Femme de marin 2012-1: Dr. Jekyll et Monsieur Hyde

Je fais souvent ce rêve étrange : je suis nue, entourée de gens qui n’en font pas de cas. Au début, je panique, je cherche à me cacher, à dissimuler les parties les plus intimes, les plus incongrues de mon corps. Mais pour les autres, tout semble normal même si je ne leur ressemble en rien. C’est que je me comporte comme si tout était normal, du moins j’essaie. Je tente de ne pas montrer que je suis paniquée. Ainsi, je crois que je n’attirerai pas les regards.

Cacher ce qui m’est apparu pendant longtemps le plus laid. J’arrive encore aujourd’hui à faire ça, brillamment, sans broncher, si je le veux. Mais voilà, ça me tente de moins en moins et çà, ça me cause parfois un problème. Un problème, oui, parce que lorsque je dis ce que je pense, je ne fais pas dans la dentelle. Ça sort direct et lorsque je pense que j’ai fait bien attention pour choisir mes mots, je me rends compte que j’ai affaire à des petites natures qui m’ont trouvé pas mal raide! Dire ce que je pense m’amène indéniablement au pilori. Cent ans de solitude pour le prix d’une conscience éclairée, comme une condamnation d’avoir senti et vu l’essentiel! Peut-être, au fond, les gens veulent qu’on leur dise ce qu’ils veulent bien entendre. Ou peut-être que je représente une menace quand ils se rendent compte que je vois ce qu’ils ne veulent pas montrer. On joue au chat et à la souris.

C’est comme ça dans bien des domaines de la vie : les amours, la famille, le travail…. Cibles d’un instant, on a tous et toutes été laissés pour compte sur un champ de bataille, un moment donné. Alors, on apprend à tirer des flèches…, parce qu’il y a toujours un « gosseux d’écorce » dans notre entourage. Vous savez, le genre de personne qui a l’art de faire sortir le M. Hyde en vous, ce côté monstrueux!

C’est un matin léger, il fait doux dehors, pas trop humide ni trop chaud. Vous arrivez au boulot l’air guilleret (pour une fois que vos os ne vous font pas trop mal!). Vous saluez tout le monde et vous vous préparez à votre prochaine réunion à laquelle vous allez d’un pas alerte et confiant.

Soudain, elle est là, cette personne qui, par vous ne savez quel stratagème, réussit à chaque fois à vous bousiller votre journée et votre humeur en claquant simplement des doigts, quand infailliblement elle ouvre la bouche et débite une insanité. Il y a tellement de prétention dans ses propos et vous détestez les gens prétentieux. Non pas les snobs comme on se plaît à le penser, mais plutôt les gens qui prétendent à quelque chose sans être capables de livrer. Déjà, donc, cette pompeuse d’énergie a vidé toutes vos épargnes de pensées zen si durement accumulées avec le temps. Ça ne vous a pas pris par surprise parce que vous avez depuis longtemps détecté les signes avant-coureurs d’une telle manœuvre (de toute façon, elle est plutôt prévisible puisque c’est devenu sa marque de commerce), mais à chaque fois ça vous met en rogne. Pourquoi elle?

C’est pas l’envie qui vous manque de lui siffler une de vos réparties entre les dents (un cobra ne ferait pas mieux), ou encore d’appuyer sur la paume de votre main droite, laissant se déployer une à une vos griffes de panthère pour lui tatouer dans le visage. Peu importe la méthode utilisée, votre réponse sera à la hauteur de vos exaspérations devant ses niaiseries : un tsunami émotif!!!! Un sluggage en bonne et due forme! Zénitude assurée sur le coup, mais à long terme….

Batinsse que j’ai de la misère à doser mes exaspérations quand ça m’arrive, surtout lorsque je vois quelque chose de l’ordre de la victoire dans les yeux de l’autre!  Je suis tour à tour affligée d’une myopie, d’une hypermétropie et d’une presbytie de l’humeur selon l’occasion, ce qui nécessite des ajustements réguliers. Heureusement, Serge, en fidèle amoureux et ami, devient l’optométriste de mon champ de vision existentiel. Ah, mon amour, « comment oublier que c’est par toi que ce sont ajustées mes voiles pour le vent »![1]

Lui qui est plutôt impétueux de nature,  m’amène à doser mes réactions face à certaines situations. De toute façon, ai-je eu le choix d’en arriver là? Le corps ne suit plus devant ces soubresauts émotifs et l’énergie que ça demande pour gérer la colère et la frustration. Quand la cinquantaine frappe à votre porte, que l’usure du temps et des espoirs déçus joue du clavecin sur les pentures de votre cœur et de vos articulations, on se surprend à mettre une petite laine sur ses espoirs frileux. Il faut tempérer l’atmosphère, sinon…

Dans les moments où j’ai l’impression que mon jardin se givre, Serge, en parfait paradoxe, pose sa belle main sur mon âme et la réchauffe. Amour tranquille mais pas platonique!

Donc, victoire pour moi-même cette semaine : j’ai réussi à changer mon discours devant une de ces personnes pompeuses d’énergie. J’ai attendu patiemment que mon tour arrive, écoutant ses litanies durant presque une heure. Quand ce fut mon tour, j’ai été concise, calme et j’ai mis l’accent sur des aspects qui étaient tout sauf personnels. Surprise : la « pompeuse » n’a rien dit! Flatline —————————. Faut dire que tous les autres m’approuvaient, mais bon…

J’ai appris quelque chose de nouveau: non plus cacher l’essentiel de soi, mais les poignées par lesquelles les autres vous tirent vers le bas. Comme on dit souvent, vais me coucher moins niaiseuse ce soir 😀


[1] Suzanne Lamy, La convention.

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2 réflexions au sujet de « Femme de marin 2012-1: Dr. Jekyll et Monsieur Hyde »

  1. Quel bon texte!

    Un petit truc pour cet voleur d’énergie… Va lire sur les trouble de personnalité, cet être qui ne font que ça de leurs journées, faire sentir les autres petits… Je t’ai trouvé pas mal zen, très très contente pour toi… ; D
    XX

    Lili

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