Femme de marin 2008-9: C’est parce que nous boitons que nous cherchons l’équilibre (Guy Corneau)

Je lis votre compte rendu et je vous envie. C’est sûr que je me sens un peut « out » parfois quand je pense que tout le monde est parti sauf moi. Je me sens un peu déconnectée, comme dans un monde à part, sur une île, mais j’essaie le plus possible de me mettre à votre place et de comprendre ce que vous vivez. Certes, il y a des moments difficiles pour moi, des moments où je ne sais trop où se trouve ma place, des moments où j’ai peur de vous perdre de vue. Des moments aussi où j’ai peur de vous retrouver tous, à la CONAM entre autres, en train de partager ce que vous avez vécu alors que moi j’étais ailleurs….  Je vous mentirais de vous dire que j’ai complètement intégré cette décision. Je pense que, quelque part, je ne l’intégrerai jamais à 100%. Mais bon… je fais avec….
Je comprends à quel point c’est important pour vous d’avoir des nouvelles des gens que vous aimez et connaissez et c’est pour ça que je vous envoie le plus de messages possible. Mais un jour sans vos nouvelles est un jour « suspendu » aussi pour moi. Dans ces temps-là, je me sens seule, au milieu de l’océan et personne à qui parler. Oui, je suis sur la terre ferme mais ma solitude est aussi difficile à vivre que la vôtre parfois, seulement parfois, et même si j’étais entourée de 10,000 personnes, ça ne changerait rien dans ces moments-là. On s’habitue au silence, à ce qu’il n’y ait rien qui vienne perturber les journées, mais lorsque arrive du monde et qu’on se met à parler, c’est là qu’on voit combien les autres nous manquent. Vous me manquez, je dois l’avouer.
Je ne suis pas en perdition, loin de là, mais vous me manquez. Je me sens constamment divisée entre le sentiment d’avoir pris la bonne décision et de manquer une expérience extraordinaire. Bon… j’ai toujours été dichotomique, ça fait partie de ma personnalité. C’est la faute de personne.
J’ignore quelque chose que vous savez maintenant puisque vous vivez l’expérience ensemble en tant que couple, Chantal et Germain. Mais vous ignorez ce qu’est être une femme de marin. Moi, je l’apprends à tous les jours. Encore une fois, je vous le dis, je ne suis pas en perdition. Si je n’avais pas voulu être une femme de marin, j’aurais abdiqué il y a longtemps. J’étais consentante dès le départ, donc non à plaindre. Mais maudit que vous me manquez. Et si cette expérience vous a rapprochés, Chantal et Germain, j’espère de tout mon coeur qu’elle saura faire la même chose pour moi et Serge, même si nous sommes momentanément séparés.
Peu de choses apaisent parfois, c’est la vie…. Et je fais avec. Je ne suis pas en train de me plaindre, loin de là. J’essaie juste de décrire le plus exactement possible les hauts et les creux comme les vagues qui déferlent sur le voilier. Vous vous adaptez, vous essayez de créer un modus vivendi qui rend l’expérience plus intéressante. Pour ma part, je ne sais pas si les autres conjoints de navigateurs, ceux qui sont restés à terre, vivent et ressentent la même chose. C’est difficile à dire. Je ne peux parler que de mon expérience. Les bons jours comme les mauvais. Je vis deux vies, c’est bizarre. Mais peut-être qu’au fond, je suis privilégiée.

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