, c’est de La Rochelle que partit Pierre de Saurel avec ses hommes, appelés à devenir les premiers Sorelois, pour aller rebâtir le fort de 1642 et donner une seconde naissance à notre région.

Quarante-quatre jours en mer et 3557 milles nautiques … une expérience maritime fantastique et un événement historique unique dont un bilan technique a été publié : http://www.escalenautique.qc.ca/pdf/archives/bilan%20tech.pdf.. Moi, j’étais restée sur le quai à regarder mon Capitaine partir, braillant comme une grosse baleine échouée. J’avais l’impression que je ne le reverrais plus. Une vraie honte!

Un an auparavant, le Nomade II, notre voilier, s’inscrivait à la course avec, à son bord, le Capitaine Serge Paul, Chantal Massicotte, Germain Gobeil et moi pour se tester lors d’une traversée aux Iles-de-la-Madeleine. C’est là que j’ai su que je n’étais pas faite pour une traversée. Moi qui m’étais contentée toute ma vie de patauger sur les bords d’un lac, de prendre la traverse de Lévis ou d’embarquer dans une chaloupe (méchantes expériences!), je n’avais aucune espèce d’idée de ce que représentait une traversée en mer. Pour un complément d’information, vous devez savoir que j’ai appris à nager à l’âge de 18 ans, forcée par l’obligation de ce cours pour avoir mon DEC, et que c’est de peur bleue foncée que j’ai passé la session à en faire des cauchemars. C’est par l’aide de ma belle-sœur de l’époque, Linda Liboiron, que j’ai fini par apprendre à nager mais que je ne me suis jamais sentie en sécurité de nager en eaux profondes puisque je ne sais pas nager sur place. Plusieurs personnes ont essayé de me l’apprendre mais sans succès. C’est comme si mon corps se transformait en bloc de béton! Revenons aux Iles-de-la-Madeleine…

Je n’ai jamais pu dormir en mer, trop stressée par ce que mon imagination s’amusait à inscrire dans ma tête sur le pire qui allait arriver. En débarquant à l’Étang-du-Nord, je me rappelle très bien avoir pris une décision : il n’était pas question pour moi de revenir en voilier, encore moins de traverser l’Atlantique. J’allais prendre le traversier, quitte à les attendre toute la journée à Souris (Ile-du-Prince-Edouard). C’est ce que je fis. Je gardais frais en mémoire un mauvais temps qui nous avait obligés à réunir toutes nos compétences ensemble, telle une équipe. Je me rappelle entre autres que le Capitaine et Germain tentaient à la proue du navire de poser le foc tempête, tandis que Chantal barrait. Où étais-je durant tout ce temps? Simplement assise sur un banc du cockpit, tétanisée par les rafales qui s’abattaient sur nous. Un moment donné, les deux gars à la pointe du bateau nous ont crié qu’il fallait border une drisse et comme Chantal était à la barre du bateau et la drisse à distance respectable, elle n’arrivait pas à coordonner les deux. C’est là que la colère s’est emparée de moi, colère d’être là plutôt que dans un ailleurs douillet, me demandant si c’était vraiment nécessaire ce que je vivais présentement dans ma vie. Je me suis alors levée d’un bond et j’ai saisis la drisse que Chantal n’arrivait pas à contrôler. Tout ce dont je me rappelle c’est d’avoir bordé la drisse telle que demandée et d’avoir tiré tout le long sans cesser de descendre tous les Saints du ciel! C… d’h… de tab…. !

La grande question existentielle était de me demander pourquoi je m’infligeais tout ce stress, inutile à mon avis. C’était une bonne question et qui valait la peine de s’arrêter. J’ai lâché prise et j’ai décidé que je resterais au quai.  Ça m’a pris quelques années avant d’accepter cette défaite, d’être à l’aise avec cette décision.

Mais ce n’est qu’en 2012 que j’ai formulé une décision définitive. C’était l’été où j’allais rejoindre mon Capitaine en Italie. J’arrivais à Rome, nous avions loué une voiture et longions la côte amalfitaine. De là, nous récupérions le bateau et traversions le détroit de Messine pour aller en Sicile. Il faut savoir que le détroit de Messine a un trafic maritime continu. Ce jour-là, il y avait une mer croisée importante, ce qui me rendait particulièrement anxieuse tout au long du voyage. Ce ne fut pas de tout repos ni pour moi, ni pour le Capitaine malheureux de me voir si inconfortable. Lorsque nous avons enfin réussi à arriver à bon port, c’est là que j’ai pris une décision importante : consciente que je n’étais pas faite pour de longues traversées, j’offrais à mon chum de naviguer seul, pu capable de naviguer! Ce n’était pas des vacances pour moi mais une torture!  Le Capitaine me proposa alors de visiter les villes et l’intérieur de certains pays sans naviguer, ce que nous fîmes à mon grand soulagement. Les voyages qui suivirent furent des plus agréables car je n’avais plus à me soucier de prendre la mer, tout en vivant sur le bateau.

Le dernier voyage du Capitaine cette année fut écourté par un problème de transmission sur Magibourg II, voilier de nos amis Marcel et Ghyslaine Bourgeault (https://maler999.wordpress.com/2016/12/28/2016-2-chronique-dun-matelot-2/). La suite du voyage a donc été remise à la fin de 2017. Samedi dernier, nous les invitons à souper chez nous. Nous parlons du prochain voyage et l’alcool me rendant guillerette, v’là ti pas que je dis que « peut-être » je pourrais faire la traversée Îles Canaries-Martinique avec eux. OMG!!!! Je peux pas croire que j’ai dit ça!!!

Je vais débuter ma retraite progressive le 1er avril prochain. Je voyais l’année se dérouler comme à l’habitude : le Capitaine part (habituellement) en avril. J’allais passer l’été seule à travailler et entreprendre le début de mon congé de 6 mois, l’automne prochain, d’une façon « pépère », pour pas dire « mémère », en me levant tard, en peignant et me prélassant dans la maison. Ben non! Moi j’aime ça la misère!!! Tant qu’à rusher, rushons!!! Vais faire l’édition 2017 d’Artistes de Cœur et après hop!, embarquons sur Magigourg II pour une traversée à se faire brasser le popotin pendant 3 semaines sans arrêt. Vive les sacres, les faces de boeuuuu et le manque de sommeil!!! Je vais avoir 61 ans et je peux pas croire que j’ai dit oui à ça!!!! Attachez-moé kékun!!!   Crissss de folle qui aime se donner de la misère!!!

Bon, j’ai pas dit un oui définitif mais ça s’enligne pour ça. Gigi est heureuse d’avoir une compagne de voyage, Marcel (le Capitaine du Magibourg) est soulagé de ne pas être le seul souffre-douleur des humeurs de mon Capitaine et ce dernier voit son rêve réalisé! Je ne le fais pas pour les autres mais pour relever un défi. Moi qui m’emmerde royalement dans ma job, je me dis qu’on a juste une vie à vivre et vaut mieux avoir des remords que des regrets. Bon, j’exagère un peu et personne ne m’y force mais je dois être un peu folle ou inconsciente, faut croire. Y a des tas de gens qui l’ont fait sans expérience et qui ont réussi. J’entends d’ici ma chum Alice qui s’exclame : « Hey, t’es malade? ». Ben oui, je pense…. Le truc de Gigi : ne pas y penser d’ici là.

Donc, samedi dernier, entre le mets principal et le dessert, on va fumer sur la galerie. Gigi, qui est d’un naturel désarmant et insouciant (elle s’énarve jamais avec rien), me dit : « On a tout fait pour essayer de renverser le bateau et ça a jamais marché. De toute façon, faut ben mourir de quelque chose. Si t’es pour mourir noyée, ce sera ça ». Batinsse!!,dis-moé pas ça!!! Bon, je sais qu’elle veut m’encourager, minimiser les dégâts mais je suis pas rendue là. Le temps va faire son œuvre….

Je m’en suis voulue de ne pas traverser malgré ma peur en 2008. Je l’ai jamais dit à personne mais je me suis trouvée « chicken ».  Là, j’ai une seconde chance. Ce sera pas 6 semaines de traversée mais la moitié. Bon, je leur ai dit : « Si vous êtes prêts à m’entendre sacrer et tempêter pendant 3 semaines, l’affaire est ketchup! ».

Sylvie (Santerre), faut que je te parle quand tu seras de retour de Thaïlande!!!! Je peux pas abandonner Artistes de Cœur. C’est trop important pour moi. Je veux faire les deux!!! Du moment que j’ai le temps d’exposer une dernière fois, après on verra. Pour l’instant, je suis plus préoccupée par les œuvres que je vais réaliser pour l’édition Artistes de Cœur 2017… Égocentrique de même….

Morale de l’histoire: faut jamais dire jamais!

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2 réflexions au sujet de « Femme de marin 2017-01: OMG!! Je peux pas croire que je vais traverser!!! »

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