La gentillesse aurait un prix?

Qu’on se le tienne pour dit : je vais au privé mais je n’ai pas plus d’argent que quiconque.

J’y vais parce que je n’ai pas le choix, parce que notre système de santé  public est si sclérosé qu’il va à l’encontre de sa mission première, soit soulager la souffrance des gens. La dernière fois que je suis allée à l’urgence, j’ai attendu 22 heures et je me suis fait dire que j’étais chanceuse, certains attendent 48 heures…. Je vais au privé parce que les temps d’attente au public sont interminables et font en sorte de tuer tout espoir en soi. Certains examens ont plus de 2 ans d’attente avant d’obtenir un rendez-vous, et certaines opérations ont des listes d’attente de 5 ans. Je le sais parce que j’ai essayé tant bien que mal d’obtenir une place dans la file…

Me voilà dans une situation précaire : mal de dos à la limite du supportable, système débalancé, quotidien handicapé, journées où je ne suis plus fonctionnelle, de ces jours que j’appelle « avec » car je dois utiliser ma canne pour me déplacer.

Hier était un jour « sans », un jour béni, rare, qui me laisse un peu de répit.

Je revois mes priorités, décide de ne pas donner de cadeaux à Noël cette année. L’unique cadeau que je me fais est celui de la santé que je tente, parfois désespérément, de maintenir. J’opte pour la médecine privée, si efficace quand on paie!

Mon chum dit que publique ou privée, on paie la médecine dans les deux cas au Québec.  Selon lui, le problème n’est pas dans le fait de payer mais plutôt dans le fait qu’au public, la surpuissance des syndicats et la mauvaise gérance font que les gens ne sont pas encouragés à travailler. Même s’ils ont de bonnes conditions de travail (à mon avis, elles se dégradent de plus en plus), peu de gens semblent aimer ce qu’ils font. Dans les hôpitaux, les cliniques, la majorité semble dépassée, vannée, claquée… comme les patients.

Donc, pendant que j’attends, que je cultive ma patience à attendre, je bouffe des antidouleurs, des anti-inflammatoires comme des Smarties et je me « scrappe » l’estomac. Le choix le plus sensé dans les circonstances est de refaire mon budget et de prioriser la santé, direction le privé, parce que je me trouve jeune pour abdiquer, parce que j’ai envie d’entendre ma fille m’annoncer bientôt, peut-être, qu’elle est enceinte, et tenir ce petit bout de chou dans mes bras, parce que j’ai hâte d’être à la retraite et de voyager avec mon Capitaine, de peindre, prendre des cours pour le plaisir ou de ne rien faire, ne plus me stresser pour des choses qui m’emmerdent.

Hier, expérience agréable, très agréable, un petit moment de bonheur dans le marasme. Ma docteure me fait passer une résonance magnétique pour trouver ce qui ne va pas dans mon dos. Diagnostic : 2 hernies discales (une lombaire et une dorsale). Cependant, la dorsale est si inusitée, si bizarre qu’on suppose une métastase osseuse. Il faut investiguer plus loin. Et hop, on ajoute une scintigraphie osseuse. Donc, voilà l’expérience agréable : un centre de soins privé où je suis accueillie par un technologue au sourire ravageur. Un anglophone qui parle un français impeccable avec un charmant petit accent. On prend le temps de vous donner un petit cours de scintigraphie 101, de cancer 102, on répond à vos questions sans aucune marque d’impatience, on vous accompagne jusqu’à la porte des toilettes, on vous offre un café qu’on vous apporte – juste à point le café, on s’assure que vous êtes bien installée dans l’attente. On entend même la réceptionniste donner un rendez-vous au téléphone et indiquer au patient la meilleure place de stationnement dans le coin. Rendue dans la salle d’examen, on vous offre une petite couverte pour réchauffer vos pieds, on vous l’installe délicatement, avec respect et on vous explique au fur et à mesure ce qui se passe durant l’examen. Et quand tout est terminé, on vous donne une poignée de main et on vous souhaite bonne chance. On vous dit : « Ce soir, dormez bien ».  Trop cool le mec! Des petits riens, des détails… qui font la différence. La « désespérance » n’existe plus…

Ça va être dur de retourner au public…

J’ai pensé tristement que la gentillesse a un prix… mais pas celui qu’on pense.

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