C’est pour ton bien…

“Elle dit “ma grande” à toutes, “mon grand” à tous. Et jamais personne ne répond : « Pas de ça avec moi ». Elle dit que c’est l’enfant qui se décourage et s’affaiblit en nous, pas l’adulte accompli, qui lui affronte l’adversité jusqu’à la mort.
Sophie Fontanel. Grandir.

J’entre dans la salle et je dis bonjour au docteur qui me répond discrètement. L’infirmière rétorque que le docteur est concentré à lire mon rapport. Celui-ci, plus amical, lui répond que c’est ok, qu’il m’avait déjà saluée.
Je suis assise sur la table de la salle d’opération. Mes jambes ballottent dans les airs. J’ai les mains moites. L’infirmière enlève mes bas. Je penche la tête et pense avec gêne que j’ai oublié de faire ma pédicure. Je m’en excuse. Le docteur, qui s’est présenté quelques minutes auparavant, me répond gentiment qu’il n’est pas préoccupé par ce genre de choses et me tend la main. Elle est aussi glaciale que son sourire et son regard sont chaleureux. Il dit dans son plus beau sourire : «Mains froides, cœur chaud ». Ma réplique ne tarde pas : « Oui, j’en aurai besoin aujourd’hui ». Je rajoute : « Je suis stressée. En fait, j’ai très peur ». Lorsqu’il demande pourquoi, je lui réponds que plein de gens se sont empressés de me rassurer en me disant que ça faisait très mal. J’ai donc peur de souffrir, encore et toujours.
Il se lave les mains, se retourne et sourit : « Bizarre que vous disiez cela car vous êtes la première qui me dit avoir peur ». Au-delà des paroles, l’œil coquin m’indique tout de suite qu’il blague. Nous rigolons et ça détend l’atmosphère. Je sais déjà qu’il y aura du respect dans la prochaine heure. Nous la passerons ensemble, lui et moi… et Madame Chose… mais surtout lui et moi.
Il m’offre de choisir le ou les sujets de conversation qui seront au programme durant l’intervention. Je rigole doucement et il demande pourquoi. Ça se voit comme le nez au milieu du visage. « C’est une diversion pour que je me concentre sur autre chose que la douleur ». « Ah, c’est que vous êtes très intelligente », s’empresse-t-il de me répondre. Je rigole encore plus. L’intelligence…. On me l’a déjà faite, celle-là. Mais cette fois-ci, je n’obstinerai pas. J’aime mieux entendre cela qu’un sec « Tenez-vous tranquille! ».
Il m’explique, étape par étape, tout ce qui va se passer, et m’indique même ce que je vais ressentir. Lorsque la douleur devient moins supportable, il dit toujours : « Je suis vraiment désolé de vous faire ça ». Il dit cette phrase tellement de fois qu’à la fin, je ne sais plus si je pleure de rire ou de douleur. Probablement les deux. J’encaisse, j’endure, je supporte en gémissant.
Lever la tête sous la douleur n’est pas une bonne idée, selon lui, car cela crée une tension supplémentaire dans le bas du dos. Parfait, je serai docile et je gémirai plutôt la tête enfouie dans mon oreiller en serrant les poings. L’enfant abdique…
A la fin, lorsque tout est enfin terminé, il me félicite d’avoir été aussi sage. Il est comme le Père bienveillant et je souffle. L’adulte reprend sa place.
Chaude poignée de main. On a fait une belle équipe, on a travaillé fort et pas juste dans les coins.
Si gentil, trop gentil Dr. Korkmaz… c’est plate à dire, mais j’ose espérer ne plus être obligée de  vous revoir!

Dehors, mon amoureux m’attend et prendra la relève de la chaleur pour la journée. Life is good!!!!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s