Femme de marin 2014-2: J’ai peur de l’eau…

« La vie, c’est comme la mer, elle ne porte que ceux qui remuent. » (Hervé Bazin)

Connaissez-vous beaucoup de monde qui passent régulièrement leurs vacances collés étroitement sur leur pire peur?

Moi, je souffre d’aquaphobie (j’ai peur de l’eau) et depuis 10 ans, je vais rejoindre un Capitaine qui en a fait sa maîtresse attitrée, connue de tout son entourage bien avant que je sois dans sa vie. Depuis 10 ans, je suis comme le marin attiré par le chant de la sirène, même s’il sait qu’elle lui fera probablement perdre le nord et mettre sa vie en péril… C’est comme ça. Bon, faut pas exagérer et je ne suis quand même pas en danger, surtout depuis que le Capitaine et moi avons reconfiguré l’itinéraire des voyages que nous faisons ensemble : plus de visites et moins de navigation.

C’est quoi le problème avec moi? Je sais nager pas très élégamment…. comme une pierre. Malgré les nombreux cours suivis, je n’ai jamais été capable de nager sur place et personne n’a réussi à me le montrer vraiment, ce qui a augmenté ma peur de l’eau. Nager et batifoler dans l’eau n’a donc jamais rien de réjouissant pour moi. Vous auriez dû me voir lors du cours de Mesures d’urgence en mer que j’ai pris il y a quelques années : un des exercices pratiques que nous devions faire était de sauter dans un grand bassin d’eau, affublés d’une ceinture de sauvetage, comme si nous devions sauter d’un bateau en péril, puis nager sur le dos jusqu’au radeau de survie. Simple comme exercice, n’est-ce pas? Sauf pour moi (j’ai réussi l’exercice mais j’ai fait attendre le groupe longtemps avant que je me décide à sauter. Merci l’instructeur et son infinie patience!). Le reste du groupe savait nager parfaitement. J’étais donc le seul petit mouton noir, désagréable sensation d’un déjà-vu (ou plutôt vécu) lors de mon entrée au Cégep.

Celui que je fréquentais nous obligeait de prendre 2 matières obligatoires pour obtenir notre diplôme : Philosophie et natation. God damned!!!! A cette époque, je ne savais pas du tout nager. Je pris donc le cours Natation I et tombai sur un clone du Sergent Hartmann du film Full Metal Jacket (http://www.dailymotion.com/video/x6lt2r_full-metal-jacket-prise-en-main-de_shortfilms). Dois-je vous décrire le genre de session que j’ai passée? Dois-je vous préciser que si j’ai réussi de justesse le cours c’est parce que j’avais une belle-sœur qui, à l’époque,  enseignait cette matière et qui m’avait montré l’essentiel en parallèle comme on montre à un enfant? Mais j’en suis restée au stade enfant, point de vue nage, et le « Sergent Hartmann » a dû m’imprégner un fond de peur latente qui n’est jamais vraiment partie…

C’est ainsi que j’ai pu poursuivre relativement bien ma vie puisque la majorité de mes activités personnelles et professionnelles n’impliquaient pas l’eau de façon directe. Je me bornais à me saucer dans des piscines résidentielles ou, lorsqu’elles étaient publiques, à longer les bords de la section « pas creux », en faisant des beaux sourires aux enfants qui nageaient plus vite que moi (quand je me risquais à faire une petite largeur, devenant ainsi un élément permanent de perturbation pour le trafic qui arrivait dans le sens contraire, soit la largeur).

Donc, rien de bien traumatisant jusqu’à ce qu’en 2004, je fasse la rencontre du Capitaine et que je mette pour la première fois les pieds sur son voilier. Ayant fait la connaissance de mon cher marin durant l’hiver, je rêvais déjà à l’été suivant, aux douces nuits que nous passerions à nous faire bercer sur les flots, aux gentils « tatas » que nous enverrions à nos voisins de quai, aux nombreux « co-que-tails » que nous boirions après une longue journée de voile sportive… Et ma première vraie semaine de voile arriva enfin en juin.

Pour être sportif, ça a été sportif!!!! Pluies torrentielles, vents, froid, mer croisée, en d’autres mots : une semaine de marde!!! Tout le monde restait à quai sauf devinez qui? Eh oui… mon Capitaine trop heureux de prendre le large, sifflant entre ses dents que tout ce qui respirait aux alentours n’était « qu’une gang de moumounes et que c’est pas un petit peu de pluie qui allait nous empêcher d’avoir du FUN! ». Bonsoir, on est partis!!

Eh, Mado, vois-tu la marina s’éloigner et tes espoirs d’un petit après-midi romantique et reposant avec?? Je sais pas pourquoi mais j’ai comme l’impression que je vais détester ça au plus haut point, argn…..

Petit rappel sur la température : pluie abondante, vent, froid, mer croisée… Je vous précise qu’ici on est juste sur le Lac Champlain et non pas en plein océan Atlantique mais ça torche! Je ne me rappelle plus trop ce que le Capitaine voulait faire mais il m’a offert d’aller à la barre pour l’aider (on n’avait pas de pilote automatique à l’époque). AHAHAHAHAH! Imaginez un aveugle qui conduit votre voiture…. Rassurez-vous, mon Capitaine est quelqu’un de responsable qui avait pris soin de me donner plein d’informations et d’explications auparavant. En fait, le temps des explications était plus long que le temps que je devais passer à la barre, m’enfin…

Ce qu’il demandait n’était pas la mer à boire (expression appropriée, je dois dire) : juste tenir la barre quelques minutes et garder le cap. Mais pour moi, ce fut comme s’il m’avait parlé en chinois. Ça rentrait par une oreille et ça sortait par l’autre, et aucune connexion ne s’était faite entre les deux. Ma peur de l’eau a donc augmenté. Compte tenu du fait que je ne savais pas vraiment nager, qu’adviendrait-il si jamais le Capitaine passait par-dessus bord?

La vie est parfois une suite d’incohérences et de paradoxes qui font fi de la logique implacable qu’on applique lorsqu’on n’est pas pris personnellement et émotivement dans une situation. On est souvent les premiers à dire : « En tout cas, moi je n’aurais pas fait ça » ou encore « Je te jure que jamais je n’endurerais cela! », et bla, bla, bla… Les choses ne sont pas toujours aussi tranchées et simples. Je ne laisserais jamais mon Capitaine pour une peur dont il n’est pas responsable. Il suffisait simplement d’aménager les choses.

Après avoir essayé plusieurs trucs (cours, désensibilisation, tentative d’hypnose, consultation, etc.), force est de constater que je ne me suis pas débarrassée de cette peur dont j’ignore toujours l’origine. Henri Michaux a écrit :  « Si un contemplatif se jette à l’eau, il n’essaiera pas de nager, il essaiera d’abord de comprendre l’eau. Et il se noiera ».  Peut-être est-ce pour cela que je n’ai jamais osé me jeter à l’eau.

J’essaie maintenant de faire bon ménage avec. C’est ainsi que lorsque le Capitaine trace l’itinéraire de la prochaine année, il redéfinit mon séjour auprès de lui de façon différente. Nous y regagnons au change. Nous faisons plus de visites culturelles et le fait de prendre d’autres moyens de transports que le bateau nous permet de visiter des endroits qui ne sont pas accessibles par la mer.

Cette année, je devrais être en Grèce. Je ne sais pas si la configuration du pays (dont le cinquième du territoire est constitué de plus de 9 000 îles et îlots) fera en sorte que je devrai plus naviguer que les autres années, mais je sais que la navigation y est particulière. On verra car je me suis donné comme objectif de diminuer mes sources de stress, du moins tenter de contrôler les choses sur lesquelles j’ai du pouvoir et de lâcher prise sur les autres. Belle et grosse mission!

Mais pour le moment, mon objectif le plus proche, celui qui arrive à grands pas est ma chirurgie bariatrique (février ou plus plausiblement mars). On composera avec le reste après.

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