Réflexions sur le péril

Terminé hier le magnifique livre de Jacques Lanctôt concernant la biographie de Michelle Blanc. Passage particulièrement prenant lors de la veille de son opération! Une phrase est plus forte que toutes les autres : Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve (Hölderlin)…

Y en a marre!
A mon retour hier, à l’aéroport de Stockholm, lorsque je demande gentiment à un employé de parler plus lentement parce que l’anglais n’est pas ma langue maternelle, il me demande d’où je viens. « Du Québec ». Il me répond alors en anglais: « Comment se fait-il que vous veniez du Canada et que vous ne parliez pas anglais? ». Je lui réponds qu’il y a une province francophone au Québec. Il commence à me parler avec un accent français et lorsqu’il m’entend parler à mon tour en français, il me dit: « ah, ça s’entend! » d’un ton que je sens méprisant.

Petit conseil pour les gens qui ne sont pas Québécois, et surtout pour les Français : cessez de dire que nous avons un accent! J’en peux plus de vous entendre dire ça, d’autant plus que ça sonne comme un reproche la majorité du temps. Moi qui aime bien les Français, ce sont eux qui ont le plus de mépris lorsqu’ils nous font la remarque. Une amie mariée à un Français et ayant longtemps vécu en France autrefois m’a déjà dit que les Français avaient le complexe du roi Soleil (ce fameux Louis XIV qui se prenait pour Dieu et disait être à l’origine de tout). J’imagine qu’il s’agit d’un restant de conquérant qui s’est imprégné dans votre ADN, comme nous, les Québécois, avons longtemps eu une attitude de minoritaires dans notre propre pays. Mais ce temps est révolu…

Sachez que plus d’un Québécois peut très bien imiter un Français mais que je ne connais aucun Français qui ait réussi à parler québécois sans perdre son accent. Même l’humoriste Gab Elmaleh qui a vécu quelques années au Québec a un accent lorsqu’il parle québécois. Si ce n’est pas perceptible pour un Français, ça l’est pour nous! Sachez qu’il y a autant d’accents régionaux au Québec qu’il y en a en France.

Cessez de nous imiter en utilisant des mots comme si nous étions de parfaits illetrés issus tout droit de la colonie. Oui, nous avons le sacre facile mais je ne compte plus les « putain » et autres gros mots que j’ai entendus de la bouche des Français, comme je n’ai pas été capable de traduire certains dialectes venant de certaines régions comme Marseille. J’ai visité presque toute la France et toutes les régions ont un accent différent. Pas pire ni mieux qu’au Québec.

Je reçois régulièrement des étudiants français en séjour d’études au Québec et nonobstant les efforts que je fais pour utiliser le français international, j’entends énormément d’anglicismes sortir de leur bouche: le planning (i.e. Horaire, emploi du temps), le ticketing (i.e. La billeterie), j’aime les cranberries (i.e. Des canneberges peut-être?). J’ai une liste d’exemples longue comme le bras! Et lorsque j’entends un Français parler anglais, c’est bien souvent pire: « Ze parkigne ». Non mais c’est quoi ce « Ze »???? Sachez que c’est « the » et qu’il se prononce comme « de » avec le bout de la langue collée sur les dents du haut. Et ce « parki-gne »??? Pourquoi le « gne »??

Le dernier Français hors pays avec qui j’ai discuté a passé une partie de son temps à me parler de mon accent et des expressions que j’utilisais en me faisant sentir que je n’étais pas correcte mais il ne se gênait pas, d’un autre côté, pour demander le respect. Très blessant…, et lassant… J’avoue que ce ne sont pas tous les Français qui sont comme ça et beaucoup sont respectueux, mais je n’ai jamais eu de telles discussions avec aucune autre personne de nationalité différente. Si, lorsque vous nous parlez de notre accent, votre intention n’est pas de nous faire un compliment ou saluer la beauté de la diversité : taisez-vous! Si c’est une façon de nous séduire : changez de tactique!
N.B.Bon, partez pas de polémique sur cette partie de ma chronique!

Le plus périlleux : rester dans la glace ou reculer?
Dans un autre ordre d’idées me vient une grande réflexion qui découle de mon voyage en solitaire. On part pour toutes sortes de raisons (voir mon article https://maler999.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=5618&action=edit) et parfois s’éloigner permet de clarifier le paysage. C’est comme un point noir sur le mur blanc. Vous avez le nez collé dessus et on vous demande de quelle couleur est le mur. Vous répondez forcément noir. Mais si vous vous reculez, vous avez soudain la surprise qu’en réalité le mur est blanc et que le point noir n’est qu’une petite tache sur un océan…

Généralement, je suis celle qui attend, qui fait preuve de compréhension, qui s’auto-analyse, qui montre patte blanche et qui peaufine sa compétence. Mais parfois, le cerveau fait tilt! Sa capacité d’absorption et de rétention a atteint sa limite; il faut vider de la mémoire, évacuer du contenu pour laisser place à d’autres choses. Mon corps est comme le lieu de stockage de toutes ces données qui se sont accumulées avec les années. Il a mal, ça me sort par les pores. J’ai comme un trop-plein, plus capable ni de donner, ni de recevoir. La patience : partie; la compassion : partie; la disponibilité : partie. On m’effleure le bout du nez et je crie. P-U C-A-P-A-B-L-E !!!! Dans ces moments, je n’arrive même plus à distinguer le vrai du faux, celui qui me veut du bien ou profiter de moi. Je passe ma vie professionnelle à régler les problèmes d’égo de tout le monde, à faire en sorte que la machine soit bien huilée, à écouter sans broncher les remontrances des étudiants, des professeurs, du personnel. Mais vous savez quoi? Vos petits problèmes, je m’en tape!

Les voyages, ça forme la jeunesse mais ça vous replace aussi les chakras quand y a pu d’autres moyens de le faire. Parce que lorsqu’arrive ce point de rupture, je mélange tout, j’ai un trop-plein de tout! Mon but était de partir seule, loin de tout, me faire des petites listes de réflexion, mariner tout ça et sortir des beaux textes philosophiques, étaler mes apprentissages. Mais vous savez quoi? J’ai pas réfléchi une maudite minute!!! J’ai mis mon cerveau à off. J’ai marché, marché, marché. La seule musique que j’entendais n’avait rien à voir avec celle, envoûtante, de Millénium ou celle que font les petits oiseaux qui gazouillent le matin, ou celle encore diffusée dans les pubs chaleureux de la vieille ville de Stockholm. Non, je me suis martelé inlassablement les tounes de Rage against de Machine.

Reculer, faire le vide, m’éreinter physiquement, me purifier et me rendre compte que ce qui m’épuise le plus c’est ce super poste intéressant qui ne m’intéresse plus. Qu’il me faut trouver des palliatifs lorsque la machine commence à être loadée. J’ai pas eu à clarifier ce que je sais déjà (que je suis bien avec mon Capitaine même si son caractère de mâle alpha m’exaspère des fois; que la vie ça passe vite; qu’il faut apprendre à se pardonner et se faire du bien, etc…).

Fait que, désolée… pas de révélations post-voyage sur de grandes réflexions existentielles, pas d’expériences mythiques débouchant sur un nouveau moi-même. Que du « basic » qu’on sait tous et toutes déjà et qu’on oublie trop souvent.

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