La boîte de Pandore

Dans la mythologie grecque, Prométhée vola le feu aux Dieux pour le donner aux hommes. Pour se venger, Zeus ordonna à Vulcain de créer une femme faite de terre et d’eau. Elle reçut des Dieux de nombreux dons : beauté, flatterie, amabilité, adresse, grâce, intelligence, mais aussi l’art de la tromperie et de la séduction. Ils lui donnèrent le nom de Pandore, qui en grec signifie « doté de tous les dons ». Elle fut ensuite envoyée chez Prométhée. Epiméthée, le frère de celui-ci, se laissa séduire et finit par l’épouser. Le jour de leur mariage, on remit à Pandore une jarre dans laquelle se trouvaient tous les maux de l’humanité. On lui interdit de l’ouvrir. Par curiosité, elle ne respecta pas la condition et tous les maux s’évadèrent pour se répandre sur la Terre. Seul l’espérance resta au fond du récipient, ne permettant donc même pas aux hommes de supporter les malheurs qui s’abattaient sur eux. C’est à partir de ce mythe qu’est née l’expression « boîte de Pandore », qui symbolise la cause d’une catastrophe.

Vous savez tous et toutes que les bébés ne sont pas apportés par les cigognes, même si ça fait des jolies cartes de Félicitations c’est une fille! ou Félicitations c’est un garçon! Mais plus ça va, plus je pense que lorsqu’on nait, il y a quelque chose de cet ordre-là qui flotte au-dessus de nos têtes, un paquet livré avec le poupon et qui s’ouvrira de lui-même quelques années plus tard. On appelle ça le bagage génétique, une sorte de valise dont personne n’a choisi le contenu et qui révélera ses surprises le temps venu. On ne pourra jamais s’en débarrasser ni refiler le contenu à quelqu’un d’autre. Il faudra faire avec.

Pour ma part, la boîte de Pandore s’est ouverte il y a 10 ans maintenant avec l’annonce de ma fibromyalgie. Pronostic : maladie incurable. Ça arrive généralement avec  une constellation de symptômes et de ramifications.  Je vous passe sous silence toutes les emmerdes avec lesquelles j’ai dû composer depuis et auxquelles se sont ajoutées deux autres tuiles : alopécie androgénétique (pronostic : maladie incurable) et pour ajouter la cerise sur le sundae ce matin : cystite interstitielle (à ne pas confondre avec une infection urinaire) qui gagne, elle aussi, la palme de maladie incurable. Plus tard, à la pharmacie, on m’explique  les effets secondaires du médicament qui est sensé me soulager. Un de ces effets est la perte de cheveux. Moi qui  viens, il y a à peine 6 mois d’avoir une greffe de cheveux, c’en était trop. J’ai éclaté en sanglots. Je me suis excusée devant le pharmacien et j’ai dit : « Parfait, je vais peut-être devenir chauve mais je vais me sentir tellement mieux! ». Sourire figé du pharmacien…. J’ai eu de la pitié pour lui, c’était pas de sa faute. J’ai repris ma contenance et je suis sortie la tête haute. Ben quoi? Y a des gens qui collectionnent les cendriers, d’autres les cartes de hockey. Moi, je collectionne les maladies et pas n’importe lesquelles!!

Un souvenir qui me hante…. Comme un rictus. A chaque fois, une sensation glauque dans ma gorge. Je passe mon examen d’admission au doctorat. Le comité est composé de deux professeurs pour qui j’ai travaillé et de celui qui fut mon superviseur de stage de maîtrise, mon mentor. Je suis nerveuse mais confiante. J’aurai 4 ans pour peaufiner mon sujet. Il suffit juste que j’arrive à leur expliquer… un des pires moments de ma vie… Des questions dont je ne comprenais pas le sens, un soutien que j’espérais et qui n’est pas venu, une arrogance qui sortait de ma bouche parce que je ne comprenais rien. Idiote!!!

Les questions fusaient et mon mentor restait muet. Lorsqu’il prit enfin la parole, ce fut pour me scier en deux. Une simple question : « Qu’est-ce que tu comprends de tout ce qu’on essaie de te dire depuis tantôt? ». De toute évidence, j’aurais dû comprendre quelque chose mais je ne comprenais rien. Je restais là, inepte sans bouger, consciente que cette question marquait mon éviction d’une certaine communauté scientifique.

Échec cuisant dont j’ai pris des années à me remettre. Il y avait tellement de leçons à tirer et si peu de réponses. Quelques années plus tard, alors que cette fois-ci j’avais enfin été acceptée au doctorat et que je comprenais que ça m’éloignait de la vie, j’ai tiré ma révérence pour aller me faire voir sous d’autres cieux.  Grand bien me fut! Mais à chaque fois que les choses s’assombrissent et que mes démons ressurgissent, cette question revient me hanter. Je me demande pourquoi ce destin m’arrive. Qu’est-ce que je n’ai pas compris pour aboutir là? Comment rester sereine, focusée? Est-ce simplement la vie?

Les gens sont gentils, ils ont toujours une bonne parole pour vous encourager.

Phrase #1 : « C’est pas si pire que ça, voyons »  – Ah, ben! T’as fait ta médecine où, toi?

Phrase #2 : « On lâche pas! » – On exclut la personne qui parle, alors…. moi, le human interest (si vous avez lu une de mes récentes chroniques, vous connaissez la suite)

Phrase #3 : « Le bonheur est dans les petites choses » – Les petites, est-ce que ça comprend aussi les microscopiques? Parce que si oui, il y a quelque chose qui ne marche pas.

Phrase #4 : « Les slips, ça donne des infections. N’en mets plus » – On est l’hiver, je te rappelle. A moins 20, ça vous freeze une chatte, c’est pas long!

Phrase #5 : « Faut pas laisser tes émotions prendre le dessus » – Parfait! Je cours demander une lobotomie!

Phrase #6 : « T’es donc courageuse! Moi, je ne pourrais pas! » – Courageuse, moi? Je te révèle mon grand secret : je suis une lâche finie. J’ai feint le courage toute ma vie! J’ai des tas d’exemples de courage autour de moi. J’admire M.C. qui, malgré la maladie, est rayonnante sur les photos, et Lili aussi qui est toujours remplie de projets.  Ma manucure qui a surmonté un cancer et qui sait toujours quoi dire pour vous remonter le moral.  Moi, courageuse? Na!!!! J’appréhende toujours le pire, je suis en deuil perpétuel. Rien de réjouissant.

Phrase #7 (à bout d’arguments) : « On peut rien te dire, tu prends tout de travers » – Ben oui, parfois, il n’y a rien à dire qui vaille. Le défi est de se taire.

Ce matin, à l’annonce de la nouvelle, je n’avais plus envie de continuer à me battre. Une piqûre par ci, une pilule par là, une crème pour soulager le tout. Je me sens comme une rue de Montréal : crevassée, pleine de nids de poule, à qui on offre des solutions temporaires pour des problèmes permanents. Faudrait tout démolir et refaire l’asphalte au complet. Un faiseux de miracles, ça n’existe pas.  Difficile de sortir de soi-même quand la douleur vous ramène toujours à cette conscience aigüe de votre corps qui crie. Seules les mains de mon chéri et de ma physiothérapeute me soulagent un peu.

Ce matin, j’ai demandé un signe, quelque chose qui me sortirait de ma descente aux Enfers. Quelque chose qui me raccrocherait à la vie, me permettrait de continuer encore un petit bout et qui ferait que les choses s’améliorent.

Deux heures plus tard, je recevais l’appel de l’hôpital pour m’annoncer la date de cette fameuse opération que j’attends depuis presque 4 ans…………………

On va faire encore un petit bout, ma vieille!

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