Départ pour la traversée vers La Rochelle

Prolonger des adieux ne vaut jamais grand-chose : ce n’est pas la présence que l’on prolonge, mais le départ (Elisabeth Bibesco, Le Sapin et le palmier)

 

Bien oui, le grand départ avait lieu hier de Rivière-au-Renard, et me voilà de retour chez moi. Ce matin, je suis allée récupérer mon courrier chez ma voisine Linda. Il y avait une enveloppe qui contenait le livre tout frais paru de Suzanne Quinn, D’un rêve à l’autre (en passant par le cauchemar), qui raconte son histoire, soit le naufrage de son voilier Emilien II en février 2005. Ce livre, je le connais très bien puisque j’ai été la principale correctrice. Pourtant, aujourd’hui, je ne l’ouvrirai pas. J’arrive d’un départ et je n’ai pas envie de me replonger dans un naufrage.

J’ai désormais 2 vies : celle qui s’affaire au quotidien des choses (lavage, ménage, courses, boulot, entraînement, dodo). L’autre est plus discrète, intérieure, c’est celle dont le coeur accompagne Nomade II en secret. De celle-là, j’arrive difficilement à me défaire. Est-ce possible, souhaitable?

Il me faut résumer en quelques lignes les deux jours qui ont précédé le départ. Le temps était venteux, les gens chaleureux, l’esprit tant à la fête qu’au départ et Bertha, l’horrible, faisait déjà parler d’elle. Beaucoup spéculaient sur la route à suivre : certains pensaient aller aux Iles-de-la-Madeleine, d’autres au détroit de Canso ou encore passer plus au nord de la route projetée en attendant que Bertha, la tempête tropicale, s’étiole.

Lorsque Maude et moi sommes arrivées à Rivière-au-Renard au milieu de l’après-midi du jeudi 10 juillet, c’est un Capitaine fatigué, préoccupé mais souriant que nous avons retrouvé. Sans trop savoir pourquoi, sa radio à ondes courtes ne fonctionnait plus, et sans radio ondes courtes, impossible de partir. Grand merci à Gaétan Rousseau du voilier Udluriaq (bateau no. 26) qui lui a donné un solide coup de main pour comprendre cette petite merveille de technologie! Malgré tout, l’aide d’un spécialiste d’Électro Marine ne fut pas à dédaigner.

Nous n’avons pas tardé à faire la connaissance des autres équipages dont Roland Denis, le capitaine du Matin des Iles, copie presque conforme de ce que j’ai baptisé le « Style Serge Paul » (i.e. taquin, grognon, l’œil enjôleur, le rire facile et qui n’en laisse passer aucune!). Comme j’ai dit à Serge : « C’est toi tout craché en version française ». On voit qu’une complicité s’est vite tissée et nous avons bien hâte de le retrouver dans sa ville natale, La Rochelle.

Le soir venu, Serge se rend compte qu’en plus son ordinateur ne fonctionne plus. C’est préoccupés que nous nous sommes couchés avec, en tête, les priorités du lendemain.

La veille du départ, je me suis transformée en chauffeur officiel de Serge et de l’équipage du Nomade II pour faire la tournée des grands ducs (spécialistes en électromarine, informatique, ravitaillement et j’ai même offert mes services aux équipiers du Udluriaq). Ca m’occupait l’esprit pendant que Maude se transformait en photographe officielle (les photos de l’album Le Départ sont d’elle. Merci ma cocotte). Quand tout fut de nouveau fonctionnel (je voyais les traits du visage de Serge se détendre enfin), nous pûmes enfin passer les dernières heures à festoyer un peu lors d’un souper organisé par la Capitainerie de la marina. Au menu, un buffet succulent préparé par les dames de la place, mais aussi du bon vin, des rires, du partage, de la fraternité et des conneries bien joyeuses!

Le matin du départ, je les sentais tous fébriles, un peu anxieux de savoir ce qui allait ressortir de la réunion des Capitaines qui avaient lieu à 9h00. La journée était ensoleillée, le vent soufflait du bon bord, on sentait des fourmis dans les jambes, l’appel du large. Fini le taponnage! Les organisateurs souhaitaient que tout le monde attendent le départ de 11h00, mais pour quelques-uns l’appel était trop pressant. Certains étaient partis la veille, le Malik quitta tôt, Nomade II suivit à 10h10. Les adieux furent courts, nous nous étions dit en privé tout ce que nous avions à nous dire. Sans plus attendre, Maude et moi nous nous sommes dirigées vers l’entrée du port, près du brise-lames et avons attendu que le Nomade II arrive. Il passa très près de nous. La houle était forte et faisait gîter le bateau. L’eau montait presque à ras-bord. Une femme près de moi m’a dit : « Bon sang que ça ne donne pas le goût! ». J’ai souri. Mes lunettes de soleil cachaient quelques larmes. Quelques instants plus tôt, à la barre du voilier, Serge venait de m’envoyer un baiser de la main. Prise par l’émotion, je me suis dit: « Pleure pas, Mado, pleure pas. Il est heureux ».

 

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Une réflexion au sujet de « Départ pour la traversée vers La Rochelle »

  1. Bonjour Mado
    Très émouvant ce que tu décris…..
    À plus tard… je reviendrai car j\’en ai manqué des bouts .
     
    Michèle

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