Femme de marin 2008-6: Je veux bien fixer une ligne d’horizon, mais que cette ligne ne soit pas un mirage (Laurence Tardieu)

Scott, le fils de Serge, est venu ce soir prendre ses choses. Il s’en va au Nouveau-Brunswick vivre auprès de sa mère mourante. Ce soir, je lui ai dit: « Keep posted ». Garde le lien. Une mère, on en a rien qu’une. Et un père aussi. On s’est dit peu de choses et je l’ai regardé partir comme le fils que je n’ai pas eu. Et j’ai pensé, pour me consoler sans doute, qu’il ne partait pas mais qu’il continuait simplement la vie qu’il a choisie.
 
Moi qui reste toujours là alors que les autres partent, j’oublie parfois que moi aussi, en d’autres temps, j’ai quitté, plus d’une fois.
 
Autrefois, j’avais l’écriture prolifique. J’écrivais comme on respire. Je quittais momentanément ceux que j’aimais. Je les laissais m’aimer dans l’abandon non du corps mais de la pensée. Je les quittais un peu plus chaque jour. « Certains déserts ne se traversent que dans un sens » (Laurence Tardieu).
 
L’écriture m’enfonçait de plus en plus dans la douleur d’un passé à décoder pour tisser un meilleur avenir. Je laissais des sillons sur mon passage dans lesquels les gens marchaient, j’imagine, avec difficulté. Qui sait si certains ont abandonné avant que je les abandonne? Il fallait démolir ce mur de Berlin qui me traversait en plein coeur. J’ai pris le large bien avant de connaître la mer. « L’éphé-mer » toujours qui me portait.
 
Maintenant, chaque petit courriel que tu m’envoies, ne serait-ce qu’un rapport de position, tisse un filet qui maintient l’amour vivant. Comme ils sont attendus, ces courriels! Je les range précieusement dans un cartable, en ordre, pour me souvenir, pour tracer l’histoire de ce qu’est notre aventure. Tous ces messages, comme des bouteilles lancées à la mer qui retrouvent leurs impatients et impétieux destinataires.  Plus tard, certains viendront raconter leur traversée en couple. Nous, nous aurons notre propre histoire, unique: celle d’un homme qui se tient toujours debout, peu importe le temps, et d’une femme, sur le quai, qui attend son marin.  Je dois avoir un petit côté contemplatif!
 
Demain, j’irai faire du ménage dans ce qui fut autrefois la chambre de Scott. J’essaierai d’y donner un semblant d’ordre dans cet univers silencieux.
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