Les voyages forment la jeunesse et confortent la vieillesse

Quand j’étais jeune, les vacances signifiaient surtout un congé de 2 mois de l’école. Nous n’avions pas particulièrement de projets si ce n’était que de se lever tard et faire ce qu’on voulait de notre journée. Mon père avait bien quelques vacances mais comme nous n’étions pas riches et que nous ne possédions ni maison, ni piscine, ni voiture, et qu’en plus personne ne savait nager dans la famille, il n’était jamais question de voyage à la plage ou sur les côtes des États-Unis. La vie s’étirait toujours de la même façon : mon père travaillait et ma mère non car elle avait trop d’ouvrage!

Mais il y a certains souvenirs d’été qui me sont restés, probablement parce qu’ils tranchaient avec notre quotidien monotone. Je me rappelle de quelques semaines passées dans un camp de vacances tenu par les Frères St-Vincent-de-Paul dans la municipalité de St-Léonard de Portneuf. Mon père, dans sa jeunesse, avait fréquenté un Patro qui était à l’époque un centre communautaire catholique de loisirs, d’entraide et d’action communautaire. Comme il s’était beaucoup impliqué dans toutes sortes d’activités culturelles et qu’il y avait acquis une grande partie de son éducation, il était resté en contact avec tous ces gens qui le connaissaient et qui appréciaient ses talents de leader. Les Patros aidaient les familles défavorisées et comme nous avions peu d’argent, nous avions pu obtenir, durant quelques étés, un chalet pour les vacances.

Pour moi, c’était le bonheur! Je pouvais être en contact avec la nature, l’eau, le sentiment de réconfort qu’apporte l’odeur du pain grillé sur le poêle au réveil, le soleil qui se pointe le bout du nez encore frileux de la rosée du matin, le sentiment de plénitude et de liberté de marcher dans les sentiers imprégnés de l’odeur des arbres qui frissonnent sous le vent, la découverte d’un quelconque trésor enfoui quelque part. Là, les petits malheurs se rangeaient dans le placard, le temps des vacances.

Je me souviens des incursions dans l’immense garde-manger de la cafétéria où nous allions ouvrir des boîtes de gâteaux pour en chiper quelques-uns. Nous dormions parfois à l’étage et j’aimais descendre à la cuisine, le matin, parce qu’il y avait toujours sur les tables des pots de caramel et de chocolat à tartiner, choses qu’il y avait rarement chez nous. A l’époque, la bouffe était presqu’à 100 % faite sur place. C’est là que j’ai goûté pour la première fois un steak de chevreuil et j’ai aimé ça. Les odeurs de l’enfance, ça vous reste toujours collé au museau. Pour preuve, un des cadeaux que j’ai donnés à ma fille et qu’elle semble apprécier le plus c’est « Les recettes secrètes de nos mères » de Coup de Pouce.

Je me rappelle aussi des virées au village quand le Père Audet nous entassait dans sa grosse Econoline que nous appelions « la compote de pommes » tellement elle était vieille et nous brassait de tous les côtés. Je me souviens de son rire tonitruant lorsqu’il se plaisait à conduire tout croche pour que nous brassions encore plus en arrière, je me souviens surtout des rires de mon père, lui qui était plus souvent sérieux et sévère qu’autre chose. Je me rappelle du chalet de Madame Berthiaume, une ancienne journaliste qui avait légué à la colonie de vacances ce petit château plein de racoins mystérieux et qui sentait « le vieux ». Je me remémore aussi les innombrables soirées lorsque les Frères nous réunissaient dans la Gentilhommière, après le souper lorsque tout le monde se mettait en pyjama et que le Frère Dupéré nous racontait des histoires en mimant tous les personnages. Nous étions entourés des animaux empaillés par un Frère taxidermiste et avec la pénombre du soir couchant, ceux-ci semblaient prendre vie et parfois nous faisaient peur, mais d’une peur qu’on souhaitait et qu’on chérissait parce que nous la vivions collectivement et que cela nous permettait de ne pas nous sentir seuls lorsqu’il était temps d’aller dormir. Il y avait quelque chose de magique et de mystérieux dans ces lieux qui m’apparaissaient à l’époque, si loin de tout. Et je me rappelle aussi la tristesse de quitter cet endroit pour retourner à la ville, espérant y revenir l’année suivante.

Mais ce que je sus des années plus tard c’est que mes parents avaient une entente avec les Frères : le chalet nous était offert gratuitement en autant que ma mère aide les cuisinières pour les 200 petits jeunes qui venaient y séjourner. Je ne crois pas que ma mère se soit amusée tant que ça derrière ses fourneaux à trimer comme une bonne sous des chaleurs estivales… Je ne savais pas que pour ma mère c’était un travail éreintant. Dans ma tête d’enfant de 5-6 ans, je ne questionnais pas le rôle d’une mère et d’une femme. Pour moi, c’était normal de la voir là. Une réalité d’enfant c’est souvent enrobée de bonbon qui se désagrège en vieillissant, ce qui fait que je pense que certains souvenirs doivent rester des souvenirs car lorsqu’à l’âge adulte nous retournons dans certains lieux, ceux-ci nous paraissent souvent si différents et perdent de leur aura.

C’est peut-être pour ça que je ne retourne presque jamais au même endroit en vacances. Je veux garder les images intactes. De l’Italie, j’en garderai de nombreuses : des paysages à couper le souffle, d’un peuple chaleureux qui parle haut et fort, fort longtemps, d’un ciel bleu interminable et d’une note à moi-même : « L’an prochain, moins de vêtements en valise! », d’avoir marché sur des ruines qui furent autrefois des cités grandioses, de la découverte d’endroits tout aussi différents les uns que les autres, du sentiment de plénitude et de bonheur qui se dégage des yeux de mon capitaine toujours aussi curieux et aimant la vie, de ses sourires tendres le matin lorsqu’il m’offre ma première tasse de café et qu’on décide de ce qu’on va faire de notre journée…

C’est fou comme parfois de petites choses nous manquent quand on est loin de chez soi. J’ai retrouvé avec un plaisir idiot et béat mon IGA de quartier (pour la variété de bouffe) et mon beurre de peanuts ce matin. L’an prochain, je m’en « ship » une caisse en Europe!

Et de grandes choses nous manquent aussi : la chaleur des bras de mon amoureux!

P.S. Perdu 7.5 livres en vacances; plus qu’à 15 livres de mon objectif. Pas pire hein??

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2 réflexions au sujet de « Les voyages forment la jeunesse et confortent la vieillesse »

  1. Bonjour Mado,

    Mon dieu que ta jeunesse me fait penser à la mienne….nous aussi avec peux d’argent on pouvait quand-même en faire beaucoup et que j’ai apprécié ma jeunesse, avoir une fée devant moi et qui me demande un seul voeu je ferai celui de retourner quand j’étais jeune avec ma famille, notre petit logement, notre ruelle avec les moniteurs qui venaient nous amuser …..my god que c’était plaisant et je ne voyais pas passer l’été que de beau souvenir.

    Merci pour ta belle plume, j’aime tellement lire ce que tu écris, tu devrais écrire des livres c’est certain que je serai ta première lectrice.

    Pour ton poids perdu je suis bien contente et comme je te disais hier quand je t’ai vu de ma maison je t’ai trouvé super mince alors beau boulot ma belle Mado, et je ne pense pas que tu regrettes le chemin que tu as parcouru.

    Bonne journée

    Linda

    • J’ai déjà publié des nouvelles suite à mon prix littéraire mais c’était une époque très sombre et les nouvelles ne sont pas vraiment « joyeuses ». C’est très difficile de publier, j’en ai fait l’expérience. Peut-être un jour publierai-je mes chroniques mais ça prend du temps et de l’énergie pour faire le circuit des maisons d’édition. Ma dernière expérience m’avait laissée amère un peu. En tout cas, contente que tu apprécies 🙂

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