Femme de marin 2012-3: L’appel du large…

Qui sait si, finalement, cet homme-là n’était point fidèle à une seule et unique épouse : la mer, qu’il s’applique bien souvent à rejoindre en quittant définitivement ceux qui l’ont accompagné jusque là, tant sur Terre que sur Mer?

Ça y est, il est parti. Nous n’en avons pas fait un drame. C’est comme ça, c’est devenu ma vie. Il est parti dans un brouillard….

Ça n’avait rien de mystérieux ni de romantique. C’était un brouillard simplement parce que nous étions à l’hôpital ce matin pour mon suivi ophtalmologique. On m’avait mis des gouttes dans les yeux, par trois fois plutôt qu’une, et je voyais flou. Ça m’avait aussi causé une migraine carabinée. J’étais pas en forme pour les adieux, et pour quoi que ce soit d’autre. Pourtant, je me forçais à garder une relative bonne humeur.  J’ai omis de lui confier mon humeur massacrante due à l’impression de vivre le Jour de la marmotte.

En effet, la première fois que j’étais allée à mon suivi ophtalmologique, c’était 2 semaines après ma chirurgie bariatrique. J’étais pas forte. Je poireautais depuis presque deux heures malgré le fait qu’on m’avait fixé une heure précise de rendez-vous. Vive le système de santé public! J’avais dû partir car j’étais en hypoglycémie et comme je ne mangeais que des purées, je ne pouvais pas manger à l’hôpital. Il me fallait regagner la maison au plus tôt. Au bureau des rendez-vous, on s’était empressé de me culpabiliser malgré mes explications avec, comme épée de Damoclès au-dessus de la tête, la « possibilité que le docteur ne vous donne pas d’autre rendez-vous  puisque vous avez décidé de quitter de votre plein gré « . J’ai porté plainte et une note a été versée à mon dossier.

Plus tôt, ce matin, scénario similaire concernant l’attente. Même l’assistant du docteur se confond en excuses. La docteure arrive enfin. Après avoir lu la note dans mon dossier, elle déclare sur un ton faussement empathique : « Vraiment dommage que vous soyez partie il y a quelques semaines car il y a tellement de gens qui auraient aimé avoir votre place ». J’étais furax! Ma migraine a fait un bond prodigieux.

Le temps s’égrainait à une vitesse d’enfer et je voyais trouble. Je pouvais pas faire de longues distances au volant. On a opté pour aller le reconduire à la bouche de métro la plus proche. Il restait peu de temps. On a fait ça simple.

Je fais semblant que c’est facile, que les séparations glissent sur moi comme si c’était un événement du quotidien. De toute façon, le marin ne perd pas son temps à discourir sur le quai; il prend la mer. Quelques temps avant le départ, il y a un temps d’adaptation pour chacun. Un retrouve en pensée le bateau, les voyages, l’autre anticipe le lit vide, les tâches quotidiennes à faire seule. D’une certaine manière, durant les derniers jours, chaque protagoniste devient « de trop » dans l’univers de l’autre. On devient impatients pour des niaiseries. Il est temps de partir.

Lu dans le livre de Yvonne Guichard-Claudic (1998), Éloignement conjugal et construction identitaire, que les absences répétées du conjoint dans le quotidien de la vie familiale peuvent apparaître comme un rappel du passé, mais, qu’elles peuvent également être « la préfiguration d’un statut moderne du couple, le couple en alternance ».

J’ai pas encore décidé si j’aime cette expression « couple en alternance » parce que ça sonne en moi comme si je ne formais pas de couple quand le Capitaine est absent de la maison. Si quelqu’un me demandait si je suis seule dans la vie, je ne songerais jamais à répondre oui puisque même absent physiquement, le Capitaine est toujours là en pensée. Il n’a pas été éradiqué de ma vie parce qu’il n’est plus dans mon champ de vision. C’est comme nier que la Tour Eiffel existe parce qu’on ne la voit pas de notre fenêtre à tous les matins!

Il est plus juste de dire qu’on a 2 vies. Par contre, qu’est-ce qui relève de l’ordinaire et de l’extra-ordinaire  entre les moments où je vis seule et où il est là? Question de perception. Tout comme le sens de l’attente qui peut être tour à tour apaisante et stressante, légère ou pesante. C’est selon…

En attendant, bon vent, mon Capitaine. On se revoit en Italie.

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Une réflexion au sujet de « Femme de marin 2012-3: L’appel du large… »

  1. Ping : “La vie à deux a ses périls ; toutes les heures n’y sont pas parfaites.” – Paul Géraldy « NOMADE II – Humeurs, art et carnets de voile

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