Il est 13h30, heure de Malte (6 heures plus tôt que chez moi à Montréal). Je démarre le moteur, l’eau sort sur le côté du bateau, donc le système de refroidissement fonctionne comme il se doit. J’ouvre le compartiment moteur, rien qui sort de l’ordinaire, parfait! Un petit saut sur le quai pour aller dire aurevoir à Nancy et Stephen, nos copains de quai qui ont quitté Vancouver depuis plus de 13 ans et qui pensent à retourner y mettre l’ancre bientôt. Comme la plupart des gens que j’ai rencontrés et qui naviguent depuis un certain temps, il semble que l’appel de la maison se fait entendre à un moment ou l’autre, ce qui est loin d’être mon cas pour le moment du moins. J’ai mon port d’attache, mais l’appel du large, des terres non visitées, de l’insolite, la curiosité, sans oublier le plaisir de préparer la prochaine étape, de rêver de celle de l’année suivante et le retour au port d’attache, ce retour qui a toujours été pour moi aussi plaisant que le départ.
J’étais jeune et lors de nos vacances familiales, le plaisir du départ n’avait d’égal que celui du retour. Ensuite, ce fut la marine où chaque fois que nous laissions tomber les amarres et que mes yeux se tournaient vers le large, je ressentais un plaisir inégalé jusqu’au moment de relâcher les amarres au dernier port et de remettre le cap sur notre port d’attache après quelques mois de navigation.
Bon, où en sommes-nous déjà? Ah oui! Malte. Nous larguons les amarres, doucement on recule pour se glisser hors du port, ensuite nous disons aurevoir à Valetta, la capitale de Malte qui se trouve sur notre tribord. Nous avons apprécié cet endroit et je le recommanderais à n’importe qui, mais surtout le printemps ou l’automne car l’hiver est un peu trop frisquet et l’été trop chaud. Sur mon lecteur de cartes, je choisis la route pour Syracuse en Sicile. La distance s’affiche : un peu plus de 83 milles nautiques, temps estimé d’arrivée à 4,5 nœuds : 8h30 demain matin. Il y a une petite brise et nous levons les voiles, fermons le moteur. Le pilote automatique est enclenché, il ne nous reste plus qu’à faire la vigie. Quelques bateaux de pêche, beaucoup de cargos qui vont dans tous les sens, certains arrivent du canal de Suez, d’autres y vont, certains arrivent de Malte, d’autres de la Sicile, sans oublier les traversiers entre Malte et la Sicile. Tout est calme tout se passe bien.
À 21h00, Svein va se coucher et je garde la barre. Nous avons dû partir le moteur car le vent avait trop baissé et le peu qu’on avait était contre nous. A 23h45, le moteur change de son; qu’est-ce qui se passe? Svein se réveille et me demande ce qui se passe, je ne sais pas moi non plus. Notre vitesse est quasi nulle, le moteur tourne, mais nous n’avançons presque plus. On vérifie, regarde, rien à trouver sinon que le moteur chauffe. Je l’arrête. Nous sortons le génois (voile avant) et nous réussissons à maintenir 2 nœuds mais pas dans la direction de Syracuse. Je vérifie mon lecteur de cartes : Pozzallo qui est au sud de la Sicile et non Syracuse qui se trouve sur la côte Est sera notre destination si les vents se maintiennent. La météo annonçait une accalmie avec le lever du soleil, on verra bien en temps et lieu. Pour le moment, il est minuit trente et je consigne au journal de bord nos problèmes en souhaitant bonne navigation à Svein. Moi, je vais me coucher, 3h00 viendra assez tôt. Je laisse l’accès au moteur ouvert, cela lui permettra de se refroidir et je me couche. Arrive 3h00, Svein me réveille, il a fait une bonne progression et nous devrions arriver à destination vers 5h30. C’est à son tour d’aller dormir. Le moteur est bien refroidi et je prépare dans ma tête notre arrivée car j’ai bien l’intention de repartir le moteur pour cette occasion. On verra comment il se comporte.
Quelles sont mes autres options? Il y a un port commercial avec un grand brise-lames. Nous pourrons nous ancrer à l’abri si besoin est. Il y a notre radio par laquelle nous pourrons demander de l’aide et se faire remorquer si nécessaire, donc tout est sous contrôle pour le moment. Merde! Il est 4h30 et le vent est complètement tombé. Je ne suis pas vraiment surpris mais pas content. Nous verrons bien comment est le moteur après s’être reposé pendant quelques heures.
Il démarre sans problème, l’eau de refroidissement sort bien, j’embraye, on avance. Ok, vas-y mollo Serge, me dis-je, 3,5 nœuds pas plus, tout va bien. Nous réussissons à entrer au port sans autre difficulté mais pour bien vous dire, je suis encore inquiet de l’état de santé du moteur. Mais pour le moment on s’accoste, personne aux alentours sinon la Guardia Costiera où je vois quelqu’un en haut de leur bâtisse. Je’essaie leur porte elle est barré, je marche, cherche un responsable de la marina, personne! Retour au bateau, et je me couche, un peu de repos et je regarderai cela au réveil.
Bang, bang! contre la coque. Tabarnak, que ça réveille mal! Il est 9h00, le temps de sauter dans mes pantalons, c’est le responsable de la marina qui me demande les papiers du bateau ainsi que mon passeport. Je retourne à l’intérieur, vais chercher les documents et je le suis au bureau. Ainsi, je pourrai un peu mieux voir comment ça fonctionne. Il y a trois petites marinas : une seule où les voiliers peuvent s’accoster, les autres n’ayant pas assez de profondeur d’eau. Il prend une photocopie des documents et on s’entend pour qu’il garde l’enregistrement du bateau que je recouvrerai lorsque j’acquitterai les frais de la marina. De retour au bateau, café, déjeuner plus une rencontre intéressante soit avec le deuxième voilier sur notre bâbord qui porte les couleurs de la Norvège. Mon copain Svein étant Norvégien, je leur dis bonjour. J’apprends qu’ils naviguent depuis 2 ans mais se préparent à retourner en Norvège, travail oblige. J’apprendrai plus tard qu’ils sont les auteurs de 8 livres de navigation sur les pays Scandinaves (www.havneguiden.no), livres très bien conçus mais écrits en danois, norvégien, suédois mais pas en anglais, si ce n’est qu’un court descriptif et absolument rien en français, ce qui serait sûrement à considérer pour quiconque désire naviguer dans ces eaux. Ils me prêtent une de leurs bicyclettes pour aller en ville car il faut savoir que le port est un peu à l’extérieur de la ville. Je vais faire quelques achats et leur ramène leur bicyclette.
Il est temps maintenant d’aller voir ce que je peux trouver à ce moteur car je ne peux me permettre de reprendre la mer sans avoir compris. Je vérifie la turbine de la pompe à l’eau car l’eau sortait par le copté, mais elle est peut-être endommagée? Non, tout est bien. Je vérifie le niveau d’huile du moteur, là aussi, la transmission, tout est parfait. Bon, le port n’est pas ce qu’il y a de plus propre, mais je sors mes palmes et mon masque., L’eau est à 20 degrés Celcius, un peu fraîche mais quand même ok. Une première plongée et outch!, je ne vois même plus l’hélice ni son arbre tellement il y a du cordage autour. Je remonte, demande à Svein de me passer un couteau et je me mets à descendre pour couper du cordage et à remonter pour reprendre de l’air. Attention à toi, me dit Svein, il y a une grosse méduse qui se dirige vers toi. Je me retourne et je la vois. Je n’aime pas ça. Ça peu brûler, ces bestioles. J’essaie de la repousser avec mes palmes et elle vient toujours vers moi, grrrr. J’en suis quitte pour sortir de l’eau et attendre qu’elle parte. Je finis par retourner à l’eau car elle a disparu sous le bateau à côté de nous. Comme c’est un bateau qui ne navigue pas souvent, il y a des plantes marines de plus de 6 pouces sur sa coque. Je replonge, remonte pour finalement tout enlever.
Tout est clair maintenant, mais pourquoi n’y ai-je pas pensé avant? Depuis notre départ, nous avons navigué avec des agrès de pêche partout, il fallait faire attention, à l’exception de cette traversée depuis Malte où tout était clair, complètement libre d’agrès de pêche et c’est ce que nous avons pris dans l’hélice. J’ai oublié de dire que j’avais acheté un coupe-orin cet hiver mais faute de trouver le bon outil pour enlever mon hélice, je n’avais pas pu l’installer en Tunisie. Tout bien pensé, j’ai sauvé beaucoup d’argent, car je commençais à avoir peur pour ma transmission. J’arrête ici et vous souhaite une belle journée.
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